Les plateformes en ligne du textile, souvent synonymes de produits jetables, font évoluer leur business model vers du re-commerce, pour une seconde vie, de l’upcycling ou du recyclage. C’est là qu’intervient la toute jeune entreprise Reekom. Se définissant comme industriel et logisticien de la seconde main, elle récupère, inspecte, désinfecte, lave et répare en vue d’une remise en marché des produits. Reekom cible trois filières à court terme : les textiles, la literie, les sports et loisirs.
Les deux ateliers de Reekom ont vu le jour en 2022 à La Courneuve (93). Soutenue par la région francilienne et le département de Seine-Saint-Denis, l’entreprise met en valeur une étape souvent absente ou insuffisamment rodée pour développer la seconde main : la complexité logistique et industrielle. Venant du secteur de la supply-chain, son fondateur Guillaume Perret du Cray vise en particulier le re-commerce qui désigne les achats et les ventes en ligne de produits déjà utilisés. « Pour les textiles et les matelas, des filières et des procédés de recyclage existent déjà et permettent de traiter desflux importants. En ce qui concerne la seconde main, il ne suffit pas de trier la meilleure qualité et la remettre dans le circuit. Il faut un procédé industriel spécifique pour lui redonner de la valeur, développer un outil informatique, indispensable à son référencement et à sa traçabilité ».

L’entreprise s’adresse aux market place de la seconde main, aux professionnels de la location, aux marques de prêt-à-porter, et acteurs digitaux de la gestion des retours. Plutôt que d’être jeté après une première utilisation auprès d’un client, le produit est remis dans la boucle vente/achat. A ce titre, il est récupéré, inspecté, re-traité si besoin, puis proposé de nouveau à la vente, auprès d’autres clients. Selon Guillaume Perret du Cray, 33 % de la génération millennials achètent de la seconde main. A ce jour, l’activité de seconde main représente moins de 1 % du CA pour les marques, mais celles-ci y voient un intérêt grandissant de la part de ses clients : « nous constatons que le marché du re-commerce est en pleine expansion, notamment à travers la seconde main. Il y a beaucoup d’offres différentes (CtoC, BtoC, CtoBtoC, CtoB) mais l’expertise opérationnelle pour récupérer les produits, les examiner, les re-valoriser et les ré-injecter dans des nouveaux canaux de ventes (retail physique ou e-commerce) n’est pas optimisée ».
Traçabilité et rentabilité
A l’heure actuelle, l’entreprise travaille avec une vingtaine de salariés et son fondateur insiste sur la création de partenariats avec des associations et des structures ESS locales pour effectuer des opérations spécifiques ou délicates comme le nettoyage de pièces en soie par exemple. Les vêtements d’occasion (marques de luxe ou de moyenne gamme) sont récupérés et acheminés par Reekom dans ses ateliers. « Notre objectif est de permettre à notre client partenaire, distributeur ou fabricant, de ne pas perdre pas d’argent en s’adressant à nous. Nous proposons une enveloppe budgétaire qui comprend plusieurs services : transport, référencement informatique, traitement du produit, réacheminement dans le cadre d’une revente ou d’une location. Les produits subissent d’abord un contrôle qualité pour savoir s’il est revendable. Chaque article est référencé selon la typologie, sa taille, sa composition. La pièce est qualifiée selon son parcours et son état. Des opérations de lavage et petite réparation sont ensuite mises en place.

Après une opération de shooting et de mise en valeur, le produit est reconditionné et repart dans le circuit de vente, tel que défini par le client (distributeur ou marque): corners dans des points de vente physique, déstockage. A la demande, Reekom peut aussi favoriser la location, finalement assez proche de la seconde main en termes de gestion de produits et de valeur ajoutée. Dans ce cas de figure, la pièce revient chez Reekom après chaque utilisation pour nettoyage ou remise en état. Sinon, les produits textiles sont dirigés vers des filières de recyclage classiques. « Notre approche n’est pas de concurrencer les petits artisans de la réparation (couturier ou cordonnier) qui ont un rôle de proximité important à jouer auprès du grand public, assure le dirigeant de Reekom. Nous travaillons principalement en BtoB et non en BtoC. Dans la mesure où nos clients sont des marques, on se doit de chercher une rentabilité pour que la seconde main ne soit pas une contrainte ni une charge pour eux mais une activité complémentaire en essor ».
Un partenaire logistique pour les filières REP

Pour faciliter la circulation de la seconde main dans la filière textile, la literie, et bientôt des articles de sport et loisirs, Reekom s’est rapprochée des trois éco-organismes Refashion, Ecomaison et Ecologic. Fin 2023, l’entreprise a été retenue dans le cadre d’un AAP Réemploi par Refashion pour équiper un atelier à l’échelle industrielle de nettoyage et de réparation de chaussures en cuir et de sneakers. A la clef, un soutien financier de 200 000 euros. Depuis un peu plus d’un an, Reekom travaille également en partenariat avec la filière Ecomaison pour aider à prolonger la durée de vie des literies. Un matelas testé pendant plusieurs nuits chez un particulier, qui finalement ne va pas jusqu’à l’achat, ne peut pas reprendre le chemin commercial tel quel. Jusqu’à présent, ces matelas étaient valorisés en recyclage. Reekom peut désormais les récupérer pour les nettoyer, les désinfecter et les reconditionner dans leur nouvel emballage. L’entreprisetravaille d’ores et déjà avec une vingtaine de marques au total, qui s’engagent à fournir les pièces détachées pour les réparations.
D’ici fin 2024, Reekom devrait se rapprocher des gisements textiles sportifs et techniques en partenariat avec Ecologic. De nouveaux équipements plus volumineux comme les tables de ping pong, ou les paddle auraient tout à fait leur place dans les ateliers de Reekom au même titre que le mobilier ou la literie. « Nos outils de retraitement pourraient servir à différents gisements. Les seuls que nous ne voulons pas gérer, les équipements électriques et électroniques, disposent déjà de nombreux acteurs du réemploi. C’est un tout autre métier que nous n’aborderons pas ». Reekom ne devrait pas limiter ses capacités à ses deux ateliers de Seine-Saint-Denis. Des projets d’expansion sont envisagés en Ile-de-France, en régions et à l’étranger.
Crédit : Reekom
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