Réparation : un guide sur les compétences et la formation

Le Club de la Durabilité donne des pistes

Encourager la réparation et le reconditionnement pour prolonger l’usage de nos appareils, signifie développer des compétences. Mais dans les filières EEE, mobilier ou textile, les savoir-faire ne courent pas les rues. Les formations ne sont plus adaptées et ces nouveaux « anciens » métiers manquent d’attractivité. Pour y remédier, le Club de la Durabilité a réuni dans un guide, tout ce qu’il faut savoir les formations, en plus d’une dizaine de recommandations.

Alors que se tient la seconde édition des Journées de la réparation du 18 au 20 octobre 2024 en France, cette activité a encore du mal à recruter. Et cela commence à poser de sérieux problèmes économiques. Les pouvoirs publics ont pris le virage, en sensibilisant les consommateurs sur la durée d’usage des produits, en les incitant à réparer, en encourageant des entreprises à développer de nouvelles activités de reconditionnement. Sur le terrain, les offres d’emploi se multiplient, sans réponse satisfaisante. Les besoins en formation sont urgents dans la réparation, avec 3 000 emplois à pourvoir d’ici 2027 dans le secteur des équipements électriques et électroniques. Au sein des entreprises concernées, les SAV des distributeurs Fnac Darty ou Boulanger prévoient de recruter respectivement 500 nouveaux techniciens entre 2022 et 2025 et 300 techniciens sur les trois à cinq prochaines années. Murfy annonce 150 techniciens formés et embauchés chaque année jusqu’en 2027. De son côté, le SGPE estime à au moins 430 000, le nombre d’emplois dans l’économie circulaire, dont 330 000 liés à la prolongation de la durée de vie des produits. Le cabinet Mazars estime par ailleurs que près de 300 000 cadres doivent être formés dans des secteurs stratégiques pour soutenir cette transition, notamment en écoconception, approvisionnement durable et marketing responsable, selon le SGPE. Dans cette confusion générale, le Club de la Durabilité a choisi de compiler les formations existantes et faciliter la tâche des professionnels de la réparation, en quête de compétences et de salariés.

Premier constat à déplorer, la disparition de formations initiales accessibles aux premiers niveaux d’études, tels que le CAP électronique ou le BAC techno STI Électronique, oblige désormais les étudiants à suivre un bac pro ou général avant d’accéder à des formations spécialisées. A cela s’ajoute le manque de communication sur les formations disponibles et de coordination pour permettre aux formateurs de se rendre disponibles.

Formations en interne contre la pénurie

Dans son nouveau guide pratique consacré aux enjeux de la formation pour les métiers circulaires, le Club de la Durabilité propose plusieurs solutions et des recommandations à l’attention des centres d’apprentissage, les entreprises de la réparation et les décideurs publics. Le guide liste les parcours existants, préconise de diversifier les publics cibles et de mutualiser les ressources (formateurs, notices techniques et lieux). Pour les entreprises du reconditionnement et du réemploi, le guide conseille de privilégier les formations en alternance et de créer des partenariats avec des CFA. Cela aiderait à personnaliser les formations selon les besoins spécifiques. C’est notamment ce qu’a fait Darty en associant le Réseau Ducretet et l’AFPA, pour créer 41 Tech Académies. De même la Cie du SAV et le lycée Galilée proposent une formation post bac diplômante dispensée en un an. Autre piste, celle de développer des centres de formation en interne lorsque l’offre de formation en externe est insuffisante ou inadaptée.

Critiquée un temps pour la qualité médiocre des enseignements sur une durée trop courte, cette pratique vient malgré tout répondre à l’urgence de la situation. Chaque solution différente est complémentaire de l’autre et permet d’avancer dans le bon sens, dès lors qu’elle contribue à rendre l’activité plus visible et attractive sur le marché de l’emploi. Le Club de la Durabilité met également en lumière les formations en situation de travail (FEST). Il s’agit ni plus ni moins de se former directement sur le terrain et sur son lieu de travail. Cette démarche suit un cadre structuré et légal, combinant situations de travail apprenantes et phases d’analyse des pratiques. Cette approche favorise une appropriation rapide des compétences techniques, une adaptation aux exigences du poste, et une réduction du temps de formation théorique. Selon Murfy, la FEST permet d’augmenter l’efficacité et la rentabilité des formations, avec entre 25 et 50% des heures de formation réalisées en situation de travail. Enfin, pour répondre au manque de visibilité des formations, le guide recommande la création de plateformes publiques ergonomiques et centralisées qui répertorient de manière claire et accessible l’ensemble des formations disponibles. Ces outils doivent faciliter l’accès aux informations tant pour les entreprises que pour les candidats.

Paramètre financier

 

Toutes ces formations sont des investissements d’avenir, mais nécessitent elles-mêmes au préalable quelques investissements. Cela implique de financer non seulement du matériel d’apprentissage mais également des ressources humaines. Les équipements et infrastructures spécifiques (machines, bancs de test…) sont souvent coûteux pour offrir une formation de qualité. Emmaüs Connect témoigne par exemple dans le guide, des difficultés accrues pour les acteurs de l’ESS à financer ces équipements ou des formations externes. Lourde à gérer et chronophage en raison des audits et des changements réguliers de référentiels, la certification Qualiopi semble néanmoins un paramètre incontournable pour les centres de formation afin d’accéder à des subventions (Opco), concède le guide. Pour les acteurs de la réparation, il serait assez pertinent de mettre en place des réseaux de partage d’expertise d’information et de bonnes pratiques. A ce système de débrouille, le Club de la Durabilité demande aux pouvoirs publics d’imposer aux constructeurs de fournir la documentation technique gratuitement aux centres de formation, et d’inciter les industriels à vendre à prix réduit, produits et pièces détachées aux écoles certifiées Qualiopi.

Car il faut se rendre à l’évidence, d’un côté on encourage le réemploi et l’émergence des métiers circulaires, mais de l’autre, on ne soutient pas assez longtemps ces activités pour leur mettre le pied à l’étrier. Le coût de la formation est le nerf de la guerre et pourtant, la réduction des soutiens publics est manifeste selon le Club de la Durabilité. Cela concerne les aides de l’État pour l’embauche de stagiaires en alternance, versées aux entreprises ; les aides aux CFA pour financer les formations, versées par les opérateurs de compétences (Opco) ; les aides complémentaires versées par France Travail ou les Régions. Dans ce contexte, le guide suggère aux centres de formation de multiplier les sources de financement et recommande aux décideurs publics d’adapter les aides selon le type de formation et le profil des alternants. Autre piste d’amélioration : uniformiser les montants des aides (exemple pour France Travail) et simplifier les démarches administratives, à travers des guichets uniques.

Attractivité

 

Parmi les autres recommandations faites aux pouvoirs publics, il est urgent de réviser la liste des métiers sous tension pour y inclure les métiers de l’économie circulaire. Et de créer des procédures accélérées pour faciliter la certification des formations à ces métiers d’avenir. Le guide propose également de développer des titres professionnels pour les métiers stratégiques de la transition écologique. Enfin les organismes de formation mériteraient d’être accompagnés dans la création de nouvelles certifications plus visibles et complémentaires entre elles.

Promouvoir ces métiers circulaires sur le réemploi est une priorité. Cela signifie surmonter la mauvaise image que l’on a en France des métiers techniques et manuels, comme la réparation ; les filières techniques étant souvent perçues comme des choix par défaut. La perception négative de ces métiers contribue aussi au très faible taux de féminisation dans la réparation. Des éco-organismes comme ecosystem souhaitent inverser la tendance en mettant en lumière les capacités légitimes des femmes dans ces métiers. Le guide invite notamment les entreprises à donner à leurs techniciens des perspectives d’évolution dès le départ, tant sur la rémunération que sur la promotion par l’encadrement et le reconnaissance d’expertise. Sensibiliser le grand public en communiquant sur les réseaux sociaux et les plateformes en ligne comme Youtube, fait aussi partie du jeu. La promotion de l’apprentissage dès le plus jeune âge est indispensable pour ancrer dans les habitudes, les enjeux de durabilité et de gaspillage. Le Club de Durabilité souhaite que les décideurs publics participent à cette sensibilisation citoyenne, via des campagnes de communication ciblées, dans les médias mais aussi au sein du système éducatif. Le droit à la réparation doit être en outre renforcé par plusieurs soutiens (bonus, réglementation, fiscalité circulaire).

Visio or not Vision

Le guide préconise une étude sur l’impact de la visioconférence sur l’emploi des réparateurs. L’objectif est de comprendre ses avantages et ses risques éthiques. La réparation en visioconférence est un modèle économique en pleine expansion. Moins coûteuse pour les consommateurs, elle offre aux réparateurs un gain de temps et une plus grande flexibilité. En évitant les déplacements, elle permet également de couvrir les zones moins desservies. Pour autant, ce modèle ne résout pas le besoin de réparations en atelier ou à domicile et doit être considéré comme une solution complémentaire face à la pénurie de réparateurs.

Recherche et innovation

 

Quand on pense formation, on peut imaginer la place que peut intégrer le monde de la R&D et de l’innovation. Car ce n’est pas parce qu’on s’adresse à des métiers manuels et peu qualifiés qu’il faut négliger le rôle des institution académiques. Celles-ci peuvent ainsi créer des formations reconnues, couvrant différents niveaux d’étude (technicien, ingénieur, manager) et adaptées aux enjeux du terrain grâce à des partenariats stratégiques. Des collaborations bilatérales ou en consortium, pourraient alors réunir chercheurs, entreprises, acteurs publics et associations professionnelles autour de projets de recherche communs. Des bonnes pratiques sur l’échange de connaissances et la création de synergies sont souhaitables au sein des entreprises, au niveau de la réparation, de la gestion en fin de vie et de l’éco-conception des produits. Des partenariats multiples entre écoles, chercheurs, experts de la société civile et entreprises sont déjà à l’oeuvre telle que la chaire « Mines urbaines ». Il faut encourager ce type de rapprochement, selon le guide, pour mettre sur pied des programmes de formation adaptés aux besoins du marché, via des plateformes de mise en relation. La transition des formations de l’enseignement supérieur est à ce titre indispensable, et doit se traduire notamment par la création d’écoles spécialisées sur la durabilité et l’économie circulaire. Cela existe déjà dans plusieurs écoles d’ingénieurs par exemple, mais pas assez connues.

Le Club de la Durabilité plaide pour une transition écologique et circulaire réussie grâce à la formation. Celle-ci peut prendre plusieurs formes, mais converger vers le même objectif : adopter des méthodes pédagogiques innovantes et stimulantes pour tout le monde. Dans cette perspective, les politiques publiques ont un rôle indiscutable à jouer. Cet engagement collectif est aussi valable pour le secteur privé et les organismes de formation. « En unissant nos efforts, nous pouvons transformer ces défis en opportunités et faire de la durabilité une réalité concrète pour tous » conclut le guide.

Bon à savoir :

  • Club de la Durabilité : réseau d’acteurs économiques, créé en 2018 par l’association Halte à l’Obsolescence Programmée (HOP). Il réunit aujourd’hui plus de 40 organisations, de différents secteurs et de toute taille, couvrant tous les stades du cycle de vie des produits.
  • Les Journées Nationales de la Réparation, 2e édition (du 18 au 20 octobre 2024). Cet événement est coorganisé par l’association HOP – Halte à l’obsolescence programmée et la Make.org Foundation. Il s’inscrit dans une dynamique mondiale avec l’International Repair Day célébré le 19 octobre. Après le succès de la première édition, qui a réuni plus de 1300 événements à travers la France et 35 000 participants, les JNR s’annoncent comme un rendez-vous incontournable pour promouvoir la réparation et la durabilité des objets du quotidien.

Crédit : Pixabay, SOS Accessoires

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