Alors que l’Europe est contrainte au confinement en raison de l’épidémie Covid-19, l’économie commence à tourner au ralenti et certaines pratiques de la vie quotidienne s’en trouvent modifiées. C’est le cas de la gestion des déchets, en particulier des opérations de collecte des déchets municipaux. En France, les syndicats de traitement modifient peu à peu leurs consignes. Selon les pays et le niveau de la pandémie, des mesures préventives ou des règles drastiques se mettent en place.
Comment la gestion des déchets s’organise sur des territoires touchés par le Coronavirus ? L’organisation européenne ACR+, qui regroupe des instances de plusieurs pays en charge de la gestion des déchets municipaux, a décidé de collecter des données sur les nouvelles pratiques de collecte et les mesures de sécurité adaptées à cette crise sanitaire sans précédent. L’objectif pour ACR+ est de rassembler et d’échanger les expériences des uns et des autres, tout en étant conscient que les situations sont diverses et dépendantes des recommandations exprimées dans chaque Etat. D’ores et déjà, plusieurs pays ont déployé leur feuille de route, sachant que les recommandations actuelles peuvent encore évoluer. Il y a ceux qui anticipent, ceux qui attendent de voir et ceux qui en pleine crise, gèrent au mieux et dans l’urgence avec toutes les précautions sanitaires possibles.
Prévention de rigueur
Au Portugal, un guide de bonnes pratiques et de recommandations pour la gestion des déchets en situation pandémique a été publié par le ministère de l’Environnement et du Climat, compte tenu des évolutions au jour le jour de l’épidémie, de l’augmentation des contaminations, et des risques potentiels liés à la gestion des déchets. Ce document de bonnes pratiques vise à assurer la protection de la santé publique et des travailleurs du secteur du déchet.
En République tchèque, l’institut national de santé publique a demandé à ce que tous les déchets des personnes confinées comprenant les masques et les mouchoirs en papier doivent être jetés dans un sac poubelle en plastique, bien fermé puis placé dans un second sac ficelé et déposé dans un conteneur. Selon les autorités sanitaires en Finlande, plusieurs mesures préventives ont été prises pour limiter la circulation du virus. Cela concerne aussi bien les opérateurs de gestion de déchets que leurs salariés, transporteurs mais également les ménages. Ainsi, les mouchoirs et serviettes en papier doivent être jetés avec les déchets en mélange et non plus avec les biodéchets. Les sacs poubelles doivent être correctement fermés. Si des retards de collecte sont annoncés, les déchets doivent être entreposés dans un espace isolé où aucun animal ne peut accéder. Les déchets de personnes infectées doivent être collectées séparément.

En Allemagne, la gestion des déchets potentiellement contaminés provenant des ménages est soumise aux règles sanitaires des déchets qui relèvent de la catégorie 20 03 01 (déchets en mélange). L’enlèvement des déchets ménagers, pouvant être contaminés par le Covid-19 est effectué avec les autres déchets résiduels qui sont incinérés. Le virus est ainsi détruit lors de la combustion des déchets dans les unités classiques de valorisation énergétique. Cette mesure a été validée par l’agence fédérale de l’environnement. Par ailleurs, les déchets contaminés ne sont plus pris en charge sur les plateformes de traitement mécano-biologique. Dans ce bouleversement des pratiques, l’État s’assure de la sécurité sanitaire des employés du secteur des déchets avec des équipements de protection adaptés, tant que la transmission du virus n’est pas totalement clarifiée. A Brême, les autorités locales ont créé une équipe de crise qui a rédigé une liste des flux de déchets méritant le plus d’attention. Les déchets résiduels sont au premier rang.
Les déchets provenant des centres de santé font l’objet d’une attention toute particulière. Sur la base d’un classement du Coronavirus en risque 3, les déchets issus des dispositifs médicaux relèvent de la catégorie 18 01 03 (déchets à risque infectieux). Il existe des consignes précises à suivre pour collecter et traiter ces déchets s’il y a risque de contamination. Cela concerne les déchets générés dans les laboratoires d’infection et sérologie, les laboratoires de microbiologie situés dans les unités d’isolement d’hôpitaux, les centres de dialyse avec des porteurs reconnus du virus, les services de pathologies et de chirurgie. Tous ces déchets doivent être collectés dans des conteneurs scellés et étanches, immédiatement envoyés vers les centre de collecte. Les déchets infectieux et les instruments médicaux tranchants avec risque de coupure ou de piqûre doivent être collectés dans des conteneurs adaptés et sécurisés, étiquetés comme déchets médicaux dangereux. Toute contamination extérieure peut être évitée par désinfection de l’espace environnant. Les contenants ne doivent pas être trop grands pour assurer une manipulation en toute sécurité. Pour certaines catégories de déchets, contenant des liquides par exemple, les sacs plastiques ou en papier ne suffisent pas pour garantir la sécurité du transport vers les hôpitaux ou les centres médicaux. Ces sacs doivent alors être placés dans des contenants solides et fermés. Les déchets de type infectieux sont incinérés sur un site habilité, avec compression préalable.
En Angleterre, les autorités sanitaires recommandent que tous les déchets en contact avec des personnes confinées doivent être placés dans un double sac poubelle et bien ficelé pour éviter tout risque de propagation. Les déchets ne doivent pas être déposés à l’extérieur tant que la personne est considérée comme contagieuse. Si le test se révèle négatif, une pratique normale de dépôt des déchets peut être envisagée. Si les tests sont positifs, les sacs poubelle sont placés dans des conteneurs spécifiques (orange ou jaune) dans l’attente de leur collecte. Ils sont classés en catégorie B comme les déchets infectieux. L’agence gouvernementale de santé avertit également que ces déchets ne peuvent être collectés que par des agents autorisés à le faire.
Les vêtements usagés peuvent être stockés dans des sacs poubelles fermés. Ceux-ci seront ensuite placés dans un autre sac et gardés séparément des autres déchets. Ils devront ainsi rester à l’écart pendant au moins 72 heures avant d’être remis dans les conteneurs de déchets extérieurs destinés aux ménages. Tous les déchets utilisés par une personne infectée incluant masques et mouchoirs doivent être emballés dans un sac poubelle en plastique, qui lui-même doit être placé dans un autre sac ficelé. Sur d’autres territoires, on observe parmi les populations confinées une tendance à récurer leur foyer de la cave au grenier, tel un nettoyage de printemps, ce qui bien sûr engendre des déchets supplémentaires (encombrants, appareils cassés ou usagés). Dans ce cas, l’industrie de gestion des déchets aux Pays-Bas demande aux citoyens de stocker leurs déchets dans un endroit sécurisé pour éviter de se rendre dans les déchèteries, ou les points d’apport volontaire.
Cas de force majeure à l’italienne
En Italie, très fortement touchée par l’épidémie, le ministère de la Santé a publié une série d’instructions faisant la distinction entre deux principales catégories de déchets municipaux générés par les ménages. Ceux provenant de foyers contaminés où les personnes sont testées positif et les autres. Pour la première catégorie, les déchets sont d’emblée classés comme dangereux au même titre que les déchets médicaux infectieux. Les procédures de gestion doivent être conformes avec la législation relative au traitement de ces déchets (gestion par des sociétés habilitées, collecte dans des sacs normalisés, stérilisation, sites de traitement spécifiques etc.). Pour assurer les services de collecte, les procédures de sécurité sont les suivantes : tous les déchets sont collectés ensemble dans la poubelle des déchets résiduels ; les déchets doivent être placés dans un premier sac fermé puis un second (ou plus selon la résistance des sacs) avant de les déposer à l’extérieur pour enlèvement quotidien ; si possible, l’emploi de poubelle ménagère à pédale est recommandée pour y déposer les sacs à déchets ; les sacs doivent être fermés avec de la ficelle ou de la bande adhésive en utilisant des gants jetables ; les animaux sont à éloigner des poubelles ; si une personne en quarantaine ne peut déposer son sac poubelle au point de collecte, les autorités locales peuvent organiser un service spécifique d’enlèvement avec des agents habilités.
Pour les déchets considérés sans risque, la collecte relève du dispositif classique en vigueur. Seuls les masques, mouchoirs et gants à usage unique doivent être jetés avec le flux résiduel, enfermés dans deux sacs successifs. Les autorités recommandent aux travailleurs de suivre les règles établies par le ministère de la Santé, d’utiliser des EPI (masques, gants …) autant que possible, les nettoyer souvent et remplacer les gants non jetables s’il y a risque de contamination. Il est également demandé de nettoyer les cabines des véhicules. Pour les soins donnés aux personnes âgées, les règles de prévention sont à appliquer pour l’emploi d’équipements de protection (masques et gants à usage unique). Les déchets résiduels sont de préférence incinérés. Dans quelques villes italiennes, les services de collecte s’adaptent également selon le degré de gravité de contamination.
A Parme, la collecte sélective continue de fonctionner normalement sauf pour les personnes en quarantaine qui doivent placer tous leurs déchets dans le flux de déchets résiduels, selon les règles sanitaires dictées par les autorités sanitaires du pays. Les déchets provenant de ménages contaminés doivent être traités comme des déchets hospitaliers dangereux (ROT). Les déchèteries ont par ailleurs été fermées pour éviter les rassemblements. Les opérations de nettoyage et d’assainissement des chaussées permettent simplement à la population de se sentir en meilleure sécurité. A Trévise, le service de collecte en porte-à-porte est maintenu pour les communes servies par l’opérateur Contarina, mais les déchèteries sont désormais fermées. Le nettoyage des rues se poursuit mais à un rythme plus réduit pour garantir une distance minimale entre les agents de propreté. Les agences de l’opérateur Contarina sont fermées, mais des services téléphoniques ou en ligne restent accessibles. Les salariés ont reçu comme instructions de s’équiper correctement et des temps de pause et d’arrêt de travail ont été échelonnés pour éviter les regroupements de personnes.Les services de collecte sont réalisés avec une personne par véhicule.
En Toscane, les autorités de la région ont établi une ordonnance spécifique pour la gestion des déchets des ménages contaminés par le Coronavirus. Les autorités locales partagent les adresses et les noms des foyers contaminés avec les municipalités pour mettre en place des services de collecte spécifiques. L’opérateur délivre un kit de collecte adapté aux ménages ciblés, composé de sacs, de poubelles et de bandes adhésives. La collecte en porte-à-porte est effectuée tous les trois jours, sur appel téléphonique. Tous les déchets produits par ces ménages sont collectés comme déchets résiduels. Les flux restent séparés des autres flux de déchets résiduels jugés sans risque. Ces déchets sont directement envoyés en incinération sans tri ou traitement préliminaire.
Dans l’attente du pire
En Norvège, à ce jour, aucune précaution complémentaire n’a été prise sur la collecte et la gestion des déchets, y compris dans les hôpitaux. Suivre la procédure normale restait pour l’instant la consigne dans le pays. Ce qui signifie que seuls les déchets à risque infectieux en situation normale sont traités dans des conditions spécifiques habituelles. Tous les autres déchets venant de milieux hospitaliers sont juste mis dans des sacs ordinaires et jetés avec le flux des déchets en mélange. Mais le secteur des déchets est jugé critique sur le plan environnemental. Cela permettra le cas échéant de prendre les mesures nécessaires vis-à-vis de la protection des enfants en cas d’épidémie avérée.
En Slovénie, le gestionnaire de déchets SNAGA a instauré de nouvelles mesures de sécurité sanitaire. Ainsi, plusieurs centres de collecte sont fermés et les opérations d’enlèvement des déchets dangereux et des petits équipements électriques et électronique sont annulées. Aucune mesure spéciale n’a été prise jusqu’à présent sur la gestion des déchets ménagers potentiellement infectés. En Pologne, les cinq plus grandes organisations de gestion des déchets municipaux ont alerté à ce jour le gouvernement face au manque de réglementations dans le secteur des déchets en cas de pandémie.
La Catalogne, via son agence des déchets, a pris les choses en main pour gérer au mieux les déchets des ménages confinés : présence de poubelle spécifique dans une pièce séparée, de préférence munie d’une pédale. Y sont jetés tous les déchets de la personne malade ou en confinement ainsi que ceux des soignants (masques, mouchoirs, gants), équipements de protection. Masques et lunettes de protection doivent être sortis dans des sacs plastiques fermés et entreposés dans un conteneur spécifique. Les fractions contaminées seront traitées avec les déchets résiduels.
Dispositif français peu à peu chamboulé
Dans l’hexagone, en l’absence de consigne claire de la part des autorités environnementales et sanitaires, les syndicats de traitement et les agglomérations adaptent et réorganisent leur dispositif au jour le jour. A Paris, la collecte des biodéchets sur les arrondissements en expérimentation (2e , 12e et 19e) n’est plus assurée. L’enlèvement des encombrants n’est plus d’actualité jusqu’à nouvel ordre. Certains syndicats de traitement préfèrent suspendre leur collecte sélective, ce qui implique pour les foyers de tout jeter dans la poubelle grise. Au Syctom de Paris, il semble que la situation évolue très vite. Dans la majorité des communes, les collectes d’ordures ménagères résiduelles et de collectes sélectives sont assurées aux rythmes et aux horaires habituels. Certaines collectes sont cependant redirigées en fonction de la poursuite de l’activité des centres de traitement. Les trois usines de valorisation énergétique du Syctom à Saint-Ouen, Issy-les-Moulineaux et Ivry-sur-Seine, ainsi que le centre de transfert de Romainville continuent de fonctionner normalement. Concernant les centres de tri du Syctom, seul celui d’Issy-les-Moulineaux est opérationnel ; les exploitants des autres centres du Syctom ayant pris la décision de les arrêter. Les déchèteries, non essentielles en situation de crise, sont fermées au public. Pour des raisons sanitaires, le syndicat va donc privilégier l’incinération, dont les capacités en Ile-de-France semblent suffisantes pour absorber l’ensemble des flux, y compris ceux provenant de la collecte sélective.

Par ailleurs, les filières REP tournent désormais au ralenti, avec la suppression des collectes solidaires de DEEE organisées par ecosystem ou de la récupération du mobilier professionnel en entreprise par Valdelia. De son côté le groupe Pizzorno Environnement adapte son organisation quotidienne en mettant en place, en liaison avec ses clients, un plan de continuité d’activité de collecte des déchets. Ainsi, la direction a décidé à ce jour : le maintien des collectes des déchets ménagers en adaptant les moyens humains, conformément aux consignes d’hygiène et de prévention recommandées par la filière déchets ; le maintien de l’activité de traitement des déchets sur ses sites d’exploitation, notamment des Déchets d’activités de soins à risques infectieux (DASRI) à l’Unité de valorisation énergétique de Toulon ; la fermeture des déchèteries accueillant des particuliers et gérées par le groupe.
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