Un collectif sur le réemploi en Occitanie

Priorité au second œuvre de seconde main

Comment donner plus de poids au réemploi dans le bâtiment à l’échelle locale ? C’est l’ambition du nouveau Pôle Réemploi Occitanie. Concentré sur la réutilisation de matériaux et produits du second œuvre, le collectif réunit des spécialistes régionaux du mobilier professionnel d’occasion, du diagnostic, de l’aménagement intérieur et du reconditionnement. Marchés ciblés : la construction et la rénovation dans le secteur privé et la commande publique.

Depuis deux ans, sur l’agglomération de Montpellier, les chantiers de rénovation de bureaux et de restructuration hôtelière mettent en lumière des démarches circulaires qui favorisant le réemploi. Plusieurs projets ont donné lieu à des partenariats informels entre bureaux d’études, aménageurs et reconditionneurs sensibles à la préservation des ressources. C’est par exemple le cas de Scop 3 spécialisée dans la dépose et la revente d’équipements et mobiliers professionnels ; de Caprionis à travers ses activités de courtage de matériaux et de bureau d’études ou bien de Retouch’Up, expert dans la remise en état des biens d’aménagement intérieur. « Au fil de nos coopérations sur des chantiers de déconstruction ou de rénovation éco-responsables, nous avons décidé de mieux structurer nos offres autour d’une prestation globale. Pour y parvenir, nous avons créé au printemps 2023 un collectif d’entreprises autour du réemploi » souligne Fabien Mouton, chargé du réemploi solidaire chez Scop3. Baptisé Pôle Réemploi Occitanie, ce collectif réunit actuellement cinq entreprises : Scop 3 , Caprionis, Retouch’Up, Eco-matelas et récemment Envie Montpellier qui a ouvert ses portes en janvier 2022. Ces deux dernières structures oeuvrent dans le reconditionnement des matelas pour la première et les équipements électriques et appareils électroménagers pour la seconde.

Pour la directrice d’Envie Montpellier, Viviane Radier, ce regroupement vient officialiser des relations informelles et fréquentes avec des partages d’outils, une communication commune, la participation à des événements. En rejoignant le Pôle Réemploi, Envie espère ainsi avoir plus de visibilité auprès des professionnels et des particuliers. « Nous sommes le spécialiste du reconditionnement d’électroménager et nous souhaitons associer notre expertise à une offre globale sur le réemploi à l’échelle locale, sachant qu’il existe peu d’électroménager reconditionné garanti dans la région » assure-t-elle.

L’ESS au premier plan

 

Envie Montpellier a intégré le collectif il y a quelques mois

Cette coopération est en quelque sorte basée sur l’écologie industrielle et territoriale où les matériaux déposés chez les uns, deviennent de nouveaux équipements pour d’autres, affirme Fabien Mouton. Le Pôle veut encourager et promouvoir les nouvelles pratiques du réemploi, en récupérant des produits en bon état ou à reconditionner, afin de les remettre dans le circuit. Cette réutilisation porte sur un périmètre restreint, crée des emplois non délocalisables dans le transport, la logistique, le démantèlement, et le reconditionnement, et favorise l’insertion professionnelle et la dimension sociale. Le collectif est notamment en relation avec le Cress Occitanie pour renforcer la présence des acteurs de l’ESS sur le marché du réemploi. Ce n’est pas un hasard si le pôle rassemble trois sociétés de l’ESS (Envie, éco-matelas et Caprionis) à ce jour ; Scop 3 étant une société à mission.

Pour capter la clientèle, le Pôle Réemploi Occitanie veut à court terme être présent sur un maximum d’appels d’offres concernant des projets de rénovation et de construction dans le secteur privé (hôtellerie, restauration, bureaux). « Nous sommes également très attentifs à l’évolution de la commande publique, qui doit devenir moteur pour nos activités » assure Fabien Mouton. Parmi les marchés ciblés, les opérations de construction d’immeuble, de démolition, de rénovation de bureaux ou d’aménagement d’espaces de travail. Le collectif répond à un large éventail de besoins, et encourage la récupération et la valorisation des matériaux et des équipements professionnels afin de généraliser le réemploi sur l’ensemble des secteurs (BTP, hôtellerie, tertiaire…).

Statut juridique

 

Chantier géré par le collectif

Si pour l’instant, ce groupement limite son activité de réemploi aux matériaux et produits de second œuvre, le réemploi dans le gros œuvre à terme n’est pas négligé. Mais pour répondre aux futurs marchés publics par exemple, le collectif doit trouver son statut juridique. Pôle Réemploi Occitanie a d’ores et déjà reçu le soutien de plusieurs collectivités territoriales et d’acteurs locaux de la filière du bâtiment. Les retours d’expériences de chaque entité ne manquent pas pour convaincre. Entre chantiers de démolition, réaménagements d’hôtels de prestige avec réemploi de mobilier, les partenaires du collectif apportent une valeur ajoutée associée à la dimension sociale. Les politiques RSE des entreprises et les contraintes réglementaires poussent les sociétés et les administrations publiques à investir dans des projets plus vertueux, assure Fabien Mouton.

Celui-ci avoue toutefois qu’il faudrait plus de contrainte pour accélérer le réemploi dans le bâtiment. Le déploiement de l’offre est indispensable à l’émergence de la demande. D’autant que depuis trois ou quatre ans, avec la crise sanitaire, le réemploi a pu résoudre quelques difficultés liées aux retards d’approvisionnement et à la pénurie de ressources. Aujourd’hui, des mesures plus incitatives mériteraient d’accompagner notre démarche, souligne le responsable des partenariats associatifs chez Scop3, comme par exemple une TVA réduite pour l’utilisation de produits de seconde main.

Crédit : Scop3, Envie, Macondo

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