Les cimenteries continuent de traiter les déchets

Moins de CSR et pneus, plus de farines animales

Alors que le pays traverse une crise sanitaire sans précédent, l’industrie tout entière tourne au ralenti. Parmi les secteurs fortement touchés, figure le BTP. De nombreux chantiers sont à l’arrêt. Dans les cimenteries, la production est maintenue en partie, tout en préservant la sécurité de leurs salariés. Cette continuité de service répond à la demande des clients en activité, et assure le traitement des déchets non recyclables, dont les farines animales, dépourvues d’exutoires actuellement.

Depuis le 16 mars 2020, un arrêt progressif des chantiers et une baisse rapide des livraisons ont été constatés dans le secteur du bâtiment. Conséquence directe de cette évolution, plusieurs cimenteries sont arrêtées aujourd’hui en France. A ce jour, sur la trentaine de sites répertoriés par le SFIC (Syndicat français de l’industrie cimentière), une dizaine restent opérationnels pour assurer un approvisionnement en matières premières locales et valoriser certains déchets non recyclables comme les sous-produits minéraux ou les déchets valorisables sous forme énergétique comme les farines animales. Les cimenteries qui fonctionnent ont adapté et réorganisé leurs postes de travail et les espaces collectifs pour que les mesures barrières soient respectées entre les salariés.

Pas de déchets de bois

 

Déchets de bois d’ameublement en déchèterie

Chez Vicat, la production des outils industriels est maintenue jusqu’à présent tant que les stocks ne sont pas saturés. Les cinq cimenteries du groupe sont en activité selon son PDG Guy Sidos : « malgré les difficultés liés à l’absentéisme plus important – confinement, de garde d’enfant, des conjoints infectés -, à la baisse des approvisionnements en matières et ajouts – fermetures de certains fournisseurs – et à la logistique perturbée, nos équipes assurent la production pour la construction mais aussi pour maintenir l’offre de valorisation des déchets produits sur les territoires ». Concernant ces flux de déchets proprement dits, aucun changement notoire est à mentionner dans la nature des combustibles de substitution utilisés, à part une diminution constatée dans l’approvisionnement en bois non dangereux, issus des déchèteries des collectivités, actuellement fermées. « Inversement, nous sommes fortement sollicités pour prendre plus de farines animales C1, compte-tenu de l’arrêt brutal d’autres solutions de traitement en France » explique Guy Sidos. La demande de l’administration pour prendre plus de farines animales, du fait de son apport en chlore, amène désormais les cimenteries à arbitrer le mix combustibles en entrée du process. « Au final, nous risquons plus de manquer de clients pour le ciment avant de manquer de combustibles de substitution » ajoute le PDG de Vicat. Toutefois, la production chez Vicat se poursuit en s’adaptant aux capacités de stockage et au marché.

Farines animales

 

Son principal concurrent, LafargeHolcim a également adapté son activité à la demande des clients. Suite à l’arrêt des chantiers de construction, la majorité des sites (carrières, centrales à béton, sites cimentiers) a été mise en activité partielle mais suit étroitement l’évolution du marché. L’ensemble des unités en France est en capacité de redémarrer rapidement dans les meilleures conditions, assure le groupe cimentier. Concernant les cimenteries plus précisément, deux sites sur huit fonctionnent normalement à l’heure actuelle. Cela signifie que les lignes de cuisson sont opérationnelles. Pour les autres, il s’agit d’une activité partielle qui concerne les ateliers d’ensachage et d’expédition pour assurer le service des clients. Sur toutes les exploitations où l’activité se poursuit, Lafarge applique des protocoles de prévention sanitaire renforcés, afin de garantir la sécurité des collaborateurs au travail. Ainsi, en plus des gestes barrières fondamentaux, le groupe a procédé à l’analyse approfondie des postes de travail pour isoler les tâches ou séparer les équipiers, afin d’empêcher les contacts rapprochés.

Concernant le traitement des déchets, Lafarge comme les autres sites cimentiers jouent un rôle non négligeable dans le traitement de certains flux non recyclables. Près de la moitié des combustibles utilisés dans les fours provient de déchets, qui sont ainsi valorisés sous forme énergétique ou matière. La mise à l’arrêt de certains fours a donc des impacts sur le traitement de certains déchets, notamment issus de l’industrie agro-alimentaire (farines animales). Le maintien ou la réouverture récente d’une partie de l’activité cimentière permet de réduire les impacts de la crise actuelle sur le traitement de ces déchets. Les protocoles de prévention sanitaire renforcés s’appliquent également à l’activité de réception et de traitement des déchets sur les cimenteries de Lafarge. Sur les fours maintenus en fonctionnement, la priorité en terme de déchets est de répondre aux besoins des filières sous tension pour le traitement de leurs flux, en particulier pour les équarrisseurs et les farines animales, pour les filières alimentaires et leurs sous-produits.

Les déchets entrent au compte-goutte

Les volumes composant les CSR sont en chute de 80% chez Guyot Environnement

Les déchets solides broyés en général et les pneus sont toujours valorisés lorsque cela est possible, assure la direction de Lafarge. « On perçoit toutefois des baisses de volumes chez certains préparateurs de déchets liées à l’arrêt de leurs lignes de production ou à des problèmes logistiques » indique-t-on chez le cimentier. C’est en partie le cas de l’entreprise Guyot Environnement, en Bretagne, spécialisée dans la récupération et le traitement de déchets métalliques et producteur de CSR (combustible solide de récupération). Si l’ensemble de ses 14 sites restent ouverts, ils ne fonctionnent que très partiellement : « la fraction bois et encombrants n’est plus reprise, avec la fermeture des déchèteries et l’arrêt des filières REP. Seules quelques communes dans les Côtes d’Armor ont décidé d’ouvrir à certaines heures leurs déchèteries pour les professionnels », explique Olivier Le Fichous, directeur développement chez Guyot.

Résultat, l’entreprise bretonne enregistre désormais une réduction importante des flux entrants et une baisse d’activité d’environ 80 %. En aval, pas de difficultés en revanche pour écouler la matière : « nous pouvons compter sur les transporteurs et la filière cimentière tant que les stocks ne sont pas saturés, estime Olivier Le Fichous. Certaines centrales à béton ont en effet repris leur activité depuis une semaine en région Ouest. Si les chantiers du BTP ne redémarrent pas massivement, il y aura peut-être alors le risque de voir les cimenteries stopper leur activité ».

Collecte en chute de 80 %

 

La collecte de pneus s’élève à 320 t/jour au lieu des 1600 tonnes habituelles.

La valorisation est également maintenue pour la filière pneus usagés, même si elle a été fortement réduite. En France, la filière REP Aliapur travaille avec neuf cimenteries. Seules trois d’entre elles sont toujours en activité et continuent pour l’instant de recevoir les broyats Powergom. Cependant, l’évolution du marché et les fluctuations sont suivies de près grâce au système d’information Aliabase, mis en place par la filière. « Depuis le début de la crise sanitaire, la collecte a chuté de 80 % environ. Nous sommes donc plutôt dans une logique de déstockage de nos plateformes puisque les flux sont réorientés vers des valorisateurs français et étranger qui fonctionnent toujours – Espagne, Allemagne et Suisse pour l’Europe, ainsi qu’au Maroc, en Turquie, au Sénégal et en Inde, explique le directeur général d’Aliapur Hervé Domas. Aujourd’hui, nous livrons finalement plus de pneus que nous n’en collectons ». De nombreux professionnels de l’automobile ayant fermé depuis le 17 mars, la collecte a diminué sensiblement. Alors qu’elle s’élève en moyenne à 1 600 tonnes par jour au niveau national, soit l’équivalent de 200 000 pneus tourisme, la collecte recensée par Aliapur ne représente au quotidien plus que 20% de ce tonnage.

Crédits : CM, D.Grandemange (Vicat)

A lire aussi :

L’Europe valorise le statut des recycleurs

Des centrales à béton adoptent le « zéro rejet »

« L’Echo circulaire a cessé sa parution mais l’actualité de l’économie circulaire continue d’être suivie par "Déchets Infos". »

Partagez cet article