Recyclage des plastiques ménagers : missions renforcées pour Valorplast

Une expertise au service des plastiques des déchèteries

Le second confinement s’assouplit de plus en plus ; l’économie française rattache les wagons. Certaines activités essentielles ont pourtant connu une forte pression. Dans la gestion des déchets, la filière des plastiques ménagers revient de loin. Aujourd’hui, les difficultés de stockage et de débouchés semblent surmontées. Aux commandes, la société Valorplast se concentre sur ses projets de recyclage et la mise en œuvre de la loi AGEC. Avec un seul objectif : recycler plus de flux et créer de nouveaux débouchés.

Depuis le printemps dernier, au plus fort de la crise sanitaire et en pleine paralysie économique du pays, la filière de gestion des déchets d’emballages plastiques ménagers a renforcé ses partenariats avec les régénérateurs industriels français et européens. Jonglant entre le maintien des enlèvements de matières dans les centres de tri et la recherche de débouchés coûte que coûte, la société Valorplast a gardé le rythme et dresse aujourd’hui un bilan satisfaisant de cette gestion de crise. « Nous avons réussi à trouver des solutions avec l’ensemble des professionnels de la filière (nos 24 partenaires recycleurs) dont les sociétés de transport qui ont permis d’écouler certains gisements de plastique dans les pays voisins », souligne Catherine Klein, la directrice générale de Valorplast.

Bouteilles PET issues de la collecte sélective

Rappelant que tous ces efforts ont conduit aujourd’hui au déstockage des sites, notamment sur les matières compliquées comme le PET foncé, la filière a ainsi pu garantir la reprise dans le cadre de ses contrats signés avec 400 collectivités, soit la moitié des collectivités françaises. Résultat encourageant puisqu’entre début janvier et fin octobre 2020, la filière a collecté plus de 131 000 tonnes d’emballages plastiques usagés, soit une augmentation de 2,6 % par rapport à la même période en 2019. « Cette progression tient au fait que nous avons maintenu nos engagements pendant tout le confinement, mais a aussi et surtout été rendue possible grâce à l’extension des consignes de tri. Cela a profité à l’ensemble des emballages ménagers », confirme Catherine Klein.

400 collectivités sous contrat

 

Pendant longtemps, le recyclage des bouteilles plastiques a été cantonné à une bouteille sur deux. Aujourd’hui, le seuil a été franchi, et Valorplast estime à une moyenne de 60 %, le taux de recyclage pour les bouteilles. La filière travaille avec 123 centres de tri sur un total de 160 et devrait rester sous contrat avec la grande majorité de ses collectivités. Cela correspond à un peu moins de 50 % des tonnages au niveau national. Au cours de cette année un peu particulière, les flux ont été recyclés à 68 % en France, le reste en Europe limitrophe. « Pour la fin d’année, les collectivités avaient le choix de sortir de la garantie de reprise, mais sauf exception sur deux territoires en cours de réflexion, nous garderons l’ensemble de nos contrats », se réjouit Catherine Klein. Cette fidélité semble avoir trouvé comme principales motivations, la transparence sur les débouchés, la traçabilité et un modèle d’équité : le même prix pour tout le monde, et un prix plancher garanti, si les cours s’effondrent.

Le credo de la filière s’appuie essentiellement sur la qualité de la matière triée pour favoriser la pérennité des débouchés. Depuis le second confinement, quoique relatif, la filière ne rencontre plus de difficulté majeure pour trier les flux et développer des solutions de recyclage pour ses matières. L’extension des consignes de tri a provoqué de nombreux changements au sein des collectivités et chez les régénérateurs. Pour Valorplast, cela correspond désormais à 70 % de ses flux. Mais le jeu en vaut la chandelle, face à des objectifs de recyclage ambitieux et au calendrier de la loi AGEC. Selon Cédric Bourillet, directeur général de la prévention des risques au ministère de l’Ecologie, pas question pour la ministre en place, Barbara Pompili, de repousser les échéances – hormis un délai supplémentaire d’un an accordé à la REP emballages des CHR (Cafés hôtels restaurants), qui ont subi de plein fouet la crise sanitaire, et aux fonds sur la réparation et le réemploi.

Ligne pilote sur les procédés existants

 

Pour répondre aux engagements des pouvoirs publics et être au rendez-vous (ou du moins au plus près) des objectifs de recyclage (100 % à l’horizon 2025 selon les vœux d’Emmanuel Macron), Valorplast compte sur le renfort récent au sein du Cotrep (Comité Technique pour le Recyclage des Emballages Plastiques), du SRP (syndicat des régénérateurs de plastiques) et du CT-IPC (Centre technique industriel de la plasturgie et des composites) pour garantir un suivi sur la recyclabilité des emballages plastiques. Plusieurs travaux sont cours. Par exemple, concernant les bouteilles et les flacons, le Cotrep étudie l’impact sur le recyclage des manchons, du PEF ou des aérosols PET. Sur le segment des pots et des barquettes, des études sont menées sur le recyclage des emballages noirs, des emballages en PETg, en PVC ou en PS, ainsi que celui des barquettes PET complexes. Enfin, concernant les films et emballages souples, le Cotrep travaille sur la recyclabilité des films complexes, l’impact des films compostables dans le flux PE, ainsi qu’à l’impact de certains polymères (EVOH, PA, PP notamment) sur le recyclage des films PE.

Cette coopération entre le Cotrep et le laboratoire du CT-IPC a donné lieu à un nouveau programme de recherche. Objectif : recréer une ligne pilote représentative des process de régénération en ciblant dans un premier temps, la recyclabilité des plastiques souples. Valorplast avec ses partenaires industriels, aura la tâche de développer des protocoles de tests et valider les recommandations étables par les régénérateurs. A ce jour, l’équipement est en partie installé et la validation des protocoles est en cours avec le SRP. Les premiers tests sont prévus à la fin de cette année. La ligne pilote sera amenée dès 2021 à évoluer pour travailler sur d’autres résines et d’autres produits.

PS recyclé pour du contact alimentaire

 

Outre les appels à projets lancés par Citeo, Valorplast participe à quatre projets phares pour développer le recyclage du PET opaque (OPETVal) avec Dentis Recycling et SGT, le recyclage du PS (Recyqualipso) avec Syndifrais, le recyclage des barquettes en PET (PB PET) avec Wellmann France et la recyclabilité des manchons sur les bouteilles PET avec Sleever. Le marché des emballages en polystyrène (PS) représente un enjeu important pour cette filière. En l’absence de débouchés pérennes de recyclage, l’emploi de cette résine pourrait être compromis. D’où la mobilisation importante de Syndifrais, le syndicat des fabricants de produits laitiers frais (yaourts, fromages blancs, etc.) et consommateurs d’emballages en PS. Le projet Recyqualipso visait en particulier l’identification de nouveaux débouchés et l’amélioration de la qualité des paillettes en PS recyclé.

Consortium PS 25 réunit plusieurs entreprises utilisatrices d’emballages en PS, Syndifrais, Valorplast et Citeo

Ce travail a d’ores et déjà permis d’établir des recommandations sur l’éco-conception et de réaliser des essais sur le tri et la régénération de cette résine PS. A partir de 2021, le projet va basculer dans une autre dimension avec la création d’un consortium baptisé PS 25. A la manœuvre, toujours Syndifrais, associé à des entreprises utilisatrices d’emballages en PS (Agromousquetaires, groupe Bigard, Coop ERL Arc Atlantique, Lactalis, LDC ou encore Triballat Noyal et Yoplait), Valorplast et Citeo. « L’idée est de construire d’ici à 2025, une filière pérenne de recyclage du PS vers du contact alimentaire, explique Alban Cotard responsable Commercial, Qualité & Développement chez Valorplast. Des travaux seront notamment menés sur la préparation de la matière en vue d’un recyclage en boucle ». Première échéance, évaluer d’ici à fin 2020 ou début 2021, la faisabilité économique d’une filière de recyclage, avec à la clef, deux modes de traitement envisagés : par voie mécanique et chimique. « Le recyclage chimique ouvre de nouvelles portes pour les déchets PS, PE et PET, mais nous resterons vigilants sur l’équilibre bénéfices/impacts. L’analyse de cycle de vie sera en ce sens, plus que jamais nécessaire » souligne Catherine Klein.

Eco-contribution négative ?

 

Autre enjeu pour la filière de gestion des déchets plastiques ménagers, le recyclage des films PP et complexes, qui aujourd’hui finissent toujours en refus de tri. Pour trouver des solutions de recyclage pour ces films souples (hors PE), les centres de tri, les régénérateurs, Citeo et Valorplast planchent ensemble pour qualifier la matière, réaliser des études technico-économiques et mettre au point une feuille de route. Celle-ci est en cours de validation. Le polyéthylène recyclé quant à lui, s’inscrit dans les obligations fixées par les pouvoirs publics d’intégrer plus de matière régénérée issue de la collecte sélective. Si en 2020, un bonus pouvait être accordé pour des produits à base de matière recyclée, en 2021, il s’agira de faire mieux en intégrant si possible 50% de plastique recyclé dans les emballages, dont 20 % issus de la collecte sélective. Cela ne concernera pas les emballages à contact alimentaire, mais plutôt les films de regroupement et certains emballages rigides. Il serait même question selon la DGPR, d’une éco-contribution négative pour les fabricants qui jouent le jeu. Pour Catherine Klein, ce sujet est en effet en discussion, tout en prévenant que les contributions des metteurs en marché restent indispensables pour financer la collecte et le recyclage des emballages plastiques ménagers.

Plastiques de déchèterie

 

Une déchèterie à Paris

Depuis sa création en 1993, Valorplast a pour mission principale de procéder à la bonne gestion des déchets d’emballages plastiques ménagers. Avec deux consignes : augmenter la collecte et le recyclage en développant des débouchés pérennes et à plus forte valeur ajoutée. La pression sur le recyclage des déchets plastiques est telle que l’expertise de Valorplast est aujourd’hui sollicitée pour gérer d’autres flux plastiques. Au cours des prochains mois, à la demande des collectivités, Valorplast va travailler sur le sort des produits en plastique mono-matériau, apportés en déchèterie. Sceaux, mobiliers, jouets, ustensiles ménagers, pots ou jardinières ont bien souvent la même composition que les emballages : PET, PP ou PS. Ces produits a priori très hétérogènes ont néanmoins l’avantage d’être composés d’une seule résine et pourraient ainsi bénéficier des process de recyclage des emballages ménagers. Pourtant, à ce jour, les collectivités sont bien en peine de trouver des exutoires satisfaisants pour ces déchets, enfouis ou incinérés, alors qu’ils entreront bientôt dans de futures nouvelles filières REP (bâtiment, jouet, bricolage, sport et loisirs etc.). Les équipes régionales de Valorplast comptent donc dès 2021 apporter du conseil aux collectivités locales, afin d’organiser une gestion proche de celle des plastiques issus de la collecte sélective. Il s’agit d’un travail de longue haleine qui impliquera de la massification, du tri et un engagement de la part des industriels du recyclage, ancrés dans les territoires.

 

Biodégrader plutôt que recycler

L’objectif de Carbiolice : rendre 47 % des déchets domestiques, compostables.

Après quatre ans de R&D et grâce à la licence exclusive concédée par Carbios, Carbiolice a mis au point un additif, Evanesto, qui permet au plastique végétal (PLA ou acide polylactique), jusque-là compostable sur site industriel, de devenir entièrement compostable en conditions domestiques. Grâce à l’introduction de cet additif à base d’enzyme, au moment de la fabrication des plastiques à base de PLA, les films d’emballage, les opercules et bientôt les pots de yaourts, barquettes, gobelets, vont pouvoir se biodégrader dans n’importe quel composteur. L’ajout de cet additif permet ainsi aux films contenant 33 % de PLA d’être certifiés « OK compost HOME » par le groupe TÜV Austria, référence internationale sur la certification. Jusque-là, seuls les produits contenant moins de 10 % de PLA pouvaient répondre aux exigences du programme de certification OK compost HOME. Une solution sans doute pertinente en l’absence de dispositif de tri et de recyclage, mais qui pourrait contrarier les efforts entrepris pour développer le recyclage de certaines résines, comme le PS. Cet additif risque de favoriser en outre un retour en force du PLA, et de déplaire aux recycleurs. Fortement critiqué lors de son apparition par les professionnels du recyclage en Europe, le PLA mélangé aux flux d’autres emballages recyclables, peut en effet entraîner au cœur des lignes de traitement, des dégradations de qualité sur les résines régénérées.

Crédit : CM,

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