Les grandes manœuvres pour supprimer les plastiques à usage unique d’ici 2040 ont démarré au plus au niveau de l’Etat. Dans ce calendrier, le volet recyclage se retrouve de fait marginalisé, voire absent des discussions. Les recycleurs de plastiques sont même pointés du doigt sans discernement. Pour Catherine Klein, directrice générale de Valorplast, la filière de recyclage des emballages plastiques ménagers, cette attitude balaie plus de vingt ans d’actions en faveur d’un recyclage de proximité, d’une sécurité d’approvisionnement et d’une traçabilité des flux.
Depuis plusieurs mois, amalgames et confusions en tous genres inondent les médias grand public et les réseaux sociaux, sur la pollution et les effets néfastes des matières plastiques. Sans ignorer la complexité du sujet, la surconsommation des emballages plastiques et leur impact sur l’environnement, il est toutefois pertinent de remettre quelques pendules à l’heure. En 2019, en France, la filière de gestion des emballages plastiques ménagers conduite par Valorplast a recyclé 153 000 tonnes de matières plastiques. La filière est sous contrat avec près de 60 % des collectivités territoriales sur la reprise garantie de leurs déchets plastiques. Cela représente ainsi 50 % du gisement collecté en France. Les extensions des consignes de tri correspondent à 60 % des tonnages en 2019 et devraient passer à 70 % cette année.

Ces plastiques sont recyclés à 75 % en France, le reste en Europe limitrophe (Espagne, Italie, Allemagne, Pays-Bas). Au total, 24 industriels partenaires bénéficient de l’approvisionnement de Valorplast, dont une douzaine de régénérateurs en France qui travaillent avec principalement du PET, du PE et du PP. Le recyclage de proximité est un choix stratégique défini depuis vingt ans au sein de la filière Valorplast. « Malgré l’onde de choc liée à la fermeture des frontières asiatiques aux plastiques, nous n’avons pas de problèmes d’écoulement de nos tonnages, parce que depuis longtemps, nous avons sécurisé les filières de recyclage en France et en Europe » souligne Catherine Klein, directrice générale de Valorplast. Avec l’évolution des plastiques mis sur le marché, la filière anticipe constamment l’organisation du traitement dans les 119 centres de tri qu’elle accompagne. Depuis la mise en œuvre de l’extension des consignes de tri, les plastiques collectés en mélange sont triés afin d’en sortir deux flux principaux : les balles de bouteilles et barquettes en PET d’un côté, les balles de PE, PP, PS et PET opaque de l’autre.
Le PET tire la filière des plastiques recyclés
Le marché des plastiques recyclés est tiré par le PET provenant des bouteilles et des barquettes. Ces deux emballages peuvent être recyclés en mélange si le taux de barquettes ne dépasse pas 10 %. La résine recyclée est en forte demande grâce au recyclage bottle-to-bottle, mais aussi à travers la production de nouvelles barquettes. « Cette demande permet de décorréler le prix du recyclé, de celui de la matière vierge », explique Catherine Klein. Le contexte est salutaire pour l’ensemble de la filière qui peut de nouveau porter des projets de R&D dans le recyclage mécanique et chimique des plastiques. C’est le cas du PS, du PET opaque et des plastiques sombres.

Le gisement de PS est composé de pots de yaourts, pots de crème, boîtes d’œufs et de lessive, pots de fleur, barquettes de viande. Les principaux débouchés pour la matière recyclée sont les pots de fleurs, les cintres, les boîtiers de câbles, les supports pour les plaques minéralogiques, les pots pour crayons, les pieds de table réglable. Le flux est amené à grossir et de nouvelles solutions de recyclage s’imposent. C’est pourquoi Valorplast est engagé dans plusieurs projets, dont Recyqualypso, en partenariat avec Syndifrais (organisation professionnelle regroupant les industriels fabricants des produits laitiers frais). Le projet vise à optimiser la qualité du PS recyclé (identification de nouvelles étapes de tri, optimisation de conditions de lavage) pour générer des applications à plus haute valeur ajoutée. La première étape a démarré en juin 2019 et s’étend jusqu’en décembre 2020. En fonction des résultats, une phase d’investissement pourra être enclenchée pour mieux équiper les recycleurs et les utilisateurs de matières recyclées. Les premiers résultats seront dévoilés courant 2020. Ce projet bénéficie d’un financement de R&D de l’éco-organisme Citeo.
A l’échelle européenne, la plateforme SCS (Styrenics Circular Solutions) permet de développer des technologies de recyclage chimique et d’identifier les quantités et la qualité du gisement polystyrène disponible dans différents pays. Le PE entre également dans une phase de recherche sur un procédé de recyclage chimique en vue de reproduire des monomères. Après une période de sommeil, la pétrochimie réinvestit le recyclage chimique. Et d’ici à 2025, il y a de fortes chances de voir apparaître des unités industrielles de recyclage sur le sol européen.
Commercialisé au début des années 2000, le PET opaque a suscité quelques tensions dans la filière recyclage, faute de communication. Des travaux de R&D lancés il y a trois ans commencent à porter leurs fruits. Chez Freudenberg, recycleur de PET à Colmar, et partenaire industriel de Valorplast, des essais portent sur du tri optique afin d’instaurer des boucles de dosage à hauteur de 10 % de PET opaque dans le flux de PET foncé. Même chose chez Dentis Recycling et sa filiale française Nord Pal Plast (rachetée en 2019). Enfin, avec le CTI-PC (Centre technique industriel de la plasturgie et des composites), un partenariat est en construction avec plusieurs plasturgistes de la Plastic Valley, pour déployer de la régénération dans le secteur des plastiques souples.
Le SRP entre au Cotrep
Cela n’empêche pas en parallèle de renforcer l’éco-conception auprès des fabricants, des représentants de collectivités locales, des techniciens et exploitants des centres de tri. A ce titre, le Cotrep (Centre de ressources et d’expertise sur la recyclabilité des emballages ménagers en plastique) créé en 2001, a plus que jamais son rôle à jouer. Ses avis techniques sont de plus en plus sollicités par les industriels qui veulent savoir si leur futur emballage est facilement recyclable. Il y a quinze ans, l’éco-conception concernait principalement l’allègement des emballages, en vue de faire des économies sur les matières premières. Aujourd’hui, ce critère reste important mais il est désormais associé à la recyclabilité du produit.
Fabriquer un emballage multi-couches non- recyclable n’a plus de sens aux yeux de l’industriel. Cette prise de conscience va donc jusqu’à la triabilité de l’emballage en centre de tri. « L’objectif pour les marques est de ne plus voir leurs emballages colorés finir en refus de tri. Les industriels sont amenés à travailler en étroite collaboration avec les équipementiers pour mettre au point des encres ou des pigments compatibles avec les machines de détection » explique Catherine Klein. Les régénérateurs ne sont pas oubliés. Le Syndicat des recycleurs de plastiques (SRP) en tant que partie prenante, s’apprête à intégrer le Cotrep. Pour François Aublé, président du syndicat, c’est enfin une bonne chose : « cela va ouvrir nos usines aux expérimentations menées sur la recyclabilité des plastiques mis en marché ». Les vingt entreprises adhérentes du SRP régénèrent chaque année 430 000 tonnes de plastiques, tous secteurs industriels confondus, sur 535 000 tonnes de flux entrant sur leurs 34 sites. L’emballage et la construction sont les principaux consommateurs de matières recyclées. « Nous ne voulons pas casser l’innovation, mais il faut tenir compte de l’éco-conception en vue de la recyclabilité des produits. Sinon, les régénérateurs ne pourront pas faire de miracle sur la qualité des matières recyclées ». Et c’est bien là l’enjeu.
Pour Valorplast, le recyclage de proximité implique que la demande industrielle en matière régénérée soit au rendez-vous. Le syndicat des régénérateurs de son côté encourage l’emploi de matière recyclée avec la publication d’éco-profils de plusieurs résines recyclées et des certificats de CO2 évité. Les industriels commencent à jouer le jeu à toutes les étapes de la production. C’est le cas du Snep, Syndicat national de l’extrusion plastique (profilés et compounds) qui s’engage à incorporer jusqu’à 20 % de plastique recyclé d’ici à 2025. Dans l’emballage ménager, des progrès sont réalisés en particulier dans la bouteille mais aussi dans les flacons de produits ménagers et d’hygiène. Pourtant dans ce secteur, les incertitudes vont croissantes.
Sécuriser les approvisionnements
Comment peut-on s’engager dans des investissements de longue durée pour régénérer des résines si l’approvisionnement n’est plus garanti en France ? C’est pourtant ce qui risque de se passer avec la suppression de plusieurs plastiques à usage unique d’ici à 2040. Le problème, c’est qu’à ce jour, personne ne connaît le périmètre des produits concernés. Le ministère a évoqué pêle-mêle, toutes sortes de produits plastiques allant du film de palettisation aux flacons de shampoing, des pots de yaourt à la bouteille de lessive. Il s’agit d’emballages qui aujourd’hui, remplissent des fonctions spécifiques pour protéger leur contenu. En l’absence d’études préalables d’impact sur l’environnement, difficile de dire par quel matériau les remplacer.
Et c’est également négliger le nouveau plan d’actions européen sur l’économie circulaire d’intégrer plus de matières plastiques recyclées dans l’industrie. « Les fabricants et les régénérateurs doivent savoir rapidement vers quoi ils s’orientent, insiste Catherine Klein, car un emballage recyclé n’est pas un emballage à usage unique ». François Aublé déplore un manque de visibilité au niveau des politiques : « on a dû fermer des usines de recyclage de films plastiques il y a dix ans en France, parce que toute la matière à recycler filait en Chine, mais à l’époque, cela ne gênait personne. Aujourd’hui, faute de capacité de traitement et d’incitation à reconstruire une industrie du recyclage en France, des gisements de plastiques finissent dans des trous ou en incinération parce que l’Asie ne veut plus de nos déchets ».
Pas de collecte de plastiques, pas de recyclage
Mal collecté et mal géré, le plastique est au final discriminé. « Si un emballage en plastique est jeté par terre, ce n’est pas en le supprimant de la vente qu’il n’y aura plus de déchets sur la chaussée », souligne Catherine Klein. Alors qu’elle ne couvre pas encore à 100 % le territoire, l’extension des consignes de tri a d’ores et déjà permis d’augmenter de 10 % dans certaines zones, le captage des bouteilles plastiques, ainsi que d’autres flux de matières, y compris le verre. Si seule une bouteille sur deux est collectée à ce jour, les raisons sont multiples : l’insuffisance d’éducation et de sensibilisation des consommateurs, la difficile gestion des déchets en milieu urbain dense et l’absence de gestion durable des emballages hors foyer. Peu mentionné dans la loi sur l’économie circulaire, ce flux généré dans les espaces publics est collecté en vrac et incinéré. Dedans, on y trouve pourtant des matériaux plastiques recyclables. « Depuis longtemps nous travaillons en partenariat avec les collectivités, mais nous constatons que l’information sur l’éco-conception et les filières de recyclage existantes a encore du mal à passer entre l’élu et le citoyen », déplore Catherine Klein. Aujourd’hui, ce qui devrait être essentiel pour lutter contre la pollution des plastiques et renforcer le recyclage, à savoir, la collecte et le geste de tri du consommateur, ne se trouve plus au coeur de la loi sur l’économie circulaire, ni dans le plan européen sur l’économie circulaire, rendu public ce 11 mars. Les déchets plastiques sont davantage abordés sous l’angle de la réduction et du réemploi, sans insister sur le devoir du consommateur de jeter son emballage dans la bonne poubelle et si possible éviter de le laisser par terre.
Tant que la collecte des déchets ne sera pas une priorité absolue, toute politique de recyclage sera vaine. Si pour les emballages, la prévention et la réduction sont possibles et même envisagées, pour d’autres secteurs, comme les déchets du bâtiment, visé par une REP en France et cible du nouveau plan européen sur l’économie circulaire, des actions phares de collecte et de tri en amont sont indispensables. François Aublé, également directeur général de Veka Recyclage, recycleur de profilés en PVC dans l’Aube, regrette que les mesures ne suivent pas systématiquement les discours : « nous avons l’outil industriel pour recycler tout le flux de fenêtres PVC usagées générées en France, mais une grande partie continue d’aller en décharge. Résultat, nous devons importer 50 % de notre matière en Europe, pour faire tourner notre installation à pleine capacité ».
Crédit : CM, Citeo, Guillin
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