Alors que la France entre dans sa troisième semaine de confinement, l’Europe s’inscrit dans ce contexte en suivant à peu près les mêmes consignes sanitaires. Parmi elles, la gestion et le recyclage des déchets représentent un maillon fort de l’économie européenne, fournissant de la matière première pour l’industrie de l’emballage. Les recycleurs sont ainsi devenus en quelques semaines, des professionnels stratégiques pour l’Union européenne.
Sur le plan politique et économique, le recyclage est passé d’une activité nécessaire pour atteindre les objectifs environnementaux à un statut essentiel en période de pandémie Covid-19. Sur la liste des matières premières stratégiques pour l’industrie européenne (hier les métaux, aujourd’hui les médicaments), les matières recyclées permettent d’assurer la fabrication dans les Etat membres de produits de première nécessité comme les emballages pour l’agro-alimentaire ou l’industrie pharmaceutique. Consciente de cette urgence, la confédération européenne des recycleurs (Euric) a appelé il y a quelques jours, les Etats membres à attribuer aux recycleurs, une place essentielle. Désormais, dans la plupart des pays, le traitement des déchets est reconnu comme prioritaire, malgré des différences observées par filière. En Autriche, les entreprises gestionnaires de la collecte de déchets municipaux sont soutenues par des aides d’État si besoin. Les déchèteries sont en revanche fermées au public, empêchant également la collecte des DEEE, à l’instar de plusieurs autres Etats. La Finlande considère que toute l’activité de gestion des déchets relève d’un statut spécifique. Néanmoins, les consignes de sécurité imposent une restriction des usagers dans les déchèteries tandis les recycleurs travaillent au ralenti en raison d’une baisse d’activité dans les entreprises, générant ainsi moins de déchets industriels et commerciaux.
Pas de matière à recycler
Même son de cloche en France. Si certaines filières comme le papier-carton et le plastique sont désignées comme stratégiques pour fabriquer des emballages, fort est de constater que les récupérateurs et recycleurs ont du mal à faire entrer de la matière sur les chantiers, en l’absence d’activité industrielle. Les déchets plastiques sont désormais concurrencés par des prix de résines vierges défiant toute concurrence. Résultat, des négociants ont divisé par trois les prix de reprise de certaines qualités élevées de déchets plastiques. L’économie circulaire en prend un sacré coup. Quant aux gisements de papier-carton à recycler, pléthoriques il y a encore quelques semaines dans les centres de tri, ils se font rares et commencent à s’acheter à prix d’or, passant en quelques jours de 0 à 40 euros la tonne.

Toutefois, le recyclage des métaux n’apparaît pas essentiel dans plusieurs pays comme au Danemark, ou en Slovaquie. L’arrêt des industries dans l’automobile et le bâtiment risquent alors d’entraîner des pertes financières, des licenciements et des faillites pour plusieurs recycleurs de métaux. En France, le secteur pourrait néanmoins bénéficier d’un cadre législatif assoupli pour mettre en place une nouvelle organisation du travail, et d’une aide financière pour compenser ces pertes. Dans l’hexagone, environ 70 % des entreprises du recyclage restent en activité et 74 % d’entre elles exercent à temps partiel. Sur le segment des métaux, l’activité s’est effondrée : Derichebourg annonce 80% d’entrants en moins, et 50% de ses sites sont fermés. GDE annonce l’arrête de 75% de ses sites. Galloo a déjà fermé la moitié de ses sites. Restent les chantiers équipés de machines (cisailles et quatre broyeurs) qui « font le vide », c’est-à-dire qui éclusent les tonnes réceptionnées avant le confinement et le petit flux qui est entré depuis. Les autres sites de broyage français (Rossi, Menut…) poursuivent également leur activité jusqu’à la fin de leur stock.
Aménagements législatifs en région
En Italie, le ministère de l’Environnement a demandé dès le 30 mars 2020 à toutes les régions d’autoriser une hausse des capacités de stockage des déchets métalliques et des déchets papiers-cartons. La plupart des sites de traitement attendent le feu vert des autorités locales pour le faire. A noter que le papier-carton est considéré en Italie comme une matière première secondaire et n’intègre pas la législation sur les déchets. Les mesures prises dans les régions pour garantir la gestion des déchets, visent aussi à assurer la sécurité des salariés dans ce secteur. Le marché italien est caractérisé par des modes de collecte des déchets ménagers différents d’une région à l’autre et des difficultés à maintenir le commerce transfrontalier des déchets. Dans ces conditions, le ministère propose d’autoriser les centres de valorisation énergétique à atteindre leur capacité thermique maximale et d’accueillir tous types de déchets urbains ; de modifier certaines règles permettant l’accès à la mise en décharge de déchets municipaux après traitement, qui ne disposent pas d’alternative à ce jour.

L’Allemagne considère également la gestion des déchets comme activité essentielle dans la majorité de ses Länder. Des aides de l’État sont disponibles pour toutes les entreprises et pas seulement pour les secteurs dits essentiels. Le traitement des déchets ménagers est une priorité à l’échelle nationale. Les flux commerciaux et industriels dépendent également des décisions fédérales. L’activité de réparation automobile est autorisée à fonctionner sous réserve de protections sanitaires spécifiques en cas de relation nécessaire avec la clientèle. Dans la filière de traitement des métaux, pas de mesure spécifique à ce jour outre-Rhin. Et aucune décision prise au niveau national. De son côté, l’Espagne accorde une grande attention à la gestion et au traitement des déchets ménagers incluant les textiles, mais aussi des déchets dangereux. Il n’existe pas encore de restriction nationale pour la collecte des textiles usagés. Les collecteurs de vieux papiers et cartons continuent de travailler pour alimenter l’industrie papetière tant qu’il y a encore de la matière à récupérer. Par ailleurs, le gouvernement vient de présenter un plan d’aides financières pour les entreprises qui enregistrent des absences de salariés sur les chantiers ou sont dans l’obligation de restreindre leur activité.
Crédit : CM
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