Après son premier rapport en 2021 sur les nouveaux challenges, le Club de la durabilité, lancé par l’association HOP a choisi dans son édition 2022, de braquer ses projecteurs sur l’allongement de la durée de vie des produits et la sobriété. Depuis un an, de nombreuses entreprises du textile, de l’informatique, du bâtiment ou de l’électro-ménager tentent de prendre ce chemin. Le seul moyen de réduire l’impact carbone et l’utilisation des ressources. Mais le parcours reste semé d’embûches. Quelques pistes pour les surmonter.
A partir des études prospectives d’un monde plus sobre, le rapport 2022 du Club de la Durabilité propose plusieurs leviers de transformation des business models des entreprises pour créer de la valeur durablement. Éco-concevoir, réduire ses émissions de GES, faire durer, mieux réparer, reconditionner etc., ces concepts encore très abstraits il y a cinq ans, commencent à devenir familiers pour bon nombre d’acteurs économiques. Sous l’impulsion de la loi AGEC mais aussi pour faire face à la concurrence, les entreprises, tous secteurs confondus, cherchent concrètement des solutions pour réduire leur empreinte carbone et se démarquer par des produits ou des services plus vertueux. C’est le cas dans le secteur des batteries, des appareils informatiques et électro-ménagers, des outils de bricolage, des assurances, de la mobilité etc.
Plus de sobriété s’impose

A côté de ces démarches circulaires basées sur la réparation, le réemploi et l’éco-conception, le Club de la Durabilité met en lumière des freins persistants liés aux changements structurels et culturels que cela implique. La France a montré la voie grâce à son indice de réparabilité. Plusieurs pays européens lui ont emboîté le pas, mais selon le club de la durabilité, cette évolution devrait être encore très lente. Les innovations développées depuis quelques années autour de l’éco-conception, de la réparation, ou du réemploi sont censées contribuer à l’allongement de la durée de vie des produits mais aussi à la réduction de la production et de la consommation. Il n’en reste pas moins que des tensions apparaissent car cette transition nécessite des ajustements et un repositionnement dans la chaîne de valeur pour beaucoup d’acteurs économiques et industriels. En dépit des propos idéologiques et émotionnels que ce mot suscite dans les médias et sur les réseaux sociaux, la sobriété s’impose pourtant aujourd’hui dans le débat public pour aborder la transition écologique. Selon l’association HOP, de plus en plus d’acteurs, chercheurs comme institutionnels, considèrent que la sobriété – entendue comme une modération de la production et de la consommation de biens et services pour diminuer la consommation de ressources énergétiques et matérielles – est l’un des axes inévitables de la transition écologique. Ils étudient différents scénarios prospectifs et leurs impacts économiques, sociaux et environnementaux.
Transition vers de l’usage

Capables de satisfaire les besoins des consommateurs tout en réduisant la consommation de ressources, l’économie de la fonctionnalité serait aux yeux du Club de la Durabilité, l’une des voies les plus prometteuses pour parvenir à cette sobriété. Elle consiste à fournir aux entreprises, individus ou territoires, des solutions intégrées de services et de biens reposant sur la vente d’une performance d’usage ou d’un usage et non sur la simple vente de biens. L’économie de la fonctionnalité s’appuie sur deux dynamiques complémentaires. La logique cycle de vie correspond à l’optimisation de la gestion des biens et des matières sur l’ensemble du cycle de vie des produits, facilitée par la conservation de la propriété des biens par les industriels. Cela pousse l’entreprise à organiser une gestion en boucles afin de générer un maximum de valeur sur l’ensemble de la vie du produit (réutilisation des composants, recyclage des matériaux). Exemple avec Michelin Fleet solutions. Le manufacturier mondial vend désormais des kilomètres et non des pneumatiques. Dans ce cas, l’industrielreste le propriétaire des pneumatiques et doit en assurer l’entretien, le rechapage et le recyclage. Il est donc dans l’intérêt du producteur de concevoir des produits fiables et réparables : plus la durée de vie du produit est longue, et plus l’entretien tout au long de la vie du produit est optimisé, plus le produit peut générer de la valeur dans le temps. Dans cette même logique, l’entreprise Xerox a mis en place un système de facturation à l’unité de photocopie au lieu de la vente d’imprimantes, soutenu par une démarche d’éco-conception et d’optimisation de l’usage.
L’autre logique servicielle induit un développement du service et de la relation client axée sur les effets utiles et la performance d’usage de la solution. En axant la création de valeur sur cette dynamique, l’économie de la fonctionnalité et de la coopération (EFC) entraîne plusieurs déplacements par rapport aux pratiques habituelles des entreprises, souligne le rapport. « La qualité du produit ne se fonde plus sur les moyens mobilisés, à partir d’un ensemble de normes standardisées, mais se trouve dans la réalisation du service. Autrement dit, la valeur du produit/service se fonde sur la valeur d’usage appréciée par le bénéficiaire, avec une forte dimension subjective, plutôt que sur le coût de production qui peut donc être réduit tant que le bénéficiaire voit son besoin satisfait. L’entreprise entre dans une dynamique de co-production et de coopération avec les bénéficiaires, en adaptant l’offre à la demande. Cette façon de concevoir les solutions valorise de nouvelles ressources immatérielles : la confiance entre acteurs ou encore les compétences d’agilité et d’adaptabilité aux besoins des usagers du produit ou du service.
Création de valeurs
La contractualisation des résultats crée une convergence d’intérêt à limiter les moyens mobilisés tout en augmentant la valeur produite, selon le rapport. On parle alors d’effet ciseau positif, lorsque la décroissance des facteurs matériels est associée à la croissance des facteurs immatériels. Autrement dit, l’économie de la fonctionnalité aide à réduire le volume produit en diminuant l’utilisation de matières premières, une priorité pour lutter contre le dérèglement climatique et le déclin des ressources et de la biodiversité. Sur le terrain, quelques entreprises suivent cette logique. L’entreprise Lyreco, distributeur de matériel de bureau, a développé une offre de conseil et d’accompagnement destinée aux entreprises pour les aider à réduire l’usage de consommables. La startup Rzilient aide les entreprises à allonger la durée de vie de leurs flottes professionnelles et à réaliser des gains d’argent, de temps, et de performance. Sa plateforme de gestion de parc propose une intégration de procédures d’assignation du matériel, un approvisionnement en reconditionné et des outils spécialisés pour un pilotage de flotte simple. A l’heure où de plus en plus d’acteurs intègrent l’économie d’usage, il est essentiel de développer des formations, notamment auprès des acteurs publics pour bien mesurer les enjeux relatifs à ces démarches. Parmi les acteurs engagés, Commown, coopérative française, spécialisée dans la location longue durée de matériel informatique éco-responsable, travaille sur des dispositifs incitatifs à l’économie de la fonctionnalité, tel que le Fonds de compensation pour la taxe sur la valeur ajoutée (FCTVA).
L’économie servicielle suscite également de plus en plus d’intérêt, car synonyme de création de valeur. C’est ainsi, que le groupe Leroy Merlin a pour ambition de devenir le « Google du bricolage », avec la volonté de couvrir tous les besoins de ses clients, de la conception des projets à la réparation. Cette tendance illustre aussi une volonté de diversifier les activités des entreprises. Toutefois, le Club de la Durabilité souligne que ce modèle économique ne s’accompagne pas encore systématiquement d’une baisse des ventes de produits neufs. Même si cela montre le chemin, on est encore loin d’un début de sobriété.
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En savoir plus :
Le Club de la Durabilité présentera son rapport 2022, le 18 novembre 2022 à Paris lors du Forum de la Durabilité
Le sommaire des articles du n°110
« L’Echo circulaire a cessé sa parution mais l’actualité de l’économie circulaire continue d’être suivie par "Déchets Infos". »