Recyclay, première pâte céramique recyclée

Revol invite l’éco-conception aux arts de la table

Revol est une manufacture familiale de porcelaine et de céramique, fondée en 1768 et emploie 230 personnes. Basée à Saint-Uze dans la Drôme, l’usine fabrique ses propres formules de pâte et d’émaux, destinées aux arts de la table de l’hôtellerie-restauration principalement. Il y a trois ans, Revol entame un virage industriel, en créant la toute première céramique issue du recyclage de ses boues. Et en début d’année, une collection de vaisselle éco-conçue, baptisée No.W, est sortie de ses fours.

Soucieuse de réduire son empreinte carbone et la production de ses déchets, l’entreprise Revol a mis au point une nouvelle pâte céramique entièrement recyclée à partir de la récupération de ses effluents générés par son processus de fabrication. L’idée germe il y a trois ans dans le cadre d’une démarche RSE. L’objectif était de réduire le gaspillage, les consommations d’énergie et de matières premières. La manufacture utilise chaque année 2200 tonnes de matière et génère 300 tonnes de déchets de boue. Dans un premier temps, des économies d’énergie ont été réalisées au niveau des fours. La direction s’est ensuite penchée sur la gestion et la valorisation de ses boues de production en vue de les réduire ou de les détourner de la mise en décharge.

Les avantages économiques et environnementaux de cette opération sont multiples pour l’entreprise. Retraiter les boues de process, c’est autant de matières premières extraites en moins. Constituées de kaolin, feldspath, argile, et silice, celles-ci proviennent pour la grande majorité de France ou d’Europe. Le quartz est, quant à lui, sourcé localement, non loin de l’actuelle manufacture drômoise. Outre la réduction de CO2 liée à moins de camions sur les routes, les coûts de gestion des déchets et relatifs à l’achat de matière première sont également allégés. Sachant que l’enfouissement revient à 120 euros la tonne, et que le prix de la matière première tourne autour de 400 euros la tonne. Dans le processus de valorisation, l’eau des effluents est également récupérée et une fois épurée, peut ensuite tourner en circuit fermé pour le nettoyage.

Recyclay, première mondiale

 

Recyclay bénéficie de la même résistance mécanique et thermique, de non-porosité absolue tout comme la porcelaine blanche et la céramique noire teintée dans la masse.

Après trois ans de travaux, analyse des boues et élaboration du process en laboratoire, Revol formule une pâte recyclée aux caractéristiques similaires à celle produite avec de la matière première. Un brevet a été déposé à cette occasion. Appelée Recyclay, la pâte est une première mondiale. Un atelier a été spécifiquement créé en interne pour sa mise au point. Dans la foulée, Revol inaugure la première collection de vaisselle en céramique recyclée, baptisée No.W (No Waste), et déclinée en quatre catégories de produits : assiettes creuse, plate, bol, tasse. Revol a investi plus de 100 000 euros dans des équipements réservés à la mise en œuvre de Recyclay.

Les défis sont de taille car la matière est instable à cause des caractéristiques changeantes des boues. D’où ces travaux sur la sélection des boues et les formules d’assemblage indispensables selon le directeur technique et de R&D chez Revol. La production est toujours en évolution, la matière recyclée obtenue dépend de ce qui est produit. D’ici à fin 2020, l’usine, bien qu’actuellement à l’arrêt en raison de la pandémie Covid-19, compte réutiliser 80 tonnes d’effluents de production dans le process de fabrication. Cet objectif est atteignable selon l’entreprise si l’activité de l’usine reprend en mai 2020. Toutes les boues ne sont pas réutilisables à ce jour, mais l’objectif de Revol est bien de repousser les limites en valorisant l’intégralité des boues dans la production. Au plus tard dès 2021, d’autres développements sont prévus dans la pâte Recyclay, pour les marchés grand public comme celui des restaurateurs.

Alimentation durable

 

Les prix varient de 3,74 à 24,88 euros. Trois finitions possibles : gris brut Recyclay ou blanc Arctique et bleu Indigo.

Cette démarche n’aurait sans doute pas vu le jour sans la rencontre avec la Fabuleuse Cantine installée depuis 2017 à la Cité du Design à Saint-Etienne. La création de No.W et de Recyclay est en effet le fruit d’une réflexion collective avec les fondateurs d’une cantine créative partagée, la Fabuleuse Cantine. Sa vocation : lutter contre le gaspillage en cuisinant des invendus alimentaires. L’équipe de restauration collecte des produits de qualité auprès de magasins bio, jardins d’insertion et de producteurs locaux. Contrairement à la restauration classique dans laquelle le chef fait ses achats en fonction de sa carte, la Fabuleuse Cantine propose une cuisine recherchée et originale au gré des arrivages et des collectes d’invendus. « Au début, lorsque nos chemins se sont croisés avec Revol, nous avions l’ambition de créer un partenariat pour utiliser la vaisselle abîmée issue de la production », explique Eric Petrotto, co-fondateur de la Fabuleuse Cantine. Puis de fil en aiguille, les deux partenaires ont réfléchi à la possibilité de favoriser le lien social en s’appuyant sur des valeurs fortes. L’aboutissement de cette démarche collective a été de mettre une cuisine durable et créative dans une vaisselle éco-conçue, tout aussi durable et créative.

Crédit : Revol

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