Depuis 2019, 382 tiers-lieux ont été labellisés « Fabriques des Territoires » et financés à hauteur de 50 000 euros par an pendant trois ans. L’État soutient ainsi leur engagement dans la transition écologique et l’économie locale et solidaire. Cette aide renforce ces structures à court terme mais ne peut pas garantir leur pérennité face à la rareté et au coût du foncier. A ce jour, 3500 tiers-lieux ont été recensés en France dont près de la moitié agit en faveur de l’économie circulaire.
Lancé en janvier 2020 par l’Agence nationale de la cohésion des territoires (ANCT) en lien avec l’association France Tiers Lieux, le dispositif « Fabriques de territoires » a permis, grâce à huit vagues de sélection, de labelliser et de subventionner 300 tiers-lieux généralistes entre 2020 et 2021, pour un total de 45 millions d’euros. En 2023, le ministre Dominique Faure a souhaité qu’une nouvelle vague de labellisations soit lancée avec 3 objectifs : se concentrer sur des territoires ne disposant pas de tiers-lieux labellisés ; cibler les besoins locaux ; renforcer la dimension productive de ces lieux avec des activités innovantes, créatrices de richesses et d’emplois, plus attractifs pour le tissu économique et plus sobres. Sur le dernier volet présenté en novembre 2023, et qui concerne 82 sites, la plupart des projets sont portés par des associations ou des entreprises et touchent des communes de toute taille (de 207 habitants pour la plus petite à près de 150 000 pour la plus grande).

Cette labellisation associée à un soutien financier permet aux tiers-lieux d’entrer dans un écosystème multi-acteurs (réseaux régionaux, GIP France Tiers-Lieux) et de bénéficier d’une aide en subvention de fonctionnement. Cela ouvre la possibilité de pérenniser un ETP, de développer d’autres activités ou de passer à l’échelle, souligne Alice Canabate, chargée de projet, programme « Nouveaux lieux Nouveaux liens » au sein de l’ANCT. Selon l’agence gouvernementale, tous les programmes de soutiens aux tiers-lieux font par ailleurs l’objet d’évaluations rigoureuses. Concernant le dispositif « Fabrique de territoires », une évaluation conduite par des chercheurs a démontré que l’AMI avait permis de renforcer la multi-activité des tiers-lieux à l’échelle de bassins de vie, grâce à plus de moyens financiers pour amplifier de nouvelles activités servicielles (co-working, épiceries solidaires, réemploi) ou productives (accompagnement à la création d’entreprise, programmations culturelles, formations agricoles, etc.). Il n’en demeure pas moins que ces tiers-lieux sont fragilisés en raison d’une occupation provisoire de sites en cours de réhabilitation ou de loyers trop élevés au regard de leurs revenus. Si le soutien de l’Etat favorise le maillage du territoire à court terme, l’accès au foncier reste la clef centrale de leur pérennité.
Manufactures de proximité
Juste après le premier confinement en 2021, le dispositif « Manufactures de proximité » a labellisé 100 tiers-lieux de production intégrant pour une immense majorité les principes de l’économie circulaire (mutualisation de machines et de services, circuits courts, réemploi). 53% des Manufactures labellisées réutilisent des matières premières, comme La Petite Manchester à Mulhouse qui collabore avec les industriels de la région Grand Est pour identifier les gisements textiles prometteurs que les salariés en insertion au sein de la structure transforment. Près de 65% des Manufactures sont engagées dans des actions de sensibilisation sur leur territoire. Par exemple Bordanova, près de Toulouse, abrite l’école ÊTRE (École de la Transition Écologique) qui dispense des formations à des publics non avertis autour de la transition écologique. 17% des Manufactures sont engagées dans des pratiques agricoles et alimentaires favorisant la préservation des sols et des espèces (telles que l’Arbre en Normandie, près de Bayeux, ou Mady&Co, dans le Morbihan).
Vision panoramique 2023
Dans son panorama de 2023, l’observatoire du GIP France Tiers-Lieux a recensé 3500 sites en France dont 62 % se trouvent en dehors des 22 métropoles administratives et 34 % en milieu rural. Les régions les plus représentées sont l’Ile-de-France, AuRA, Nouvelle-Aquitaine et Occitanie. Les usages des tiers-lieux sont multiples : il s’agit à 55 % de bureaux partagés, 31 % sont des espaces culturels, 28 % des fablab, et 16 % intègrent des ateliers artisanaux partagés. Au total, près de 48 000 structures sont hébergées dans ces tiers-lieux : 18 % d’entre eux ont une activité d’incubateur et d’accélérateur d’entreprises. Une majorité (51 %) des tiers lieux sont des associations et 19 % possèdent des statuts d’entreprise (SA ou Sarl). A l’origine de ces entités, on retrouve des initiatives citoyennes à 27 %, une association existante (26%), un entrepreneur ou un collectif d’artisans (22%) ou bien une collectivité (14%). Le panorama signale également que 16 % des tiers-lieux hébergent un service public. Le rôle du foncier est central pour la pérennité du tiers-lieu : 70 % sont locataires ou occupants et 47 % ont signé un contrat ou une convention d’occupation de mois de 4 ans. Si ces lieux accueillent 25 000 emplois directs, 61 % disposent de salariés en CDI et 70 % des salariés sont des femmes. En 2022, les tiers-lieux ont générés un chiffre d’affaires de 882 millions d’euros. Toutefois 49 % de leurs ressources proviennent de subventions publiques. 83 % des tiers-lieux ont des partenariats avec des acteurs publics ; 50 % ont des partenariats avec des acteurs de l’enseignement ; 47 % ont des partenariats avec des structures de l’insertion professionnelle.
Engagés dans l’économie circulaire
Sur la base du déclaratif, ce panorama 2023 estime que 46 % des tiers-lieux travaillent en lien avec l’économie circulaire (réemploi, upcycling, réparation, fonctionnalité, circuits courts). Selon le même principe, 30 % proposent des activités de jardins partagés et de bricolage et de réparation ; 13 % disposent d’une matériauthèque ou d’une ressourcerie ; 43 % ont des partenariats avec des acteurs de la transition écologique tandis que 33 % des tiers-lieux veulent développer une résilience territoriale à travers l’agriculture locale et l’économie circulaire. Par ailleurs, 57 % des tiers-lieux développent des actions de formation et d’apprentissage : le réemploi par exemple est proposé dans 21 % des tiers-lieux (735 environ). Le numérique, la fabrication numérique, l’entreprenariat et l’informatique/électronique arrivent en tête de ces programmes de formation. En outre, 40 % des tiers-lieux possèdent un atelier de fabrication (fabrication 3D et numérique), de production autour du bois, des métiers d’art, du métal ou bien de production graphique, textile, agricole, et de transformation alimentaire.

Plus de 30 % des tiers-lieux sont engagés dans la lutte contre l’obsolescence programmée, à travers des repair-cafés, des ateliers de réparation d’objets par soi-même, ou l’intégration d’activités de recyclerie ou de ressourcerie. Dans le même esprit, les fablabs, maker spaces et hacker spaces proposent des ateliers de réparation d’objets numériques, distribuent des ordinateurs réparés ou encore recyclent du plastique pour imprimer des objets en 3D. Les tiers-lieux conduisent aussi des actions de sensibilisation autour de la surconsommation et la réduction des déchets. L’économie circulaire est une constante des tiers-lieux. La vague de labellisation « Fabriques de Territoire » 2023 ne déroge pas à la règle et a largement accordé son soutien aux tiers-lieux présentant des activités : de ressourcerie, de repair-café, d’upcycling, d’ateliers de bricolage et réparation, d’ateliers DIY, zéro déchets ou anti-gaspi, de matériauthèque, de circuits-courts ou même de formation en économie circulaire et/ou décarbonée. Sur les 82 lauréats, 37 ont indiqué, dans leurs dossiers de candidatures, avoir un ou plusieurs services lié(s), soit près de la moitié :
- AuRA : l’imprimerie, lieutopie, la ressourcerie, les amis de la conciergerie
- Bourgogne Franche-Comté : Lab’eaux de l’auxois, MRJC, Delta Dolois, Fier lieu du Tournerois,
- Bretagne : Run Ar Pun, La fédération d’animation rurale, Pepiterre, l’Eprouvette
- Centre-Val de Loire : Moulin à Tan, Tiers lieu Sud Touraine, Château de Cepoy
- Grand Est : Cantine 111 Bidouille numérique, Maison de mille marches, Le briquet
- Hauts de France : Tiers-Lieu du Boulonnais, La musette
- Normandie : escarbille, ressourc’eure
- Nouvelle-Aquitaine : Carbouey, Moulin Solidaire, Espace des transitions, Moustache, Tiers-lieu quatre cantons, le Coq à l’âme, la Colporteuse
- Occitanie : Le tracteur, la pompe, l’écorce Ecorce à Foix
- Pays De la Loire : Cultivons les cailloux, Orangerie de Danne
- PACA : Montrieux le Hameau, Nouveaux Liens nouveaux lieux, Initiative Pays d’Arles
La Mine : une institution du réemploi
Parmi les tiers-lieux valorisant la seconde main et la réparation, La Mine a emménagé à Arcueil (94), dans un ancien garage réhabilité, mis à disposition par la mairie fin 2016. Une trentaine de salariés en contrat d’insertion y travaillent ainsi que dix permanents. Pour son fondateur Régis Pio, La Mine est un outil pour créer et favoriser de nouvelles histoires écrites avec les parties prenantes, et non des personnes extérieures. Sous forme associative tout d’abord, le site a ouvert un atelier de chantier d’insertion qui collecte, trie, répare, recycle ou revend à petit prix les objets et meubles donnés. Sur 300 m², le lieu se compose de plusieurs espaces : une ressourcerie, un espace solidaire de gestion des déchets, de collecte et de reconditionnement d’objets, un fablab, un espace de coworking gratuit, un atelier de fabrication numérique, un espace Do it yourself, un café associatif (« le Bar à Mine »), un atelier d’auto-réparation de vélos et un e-shop en collaboration avec Label Emmaüs. La Mine organise aussi des actions « hors les murs » dans sept communes de l’EPT : des festivals de sensibilisation au réemploi et au numérique, des collectes à domicile en vélo cargo, des braderies guinguettes dans les quartiers et des chantiers école d’insertion.
En 2021, La Mine est devenue la première structure labellisée « Fabrique du Territoire » du Val-de-Marne et du Grand Orly Seine Bièvre. Grâce ce soutien, son projet Ambition 2026 a vu le jour avec comme ligne d’horizon, l’ouverture de sept tiers-lieux sur le même modèle. L’été dernier, La Mine a ouvert un autre site dans la commune voisine de Cachan, sur l’ancien site de l’ENS (Ecole Normale Supérieure) où elle dispose aussi d’un entrepôt. Un Fablab a été imaginé à cet endroit comme atelier d’impression 3D de pièces de rechange pour revaloriser les objets déposés à la ressourcerie d’Arcueil. Cette initiative a permis aux salariés, bénévoles et adhérents d’accéder à des machines numériques et de former ses utilisateurs. Pour trouver l’équilibre et continuer d’accompagner les personnes dans le besoin et porteuses de projets locaux, l’équipe dirigeante du tiers-lieu réfléchit aujourd’hui à se transformer en SCIC pour ouvrir sa structure à de nouvelles entreprises et aux investissements.
Bon à savoir :
Semaine nationale des recycleries et ressourceries : du 2 au 9 décembre 2023
Crédit : Adrien Roux
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