Inscrites dans la loi AGEC, les futures filières REP EIC et de la restauration vont finalement fusionner. Prévue pour une entrée en vigueur le 1er janvier 2025, cette filière peut déjà compter sur un candidat éco-organisme, Twiice, en place depuis 2019. Sa vocation : préparer et rassurer les metteurs en marché et utilisateurs professionnels sur la nouvelle gestion de leurs emballages. Des efforts seront concentrés sur le réemploi et le recyclage des emballages en plastique.
De manière intuitive, on aurait pu imaginer que le monde industriel gérait parfaitement ses emballages, pour des raisons économiques, tant pour les réemployer que pour les recycler. La réalité est plus nuancée. En 2024, selon l’Ademe, 7,5 millions de tonnes d’emballages professionnels ont été mises en marché, contre 5 millions de tonnes pour les emballages ménagers. Mais à ce jour, les pouvoirs publics estiment que le taux de réemploi des premiers en France tourne autour de 7 %. Les enjeux sont élevés, avec des objectifs de réemploi de 10 % en 2027 et un objectif européen de recycler 55% des plastiques d’ici 2030. Dans cette configuration, tous les emballages professionnels ne sont pas logés à la même enseigne. Par nature réutilisables et réutilisés pour un transport de marchandises, les palettes en bois et plastique, les conteneurs IBC (réservoirs plastiques grillagés) sont récupérés par des opérateurs ou gestionnaires de parc, pour être remis en état et lavés. Pour d’autres emballages destinés à la vente, comme des bidons, des fûts ou des jerricanes, le choix de recycler ou de réemployer dépend beaucoup de ce que l’emballage a contenu.
Modèle belge inspirant

Dans ce domaine, Marc-Antoine Franc, directeur général de Twiice reconnaît que le secteur manque cruellement d’informations détaillées et de traçabilité : « peu de données en général sur la gestion des emballages professionnels par catégorie, ce qui paraît assez étonnant au regard d’un marché BtoB, censé être plus scrupuleux sur la traçabilité et les coûts engendrés ». Cette année, l’Ademe oblige à une déclaration annuelle des emballages professionnels réemployés pour obtenir des données plus précises sur ce marché. Avec derrière tout cela, des efforts à mener sur les emballages plastiques comme les bidons, dont les flux sont importants mais très disséminés sur le territoire. Selon leur usage, l’enjeu va porter sur le tri et le lavage de ces emballages en vue de leur réemploi. Mais c’est surtout sur le recyclage, que les prochains efforts seront menés. « Les emballages plastiques pour les professionnels représentent 15 % du gisement total, mais c’est en gagnant quelques points sur leur recyclage, que l’on peut se rapprocher des objectifs réglementaires. Cela représente 300 000 tonnes d’emballages plastiques que l’on peut sortir ainsi de la valorisation énergétique ».
Contrairement à ce qu’on imagine, la gestion des emballages industriels n’est pas un sujet pour les entreprises, regrette Marc-Antoine Franc. « La diversité des contenants et leur implication dans les échanges commerciaux à travers le marché européen, font que l’on perd ces gisements en l’absence de traçabilité éprouvée. Il est curieusement difficile de connaître le nombre de rotations exactes réalisées par tel ou tel emballage réemployable ». Et pourtant, juste à nos frontières, la Belgique a résolu le problème depuis maintenant plus de vingt ans avec son dispositif Val-i-pac. L’idée est simple : inciter le monde de l’entreprise à bien trier les déchets d’emballages en échange d’une prime. Celle-ci varie en fonction du matériau ; elle est plus élevée sur la fraction plastique, pour encourager le recyclage. Valipac, organisme en charge de la filière REP emballages industriels, doit apporter aux autorités la preuve que ces emballages mis sur le marché belge par ses clients sont recyclés quand ils deviennent des déchets. Ces primes ne sont pas issues de subventions de l’État. Elles proviennent des contributions de financement versées par les clients de Valipac. Côté français, cela fait déjà longtemps que l’on regarde avec envie le système belge. « C’est un modèle qui doit nous inspirer, affirme le directeur de Twiice, dans le cadre du soutien à la tonne des emballages recyclés et réemployés, surtout pour capter les emballages en plastique ». Mais à ce jour, rien n’est encore tranché, dans l’attente des décrets et cahiers des charges.
Détourner les emballages de l’incinération
Twiice rassemble d’ores et déjà une trentaine d’entreprises adhérentes (utilisateurs, détenteurs, opérateurs, recycleurs, producteurs d’emballages etc.) encouragées depuis cinq ans au changement de pratiques dans leur activité de fabrication et de logistique. Pour les metteurs en marché, comment basculer de l’emballage à usage unique à l’emballage réemployable ? Comment modifier la chaîne de production et identifier les impacts ? Pour les détenteurs, quels sont les dispositifs de collecte, de stockage et les consignes de tri à mettre en œuvre ? Quels seront les futurs interlocuteurs à contacter pour favoriser la circularité de ces emballages (réparation, lavage, circuits courts etc.) ? Autant de questions que le candidat au futur agrément (dépôt prévu pour l’été 2025) souhaite anticiper à travers du conseil mais aussi en impulsant de nouvelles techniques de recyclage. L’objectif est de détourner au maximum des emballages industriels de l’incinération. Actuellement, ce sont surtout des emballages ayant contenu des produits dangereux que l’on écarte de la valorisation matière. Cette évolution vers plus de recyclage et de réemploi a un coût que l’État doit désormais définir. A l’instar de tous les éco-organismes agréés, Twiice consacrera une partie des éco-contributions aux efforts de recherche et d’innovation. Les thématiques d’appels à projet sont multiples : éco-conception en vue d’un réemploi et/ou recyclage ; massification des gisements sur des zones d’activité ; réorganiser les marchés ; intégrer de nouveaux acteurs. Depuis 2019, Twiice a lancé plus de 30 projets pilotes avec une cinquantaine d’entreprises françaises, pour développer des solutions innovantes pour les bidons, seaux, films et autres contenants professionnels. En tant que structure 100 % dédiée à cette filière, Twiice travaille en boucle fermée afin de transformer des emballages usagés en nouvelles matières premières pour de futurs emballages.
En position depuis cinq ans, Twiice a pris ses marques et trace sa feuille de route jusqu’au démarrage officiel de la filière REP le 1er janvier 2025. D’autres candidats éco-organismes des filières emballages ménagers et PMBC sont en lice.
« Il n’existe pas de modèle économique satisfaisant à l’heure actuelle. Notre rôle n’est pas de soutirer de l’argent inutilement aux metteurs aux marchés ou aux industriels dont la gestion des emballages en fin de vie est rodée. Nous ne voulons pas perturber des équilibres existant par exemple sur le marché des palettes en bois, explique le directeur de Twiice. Nous sommes là au contraire pour informer sur la réglementation, les aspects techniques et conseiller pour renforcer l’éco-conception, la compétitivité, collecter les flux dispersés, développer des outils de traçabilité ». Autre défi en parallèle, construire un accompagnement au service des emballages professionnels de la restauration, désormais inclus dans la REP EIC. Le caractère diffus de ces gisements et la multiplicité des acteurs concernés représentent des freins importants à la réduction des coûts.
Aider à acheter responsable
Malgré certaines inquiétudes exprimées, les recycleurs seront les premiers à bénéficier du dispositif, puisque tous les moyens seront mis en œuvre pour capter les flux et les rediriger vers de la valorisation matière s’ils ne peuvent pas être réemployés. « Certes les entreprises vont devoir changer leurs habitudes, mais c’est dans l’ère du temps, avance Marc-Antoine Franc. La circularité des emballages via le réemploi est poussée par les obligations réglementaires (normes du CSRD, reporting RSE) ». Pour préparer l’entrée des metteurs en marché dans cette filière REP, Twiice a créé un comité réemploi qui planche sur les freins et les leviers avec les acteurs concernés (Eco-logistic, Eternity, Pandobac, etc.). Un groupe de travail se penche également sur l’éco-conception pour améliorer la recyclabilité et le réemploi. Enfin, des travaux sont menés sur des mécanismes incitatifs pour aider les entreprises à acheter responsable. D’ores et déjà, la plateforme de Twiice propose via la rubrique « My Recycled Content » de référencer tous les fabricants d’emballages plastiques qui incorporent des résines recyclées.
Au cours des prochains mois Twiice va continuer de sensibiliser autour du réemploi qui s’avère en réalité bien plus complexe que le recyclage. Le réemploi fait davantage appel à une approche servicielle qui implique du SAV, de la logistique et de la réparation. Cette transformation se construit petit à petit, mais au final, le bénéfice touchera tout le mondes car elle réduit l’utilisation de matières premières, les coûts d’achats, et crée des emplois non délocalisables.
Chiffres clés :
Plus de 17 millions de tonnes d’emballages professionnels transitent chaque année en France. Les emballages plastiques représentent 1,1 million de tonnes, avec un taux de recyclage actuel de 22 %, encore loin des objectifs de 55 % fixés pour 2030. Plus de 10 millions de tonnes d’emballages sont déjà réemployées ou recyclées chaque année, majoritairement en bois et carton.
Crédit : Twiice (Studio alterego), David Arous (Eternity)
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