En 2022, un tiers-lieu au service de l’économie circulaire a vu le jour au sein de la métropole grenobloise. Le Pôle R accueille sur 8000 m² une trentaine de structures de l’ESS et jeunes entreprises engagées. A l’origine, la conjonction de deux volontés, celles de Grenoble et d’Envie Rhône-Alpes de réduire la production de déchets et favoriser le réemploi solidaire. En 2024, le site devrait enregistrer une hausse de ses activités et mettre en place des canaux de distribution innovants.
En 2017, Grenoble Alpes Métropole (GAM) a fixé dans son Schéma Directeur des Déchets, l’objectif de réduire de 20 % par an la masse de déchets produits sur le territoire à partir de 2030, soit 31 000 tonnes, dont 7 500 tonnes collectées en déchèteries. Ces flux devront être réorientés vers le réemploi et la réparation. Pour atteindre cet objectif, la métropole a choisi de développer la massification des collectes, le réemploi et le don grâce à une plateforme physique de tri, de stockage et de transformation de produits collectés (encombrants, textiles, etc.).
A sa demande, une vingtaine d’acteurs locaux provenant de l’ESS se sont réunis en 2019 pour réfléchir à un changement de modèle économique autour de la gestion des déchets. De son côté, Envie Rhône Alpes a choisi à la même époque de proposer la création d’un espace d’activités solidaires à l’instar du pôle d’économie circulaire ILOé créée à Lyon. « Face à un coût de traitement des DIB (souvent enfouis ou incinérés) de l’ordre de 190 euros la tonne, nous avons proposé pour le même prix, un sur-tri pour réduire réduire le flux de DIB à 20 %, tout en favorisant le réemploi. Pour y parvenir, nous avons misé sur la massification et le déploiement d’infrastructures logistiques » indique Simon Mirouze, directeur général délégué d’Envie Rhône-Alpes.
8000 m² d’espaces mutualisés
De ces échanges, Envie a réalisé un cahier des charges, qui impliquait de trouver un site de 4000 m². De son côté la ville de Grenoble a engagé des procédures pour développer un consortium d’acteurs de l’économie sociale et circulaire. C’est dans ce cadre que la SCIC Fabricanova* (détenue à 36 % par la GAM et 30 % par Envie Rhône-Alpes) est née. En parallèle, la métropole s’est mise en quête d’un site pour accueillir le projet. C’est sur l’ancienne usine Schneider Electric qu’un espace de 8000 m² a été acquis par la ville pour accueillir le tiers-lieu Pôle R. Bien au-delà du périmètre de Fabricanova, le site labellisé Manufacture de Proximité en 2022, permet une mutualisation des espaces, des équipements, des ressources humaines et des gisements de matières.

Le Pôle R accueille plusieurs activités : une donnerie dépose-minute pour les matériaux et objets de seconde main, une plateforme industrielle de 4 500 m2 de sur-tri, de démantèlement, de réparation, de réemploi et d’upcycling ainsi qu’unbâtiment réservé aux acteurs locaux de la lutte contre le gaspillage alimentaire et la consigne alimentaire. Cette activité a démarré en 2022. Dans ce laboratoire, se retrouvent Alpes Consigne qui collecte et nettoie des bouteilles consignées dans un centre de lavage mutualisé ; Dabba Consigne, solution d’emballages en verre consigné pour les restaurants ; La Bocale, promoteur de produits alimentaires invendus ; Sysalp, loueur de distributeurs automatiques pour la vente en vrac ; Ulisse Grenoble Solidarité, laveur de gobelets réutilisables et Zesti, livreur de produits locaux et de saison. Cet espace sert à la fois de bureaux administratifs et d’ateliers de production, où les entreprises échangent, coopèrent, mutualisent. Un troisième espace en cours d’aménagement, comprendra des ateliers, des espaces de stockage et des bureaux de jeunes entreprises de l’économie circulaire. Programmé pour 2026, il sera consacré notamment à de nouvelles filières (textiles par exemple, dont une grande part se retrouve encore dans les poubelles grises) et aux métiers de l’économie circulaire.
Industrialiser le réemploi
Depuis l’été 2023, le consortium Fabricanova, présidé par Simon Mirouze, a commencé à prendre ses marques sur letiers-lieu. Plusieurs ateliers sont en cours : la réparation et remise en état d’appareils électroménagers, la collecte et le pré-tri d’objets en vue d’un réemploi dans les ressourceries associées. GAM a par ailleurs engagé plusieurs marchés comme la collecte d’encombrants à domicile vers la plateforme de tri ; le lancement d’une donnerie dépose-minute directement sur le site du pôle R. Envie, partenaire pour la gestion des flux d’Ecomaison et bientôt d’Ecologic dans le cadre des nouvelles filières REP (jouets, mobilier, ASL, ABJ) contribue aux nouvelles collectes de haut de quai dans les déchèteries. Les produits sont ainsi récupérés par Fabricanova, triés et pesés en vue de leur réemploi ou bien pris en charge par l’éco-organisme de la filière pour être valorisés. « Une fois les ateliers en place, la plateforme de tri aura une capacité de traitement de 2500 tonnes par an. Cela répond à notre objectif de tendre vers l’industrialisation des pratiques circulaires » pointe Simon Mirouze. Dans ce contexte, la collecte directe des encombrants générés par les bailleurs sociaux fait l’objet d’une réflexion. Ce circuit éviterait d’engorger les déchèterie et apporterait une solution pérenne dans certains quartiers urbains de la ville. De la même manière, face aux exutoires limitées des ressourceries, l’équipe de Fabricanova souhaite pour 2024, mettre en œuvre de nouveaux canaux de vente, via la distribution, des plateformes en ligne, la création de magasins éphémères, ou des partenariats avec les CCAS.
Une volonté politique

Ces activités ont permis la création de 80 emplois dont une bonne partie en insertion au sein d’Envie et Ulisse Grenoble Solidarité. Elisabeth Debeunne, vice-présidente de la métropole de Grenoble, en charge de l’ESS espère que les effectifs vont doubler, voire tripler grâce à cette dynamique. Le Pôle R est avant tout le fruit d’une volonté politique pourcommuniquer et accorder plus de place aux pratiques circulaires. « Ce concept reste en soi encore très abstrait pour beaucoup de personnes. Nous voulons rendre ce modèle visible et concret, à travers des opérations de tri, des actions de lutte contre le gaspillage alimentaire et la promotion de nouveaux métiers et des filières » insiste Elisabeth Debeunne. Depuis janvier 2024, le site accompagne également la mise en place d’un réseau d’entreprises locales engagées dans des démarches éco-responsables. « De la TPE à la PMI, de la structure ESS à la PME, l’économie circulaire répond à des besoins précis comme la réduction de sa consommation d’eau, la réutilisation des déchets en ressources, l’éco-conception etc. Dans le cadre de sa stratégie autour de l’économie circulaire, la métropole de Grenoble a prospecté auprès de quelque 300 entreprises locales pour construire le réseau et identifier les demandes. Le Pôle R a déjà accueilli trois réunions de chefs et représentants d’entreprises qui ont pu échanger sur leurs besoins et envisager de possibles coopérations. « Cette dimension transversale est indispensable pour avancer sur l’économie circulaire. En tant que collectivité locale, nous ne voulions pas de relation dans laquelle nous aurions imposé nos points de vue » ajoute la vice-présidente. Le Pôle R semble désormais bien parti pour durer et grandir.
- Fabricanova rassemble 12 structures associées : Emmaüs Grenoble, Régie de quartier de Grenoble, Qualirec, Ecomat38, Pro’Pulse régie de quartier, Recyclerie sportive, Grenoble Alpes Métropole, Cycles & Go, Ulisse Grenoble Solidarité, Envie, les ateliers Marianne, Soleeo
Crédit : Lucas Frangella (GAM)
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