Fondée en 2020 par le groupe Actibac, l’entreprise Maneko rénove et reconditionne du matériel de voirie. Son usine à Toul répare également plusieurs engins d’une société sœur, Noremat, constructeur de matériels professionnels pour l’entretien des accotements routiers. L’objectif de Maneko : répondre à une demande croissante de matériel remanufacturé de qualité et former de futurs techniciens du reconditionnement avec le soutien d’Envie meca, créé par Envie2E Lorraine.
Depuis près de quarante ans, le constructeur Noremat fabrique et vend du matériel professionnel pour l’entretien des accotements routiers. Il répare également les équipements dans le cadre de ses contrats de maintenance et reprend des machines pour les revendre sur le marché de l’occasion après remise en état. Les dirigeants du groupe Actibac (sa maison mère) ont choisi il y a trois ans d’externaliser ce service de reprise et de réparation en créant une nouvelle filiale, Maneko, pour professionnaliser l’activité de remanufacturing. Basée en région Grand Est, sur l’ancien site industriel de Kléber, à Toul, l’entreprise Maneko a démarré avec une quinzaine de personnes provenant de chez Noremat à Ludres. Aujourd’hui, elle emploie 30 salariés. Pour développer cette nouvelle activité en 2020, Actibac a investi cinq millions d’euros dans le bâti et les installations de remanufacturing. Ici, les machines sont remises en état, démontées, rénovées et reconditionnées. Les pièces détachées qui peuvent avoir une seconde vie sont également nettoyées, rénovées et contrôlées. Maneko réceptionne deux types d’engins pour le remanufacturing : le matériel de marque Noremat (pour le fauchage et la voirie) repris ensuite par Noremat pour une revente sur le marché de l’occasion ; les autres marques revendues directement par Maneko, sur son catalogue en ligne, sous forme de pièces détachées (4000 références disponibles), ou d’équipements entiers, principalement du matériel polyvalent de véhicules pour l’entretien de la voirie.
Le reconditionnement implique un stockage de pièces neuves et d’occasion, soit un total de 4000 références actuellement disponibles chez Maneko. En parallèle, l’entreprise vend des pièces sur son catalogue en ligne pour des concessionnaires de machines agricoles. « Toutes les pièces d’occasion sont contrôlées et rénovées avant d’être remises en vente. On ne vend pas du kilo de ferrailles, mais de la prestation. Nous pourrions également aller plus loin en développant une approche d’usage au km² fauché, avec de la location, du conseil et de la maintenance, souligne Guillaume Laurent responsable marketing et communication. Mais l’économie de la fonctionnalité n’est pas encore mûre dans notre secteur, où la clientèle aime encore être propriétaire de ses machines ». Pour l’instant, le frein vient davantage des collectivités. Lorsqu’elles investissent dans du matériel, elles récupèrent la TVA, ce qui n’est pas le cas dans le cadre d’un dispositif de location. Ce verrou mériterait assurément d’être levé pour encourager de nouveaux types d’investissements plus circulaires.
Les collectivités en demande
Parmi les clients de Maneko, figurent bien sûr des collectivités qui depuis deux ou trois ans recourent à des équipements de seconde main à travers des appels d’offres. Mais aussi des prestataires privés qui souhaitent s’installer à leur compte ou investissent dans des machines de complément. La principale motivation liée à l’acquisition de machines reconditionnées, est économique, souligne Guillaume Laurent. La fourchette de prix est en général entre 15 et 25 % inférieure à celle du neuf. « Nous sommes des professionnels du remanufacturing. Par conséquent, nos engins possèdent les mêmes performances qu’un matériel neuf. En outre, nos modèles permettent un gain de CO2 de 80 % sur l’ensemble du cycle de vie ». Les contraintes RSE jouent en effet un rôle croissant dans la demande des entreprises, tout comme, dans une moindre mesure, les délais de livraison de matériels neufs qui subissent des retards d’approvisionnements. Les engins remanufacturés les plus demandés sont les faucheuses débroussailleuses à bras articulé. Mais les besoins des clients sont de plus en plus variés : équilibrage d’un rotor, entretien/réparation d’une pièce, rénovation d’un matériel, réparation d’un moteur, rénovation d’un balancier SMA, rénovation d’une faucheuse ou d’une roto-broyeuse etc. La montée en puissance de l’activité a été visible à partir de 2021 et l’année 2022 a atteint un rythme de croisière avec une cinquantaine de machines remanufacturées. L’an dernier, Maneko a réalisé un chiffre d’affaires de 2,5 millions d’euros et prévoit en 2023 une croissance de 25 à 30 %. « Ce qui nous limite actuellement, c’est surtout le manque de main d’oeuvre et de personnes formées à nos techniques de réparation et de reconditionnement », précise Guillaume Laurent.
Formation et insertion
Pour combler cette lacune, Maneko mise essentiellement sur la formation locale et l’insertion en partenariat avec Envie 2E Lorraine. Employant 120 salariés dont 20 permanents, l’entreprise d’insertion également installée sur le site Kléber a été mise en relation avec l’équipe de Noremat/Maneko avant même leur emménagement. « Une bonne entente s’est rapidement établie entre nous et nous avons pu réfléchir sur la création d’un atelier Envie au sein même de l’usine Maneko, explique Agnès Mathieu responsable RH et coordinatrice de projet social chez Envie. Notre objectif commun était de former des personnes de tous profils, jeunes et moins jeunes, éloignés de l’emploi ou sans compétences, à cesmétiers de la réparation et du reconditionnement mécanique. Nous voulions intégrer une nouvelle approche dans le recrutement et Maneko a été tout de suite partant ». Habitué aux activités de démantèlement et de recyclage, le réseau Envie diversifie son activité et ses supports pour répondre aux attentes industrielles locales. C’est ainsi qu’à Toul, Envie 2E Lorraine a donné naissance à Envie Meca. Un chef d’équipe a tout d’abord été recruté par Envie puis formé aux techniques par Maneko. Aujourd’hui, à son tour, il forme cinq salariés en insertion au service de Maneko. Ils y apprennent le démontage, le nettoyage de pièces et la soudure. Ces personnes sont embauchées par Envie sur un contrat de deux ans. Le partenariat a déjà permis l’embauche de deux salariés en CDI chez Maneko.
L’entreprise continue de rechercher de nouvelles compétences dans le nettoyage et le contrôle de pièces, la peinture en mécanique et l’hydraulique. A ce titre, elle a créé un centre de formation spécialisé en mécanique et en maintenance avec Envie et UIMM (Union des industries et métiers de la métallurgie). L’initiative est soutenue par la région et les élus locaux qui ont perçu les enjeux économiques et sociaux à long terme pour le territoire. Le centre de reconditionnement Maneko sert ainsi de support au développement d’un pôle d’expertises qui fédère des entreprises locales et offre un outil de formation pour les « techniciens de maintenance ». De son côté, Envie attend d’avoir un peu plus d’expérience pour nouer des partenariats similaires avec d’autres entreprises régionales. « La démarche fait sens dans l’insertion professionnelle et nous aide à anticiper et satisfaire de nouvelles attentes industrielles sur notre territoire » se réjouit Agnès Mathieu.
Noremat s’attaque aux invasives
Créée il y a quarante ans, Noremat emploie 300 salariés. Cette entreprise à capitaux familiaux siège à Ludres et fabrique à Nancy. Noremat possède dix agences commerciales dans toute la France à Lyon, Rennes, Toulouse, Bapaume, ou Nice, équipés d’ateliers SAV. Toutes les opérations de reconditionnement de matériel sont centralisées chez Maneko à Toul. Dans le Grand Est, en collaboration avec des équipes scientifiques, Noremat accompagne les collectivités dans leurs projets de méthanisation, en prêtant des engins de fauche et de collecte d’herbes d’accotement. Des expériences scientifiques sont actuellement menées sur certaines plantes invasives comme la Renouée du Japon ou l’Ambroisie. Des fauches définies entre mars et août sont opérées pour réduire leur prolifération et tester leur valorisation en méthanisation. Noremat joue dans ce contexte le rôle de passerelle entre les agriculteurs et les élus pour mener à bien ces projets.
Crédits : Maneko
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