Syndifrais : premier bilan annuel sur les 3R des emballages plastiques

Quatorze engagements pris d’ici 2040

Comment mener de front la réduction, le réemploi et le recyclage des emballages plastiques dans l’industrie des produits laitiers ? En 2023, l’organisation professionnelle Syndifrais a choisi d’embarquer ses entreprises adhérentes dans une feuille de route 3R. Aujourd’hui, plusieurs projets sont en cours, avec quelques résultats tangibles, présentés lors du premier bilan annuel. Premier enseignement : ces travaux montrent que la hiérarchie des modes de traitement n’est pas si simple à appliquer.

Avec 75 % du marché français des produits laitiers, l’organisation professionnelle Syndifrais représente via ses adhérents, deux millions de tonnes de produits vendues par an. Ces entreprises sont concernées à 80 % par l’emballage plastique, notamment le PS que l’on trouve essentiellement dans les pots de yaourt. C’est une particularité française ; une habitude commerciale de longue date. Avec l’Espagne et le Portugal, la France utilise cette résine pour contenir ses produits laitiers et autres crèmes dessert. Deux atouts : le process de transformation, dit FFS (Form Fill Seal) est intégré dans 60 % des usines de conditionnement et le PS est sécable, sans risque pour les pots attachés entre eux. Les entreprises réceptionnent ainsi des plaques de PS qu’elles transforment sur place en emballages à remplir.

La loi AGEC a été un élément déclencheur pour de nombreux secteurs, concernés par la réduction des emballages plastiques à usage unique. Parmi eux, l’industrie des produits laitiers utilise majoritairement des emballages plastiques à usage unique, qui sont recyclables mais qui en réalité souffrent d’une mauvaise image, liée à des collectes et un recyclage insuffisants. Au-delà de la mise en œuvre d’une filière de valorisation spécifique sur le PS des produits laitiers, les professionnels de ce secteur ont décidé de s’engager fortement via un feuille de route 3R, pour mener de front le recyclage, la réduction, et le réemploi des emballages.

Quatorze engagements à la clef

A l’aide de diagnostics, d’enquêtes chiffrées, d’études comparatives avec les marchés européens, et neuf mois de travail, le chantier sur les 3R a été accompagné par le cabinet de conseil (Re)Set et a donné lieu à 14 engagements de la profession. Parmi eux, le choix de réincorporer du rPS dès 2025 ; tendre en 2030 vers une standardisation des couleurs (blanc et translucide) dans le recyclage ; réaliser un état de l’art du thermoformage du papier pour remplacer les formés en FFS d’ici 2040 ; lancer une expérimentation en vrac assisté en GMS au sein des rayons traditionnels en 2025 en vue d’un déploiement en 2030. « C’est un document de référence que l’on a créé à partir de zéro, insiste Muriel Casé, déléguée générale de Syndifrais. Il inclut les contraintes réglementaires et pose des jalons à 1, 5, 10 et 20 ans ». Toutes les pistes alternatives possibles et imaginables sont explorées pour favoriser les 3R, ajoute Géraldine Poivert, présidente de (Re)Set : « dans cet exercice, nous n’oublions aucune piste, comme le vrac, ni aucun secteur en lien avec les emballages ménagers et industriels ». Aujourd’hui, Syndifrais dresse un premier bilan sur l’avancée de ses actions 3R. Un rendez-vous incontournable qui restituera désormais une fois par an les tendances et les résultats de tous les travaux en cours et à venir. Pour cela, plusieurs groupes de travail ont été créés, sur le réemploi, la fibre cellulosique, le recyclage ou la collecte.

Solutions de réduction éprouvées

 

Concrètement, la réduction des emballages est la première démarche à réaliser pour éviter de puiser dans les ressources et le cas échéant de produire des déchets d’emballages. Parmi les industriels engagés sur cette voie, Even/Laita a travaillé sur un emballage de fromage blanc vendu sous la marque distributeur Pâturages, qui est passé de 22 à 20g de PP par pot, soit une économie de 24 tonnes de PP vierge économisé chaque année. A cette démarche de réduction, a été ajouté un nouveau couvercle en PET 100 % recyclé, apte au contact alimentaire. Cela représente 12 millions de couvercles par an, soit l’équivalent de 72 tonnes de PET vierge économisé. Pour Mathieu Boulc’h, responsable packaging de l’entreprise, l’objectif à terme est de pouvoir remplacer le PP vierge par du rPP alimentaire et de supprimer l’opercule en aluminium, ce qui réduirait le nombre d’éléments à deux au lieu de trois à ce jour. « Dans ce cas, il faut aussi repenser la forme du pot de fromage blanc d’un kg pour optimiser le transport. La réduction a toutefois ses limites. C’est pourquoi, il ne faut pas hésiter à combiner plusieurs actions, en associant par exemple l’allègement d’un côté, l’incorporation de recyclé de l’autre ». La contrainte réglementaire peut aussi devenir un tremplin pour l’innovation et la réduction. C’est le cas d’une bouteille pour yaourt à boire, retravaillée par Even/Laita pour créer un bouchon solidaire du contenant. Résultat : un bouchon à clipper plus léger et une forme de bouteille revisitée permettant un gain de 58 tonnes de plastique par an et 25 tonnes de carton (suremballage). Pour aller plus loin, l’entreprise pense déjà au rPE alimentaire, et à la suppression des sleeves.

Chez Yoplait, la stratégie sur la réduction de matière plastique s’est traduite par une optimisation de certains contenants de yaourts à boire, de l’ordre de 6 à 12 % selon les formats. « Pour limiter l’utilisation des plastiques, nous avons également choisi un format familial de 750 g de yaourt dans une brique ELA recyclable, ce qui permet deux fois moins d’emballages par rapport aux pots individuels en plastique. Enfin, nous nous engageons sur la réduction de matières fossiles, en incorporant 50 % de rPS dans nos pots individuels Skyr » explique Florian Trohay, responsable RSE & Développement durable chez Yoplait. Dans le cadre de ces travaux autour de la réduction de plastiques, certains industriels s’interrogent également sur l’opportunité de repenser leurs offres, de diminuer les portions nomades et de faire évoluer les habitudes de consommation.

« Un mauvais choix se paie pendant au moins vingt ans »

Mais dans ce domaine, l’industrie y va à pas feutré. Changer les pratiques d’achat reste très compliqué. Et surtout il ne faut pas se rater, confirme Patrick Falconnier, président de Syndifrais : « un mauvais choix se paie pendant au moins vingt ans ». D’où la réalisation de sondages réguliers pour tâter le terrain et cerner les prises de conscience. Dans le cadre de la feuille de route 3R, la perception du consommateur est tout aussi importante que la réglementation et les pratiques environnementales plus vertueuses. L’enjeu pour l’industriel est de savoir quand le consommateur se sent assez prêt pour déployer une nouvelle stratégie, bien souvent coûteuse. Ainsi sur le réemploi, les choses ne sont pas si simples. Dans une étude Opinion Way réalisée en juillet 2024 sur un échantillon de 1002 Français, pour le compte de Syndifrais et Citeo, l’emballage réemployable de produits laitiers frais n’emballe pas les foules. Un foyer sur deux se dit prêt à basculer vers cette pratique pour des raisons environnementales, mais plusieurs freins sont exprimés sur la consigne de ces emballages : sécurité sanitaire, problèmes pour stocker les emballages vides, prix additionnel lié à la consigne. Sur le choix des matériaux à réemployer, le verre arrive en tête (71 % des personnes interrogées), suivi par le plastique (20%) et le métal (9%). Pour Florian Trohay, c’est compliqué de satisfaire tout le monde et en même temps, prendre en compte notre modèle économique et notre impact carbone : « dans un monde idéal, il faudrait un emballage réemployable, en verre, léger, empilable et pas cassable ! » Soyons réaliste, reconnaît-il, le réemploi peut avoir sa place au même titre que le plastique à usage unique, dès lors qu’il intègre de la matière recyclée et recyclable.

Repack, test grandeur nature

Pour trouver des solutions de réemploi, un collectif de 14 industriels et deux distributeurs a lancé le projet Repack. Le cabinet (Re)Set les accompagne pendant 18 mois où une trentaine de magasins volontaires vont tester une offre de réemploi avec consigne sur un pot standard de fromage blanc, destiné aux cantines et à la restauration collective. L’objectif est d’étudier les impacts sur toute la chaîne de valeur et d’expérimenter de nouvelles étapes comme la collecte des emballages vides, le stockage et le lavage des contenants. Ce projet de 300 000 euros d’investissement nécessite l’intérêt de plusieurs industriels pour mutualiser les opérations de logistique, de tri et de traitement. « Nous allons observer le nombre de boucles réelles possibles en situation, mesurer l’impact carbone de cette solution, précise Géraldine Poivert. Concernant l’emballage standard, sa forme a été repensée pour empêcher toute eau stagnante et pour garantir la sécurité sanitaire, un couvercle à usage unique et sécurisé est apposé à chaque nouvelle utilisation. Le projet Repack est très attendu par la profession, en particulier sur la viabilité économique. Ce qui pour l’instant n’a pas convaincu une majorité d’industriels.

Recycleur belge pour la filière PS

 

Le recyclage est en principe la dernière solution proposée, mais bien souvent elle représente pour une entreprise qui s’engage, le chemin le plus facile. Avec le particularisme français du PS, tout n’était pas gagné. Le secteur a réussi à créer une filière de toutes pièces pour recycler en boucle fermée le PS de ses emballages. PS2025 remonte à 2020 ; depuis, les rouages se mettent en place avec en amont la création de quatre centres de surtri pour les flux en développement gérés par Citeo. Trois unités sont déjà opérationnelles près de Beaune, Epinal et Mende. « Pour le 4e centre de surtri, nous avons lancé l’appel à manifestation d’intérêt avant l’été 2024. La consultation, sous forme de dialogue compétitif, se déroule conformément au calendrier prévu, précise Nicolas Furet, directeur de la performance 3R chez Citeo. Nous prévoyons une sélection début 2025, pour une mise en service à horizon fin 2026 – début 27 ». En aval, la première ligne de recyclage chimique par pyrolyse sera lancée en 2025 chez le Belge Indaver. 80 % des pots en PS collectés et triés y seront traités. Chez Bourgogne Recyclage qui exploite l’un des centres à Ruffey-les-Beaune, ce sont 15 machines de tri optique capables de traiter entre autres, 1800 tonnes de PS par an. Ces procédés sont faits aussi pour évoluer vers le traitement de nouvelles résines si besoin.

Poussée et soutenue par l’Ademe, la feuille de route 3R de Syndifrais doit pouvoir à terme se décliner dans d’autres secteurs d’activité de l’emballage. Pour Amélie Renaud, directrice Ile-de-France de l’Ademe, les solutions mises en œuvre doivent venir des industriels qui connaissent parfaitement leurs spécificités sur le plan technique, sécuritaire ou sanitaire. Ces chantiers ne doivent pas pour autant tirer un trait sur les emballages plastiques à usage unique. « Relever trois défis en parallèle est un challenge, assure Patrick Falconnier. Si la réduction et le recyclage sont un peu plus avancés, le réemploi devrait rester un point bloquant, car encore difficile de se projeter sur le marché. Aujourd’hui le réemploi reste plus cher que l’usage unique. Qu’en sera-il dans cinq ou dix ans, avec des nouvelles façons de consommer et des changements d’usage sur l’emballage ? L’Ademe anticipe ces moments avec notamment le lancement de plusieurs AAP en 2025 sur les matières biosourcées dans l’emballage. De là à imaginer un yaourt protégé par un emballage comestible, il n’y a qu’un pas.

Crédit : Syndifrais

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