Le réparateur automobile, pas très impliqué sur la PIEC

Mobilians crée son baromètre annuel

Dans l’automobile, la pièce issue de l’économie circulaire (PIEC) doit être proposée par les réparateurs agréés, suite au décret du 30 mai 2016 sur l’emploi de ce type de pièces. Or, la réalité est tout autre. Le premier baromètre annuel lancé par Mobilians révèle plusieurs freins à l’utilisation des pièces d’occasion et remanufacturées par méconnaissance ou préjugé. Ces indicateurs vont servir à l’organisation professionnelle pour remobiliser ses troupes et accélérer le déploiement des PIEC sur le marché français.

Comment inciter le réparateur professionnel à recourir à davantage de PIEC, c’est-à-dire des pièces de réemploi appelées aussi pièces d’occasion et des pièces remanufacturées connues sous le terme d’échanges standard ? Si l’emploi de la deuxième catégorie est bien souvent ancrée dans les habitudes depuis trente ans, car intégrées au réseau des constructeurs, les pièces d’occasion pâtissent encore d’une image négative associée aux casse-auto pas toujours exemplaires sur la sécurité environnementale et la fiabilité. La réglementation est depuis passée par là. La pièce d’occasion dite pièce de réemploi est soumise aujourd’hui à des contrôles stricts et des garanties. Cette évolution a été opérée grâce au décret du 30 mai 2016 qui impose au réparateur de proposer à son client une PIEC. Applicable depuis 2017, il est pourtant peu suivi par les professionnels de la réparation sur le terrain (pas d’affichage, pas d’information destinée au client). L’absence de pénalité explique-t-elle le manque d’implication ?

Représentant 170 000 entreprises du commerce et de la réparation automobile dont les centres VHU agréés, Mobilians a décidé d’en savoir plus en créant le premier baromètre annuel sur l’usage des PIEC. L’objectif est de recueillir la perception des réparateurs vis-à-vis de ces pièces détachées et d’identifier les leviers en vue de leur déploiement. L’enquête a été menée début septembre 2023 par téléphone sur un panel de 501 professionnels de la réparation (centres agréés de réparation, centres-auto, carrossiers), représentatif du métier et des régions. Ce baromètre sera réactualisé chaque année pour observer la progression du niveau de connaissance réglementaire et technique des réparateurs, ainsi que des pratiques.

Sémantique et implication

 

Cette première édition montre un niveau de connaissance satisfaisant avec 71 % des réparateurs qui affirment connaître la réglementation sur les PIEC. Pourtant, seulement 54 % des réparateurs interrogés se déclarent concernés par cette obligation, alors qu’ils devraient être tous impliqués. Au final, seuls 37 % des professionnels proposent d’emblée une PIEC et 45 % si le client le demande. Le baromètre révèle par ailleurs de la confusion sur les termes utilisés : 65 % des professionnels pensent savoir ce que sont les PIEC, soit 4 réparateurs sur 10. D’où l’enjeu prioritaire pour Mobilians de sensibiliser les réparateurs sur le vocabulaire et ce qu’il recouvre (PRE ou pièces d’occasion, échange standard et pièces remanufacturées).

Autre constat un peu paradoxal, si 55 % se disent favorables à la pose d’une PIEC, ils sont 80 % à penser que c’est une bonne solution quand la pièce neuve n’est plus disponible. Cette information fait partie des ambivalences du métier qu’il faut résoudre, affirme Régis Le Goavec, président des agents de marque et indépendants chez Mobilians. Si la PIEC ne peut pas remplacer complètement la pièce neuve, elle ne pourra pas non plus rester une variable d’ajustement. Mobilians encourage à faciliter l’accessibilité des pièces détachées via des plateformes spécialisées ou des solutions directes avec les distributeurs de pièces. Alors que les segments carrosserie et « collision » sont en avance sur l’emploi de pièces de l’économie circulaire, le marché de la maintenance reste en retrait. Comment lever les freins ? Mobilians va engager plusieurs opérations de sensibilisation des réparateurs sur les bénéfices écologiques de la PIEC, et les obligations d’informer la clientèle. Un projet de labellisation pour communiquer sur la fiabilité de la PIEC est également en discussion au sein de Mobilians. Cela pourrait donner plus de visibilité au secteur et permettre de gagner la confiance du consommateur.

Combattre les préjugés

 

L’enquête fait état de plusieurs obstacles dont certains sont le fruit d’une méconnaissance ou de préjugés. Ainsi, 70 % des réparateurs évoquent le manque de fiabilité, 50 % craignent des retours de pièce, et 33 % pensent qu’il n’y a pas de garanties sur les PIEC. Pourtant, rappelle Mobilians, toutes les PIEC possèdent les mêmes garanties que les pièces neuves. Et une certification Qualicert a été mise en place pour les centres VHU. A ce jour, elle concerne 250 opérateurs, obligés de réaliser cinq contrôles qualité. Les pièces remanufacturées suivent quant à elles un cahier des charges précis, souvent en partenariat avec le fabricant d’origine, constructeur ou équipementier, souligne Julien Dubois, président de la branche remanufacturing chez Mobilians. Parmi les freins plus objectifs évoqués, 38 % des réparateurs avancent que leur réseau impose des pièces neuves, 32 % estiment une trop grande indisponibilité des pièces, et 31 % font face à un refus de leurs clients.

Face à ces contre-vérités, Mobilians a engagé une grande campagne de communication pour rétablir quelques faits et encourager l’utilisation des PIEC. Des réunions de sensibilisation en régions sont organisées avec les professionnels de la réparation et de l’entretien avec au programme, systématiquement, un rappel de la réglementation et de l’obligation d’affichage. Plusieurs facteurs incitent désormais à une plus forte mobilisation, souligne Régis Le Goavec. La transition écologique s’immisce dans les esprits, a créé un précédent dans de nombreux secteurs, et l’automobile n’y échappe pas. Si le critère financier motive en premier lieu l’achat d’une PIEC (en général équivalant à un tiers du prix du neuf), le bénéfice écologique se retrouve presqu’au même niveau. La loi AGEC vient renforcer l’emploi des PIEC tandis qu’une nouvelle filière REP VHU entrera en vigueur en 2024, avec une place de choix pour le réemploi, et concernera aussi bien les véhicules légers classiques que les engins motorisés à deux ou trois roues et les quads.

Seulement 15 pièces en moyenne par VHU

Autre raison de promouvoir les PIEC, l’âge moyen du parc français de véhicules s’élève à dix ans. Cela signifie que sur vint millions de véhicules en circulation, le potentiel de réemploi de pièces est important. Dans le même temps, seulement 1,5 million de voitures sont démantelées chaque année, alors que quatre millions de sinistres sont déclarés. Aujourd’hui en France, un VHU permet de récupérer en moyenne 15 pièces d’occasion quand en Suède, la filière en récupère 60 et aux Etats-Unis, 120. Les restrictions liées à la sécurité routières sont élevées dans l’Hexagone, mais Mobilians travaille sur la possibilité d’élargir le périmètre à d’autres produits réemployables et bon état comme les jantes par exemple. D’autres pistes de travail sont en cours pour rendre plus attrayante la pièce détachée de réemploi ou remanufacturée : simplifier l’offre pour les réparateurs, alléger le travail administratif chronophage des réparateurs quand ils proposent des PIEC, impliquer davantage les réseaux de distribution et de construction dans cette démarche. C’est notamment le cas sur le marché des pièces mécaniques à la traîne par rapport aux pièces de carrosserie. Par ailleurs, Mobilians annonce qu’il contribuera à la mise à jour des taux de réemploi ou de recyclé dans le cadre de l’article 58 de la loi AGEC sur les achats publics circulaires. A ce jour, seuls les pneus rechapés sont concernés. Enfin, l’organisation professionnelle n’exclut pas de pousser à la mise en œuvre de sanctions, en cas de non application de la loi. Mieux vaut tard que jamais.

Crédit : Pixabay

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