L’Ademe se donne plus de visibilité

Accélérer la transition écologique

L’activité économique reprend doucement avec le déconfinement, et les derniers textes d’application de la loi AGEC seront finalisés d’ici quelques semaines. La transition écologique est en bonne place en Europe et semble renforcée de cette crise sanitaire. En France, l’État prône même son accélération dans certains secteurs. Incontournable dans sa mise en œuvre, l’Ademe dresse un bilan positif de ses actions. Balayant les craintes de voir ses moyens réduits, son président Arnaud Leroy se réjouit de l’extension de ses missions, et de son rôle dans l’après-crise et l’économie circulaire.

Au cours des prochains mois, l’agence environnementale ne devrait pas chômer. A l’occasion d’une présentation des nouvelles transformations de l’Ademe, Arnaud Leroy, son président a annoncé l’extension de ses missions : outre la maîtrise de l’énergie, la qualité de l’air et les déchets, thématiques à l’origine de son développement, l’agence travaille désormais sur la mobilité, le tourisme durable, l’alimentation durable ou encore le numérique responsable. Pour donner encore plus de poids à son engagement, l’Ademe change également de signature en devenant l’agence de la transition écologique. « Avec notre millier de collaborateurs et nos 700 millions d’euros de budget, nous sommes une agence unique que beaucoup de nos voisins européens envient, commente Arnaud Leroy. Nous avons en effet la capacité de prendre en compte des thématiques très différentes mais interdépendantes, qui ailleurs sont traitées séparément. Nous sommes dans une position très intéressante pour avoir une action globale et coordonnée et pour fédérer l’ensemble des acteurs ».

Arnaud Leroy

Cela dit, toutes les batailles ne sont pas gagnées. Aux dernières nouvelles, l’Ademe n’est pas entièrement libre de ses actes, bien que fondés. En témoigne, le refus début juin du ministère de l’économie face à une proposition d’aide d’urgence de l’Ademe pour les structures du réemploi, financée par des crédits non consommés. Pour Arnaud Leroy, cependant, rien n’est joué et des discussions seraient en cours pour tenter de s’intercaler entre les fonds de soutien déjà mis en place. Autre déconvenue, apparemment rattrapée de justesse selon le président de l’Ademe, la crainte de voir un élargissement des missions de l’agence dans le cadre de la gouvernance des filières REP, sans recrutement ou moyens supplémentaires. En 2019, le budget alloué à l’Ademe s’est élevé à 647 millions d’euros, en hausse d’environ 12 % par rapport à 2018. Cette année, le montant s’est encore étoffé, s’affichant à 721 millions d’euros. En même temps, l’agence reste toujours soumise à une réduction drastique des dépenses courantes de fonctionnement (-19 % en 2019) et à une pression du ministère des Finances, en quête d’économies budgétaires.

Transition écologique et impact social

 

Dans le cadre du contrat d’objectifs et de performance pour la période 2020-2023, l’Ademe souhaite donner plus de visibilité à ses actions et jouer la carte collaborative. « Qu’il s’agisse d’accompagnement des collectivités territoriales ou de soutien à la recherche et à l’innovation, notre priorité est d’amplifier le déploiement de la transition écologique, assure Arnaud Leroy. Enfin, ce contrat d’objectifs est aussi marqué par la mise en oeuvre par l’Ademe des objectifs de développement durable fixés par l’ONU. Ainsi nous serons désormais plus attentifs à l’impact social des actions que nous soutenons. La transition écologique de notre société ne peut fonctionner que si elle est solidaire ». Sur le terrain, cela se traduit par des relations renforcées et simplifiées avec les entreprises, les collectivités et les citoyens via une plateforme numérique de conseils. Intitulée agirpourlatransition.ademe.fr, elle a été lancée officiellement le 18 juin 2020. L’utilisation intuitive de cette plateforme en ligne permet d’effectuer des opérations de recherche de financement, de centraliser le dépôt de projets, d’accéder à des conseils et des retours d’expériences, de partager des résultats d’études et du contenu. Cette plateforme propose ainsi le dépôt dématérialisé de demandes d’aides par les entreprises et les collectivités ; la simplification de l’accès à une information contextualisée, aux événements, aux recommandations et conseils pratiques.

Pour les entreprises (TPE et PME), l’Ademe, Bpifrance et le ministère de l’Ecologie ont choisi d’accélérer les procédures favorisant la transition écologique, avec une dizaine de mesures. Parmi elles, le Diag éco-flux met à disposition des PME industrielles, de restauration, de distribution, de l’hôtellerie et de l’hébergement, et d’artisanat, l’expertise de bureaux d’études experts en optimisation de flux (énergie, eau, matières et déchets) afin d’identifier des pistes d’économie concrètes. Dès cette année, une centaine de PME seront accompagnées dans cette démarche, et en 2021, cela concernera 300 entreprises. Pour financer les actions préconisées par ce diagnostic, le prêt vert Ademe et Bpi a pour objectif de co-financer les programmes d’investissement de TPE, PME et ETI en vue de maîtriser et diminuer les impacts environnementaux des procédés. Un prêt pourra aller jusqu’à un million d’euros et s’étendre sur dix ans. Par ailleurs, un nouvel accélérateur de transition soutiendra des entreprises de tous secteurs d’activité dans la conduite de projets de transition bas carbone. L’objectif est d’engager la transition tout en sécurisant le développement de l’entreprise. Au cours du programme, les dirigeants se familiariseront avec la méthodologie ACT (Assessing low Carbon Transition). L’Ademe soutiendra dès 2020 l’évaluation ACT d’une vingtaine d’entreprises volontaires dans les secteurs de l’industrie, le transport, l’énergie et l’immobilier.

Quatre millions de TPE et PME

Depuis son lancement en 2016, le dispositif Orplast fait l’objet d’ un nouvel appel à projets et s’inscrit pleinement dans les aides aux entreprises pour booster l’emploi de matières recyclées. Doté d’une enveloppe comprise entre 15 et 30 millions d’euros, ce dispositif favorise l’intégration de matières issues du recyclage, à commencer par les résines plastiques, mais aussi des matériaux comme les vieux papiers, certains déchets métalliques métaux ou le bois de recyclage. Le dispositif sera décliné en AAP régionaux entre juillet et décembre 2020. Les dossiers seront sélectionnés à partir de la fin de l’année. La France compte 3,67 millions de TPE et 140 000 PME, contre 5800 ETI et 274 grandes entreprises. Les deux premières catégories rassemblent quelque sept millions d’emplois non délocalisables. Au final, ce plan de relance par la transition écologique, sur la base du volontariat, va mobiliser selon Elisabeth Borne, la ministre de l’Ecologie, une enveloppe totale de 250 millions d’euros. Les moyens seront-ils suffisants pour amorcer un vrai virage, alors que plusieurs milliards d’euros sont déjà programmés pour soutenir quelques grands groupes dont la contrepartie environnementale n’est pas garantie ?

Dans ses objectifs, l’Ademe n’oublie pas les thématiques liées à plus de sobriété dans la consommation comme l’éco-conception pour favoriser l’allongement de la durée de vie des produits et la réparation. Des études menées par l’agence révèlent ainsi que 81 % des Français ont une image positive de la réparation. En revanche, le passage à l’action reste encore assez faible puisque seulement un Français sur trois répare un produit tombé en panne et un sur deux le remplace. Toutefois, les freins restent encore nombreux : le coût de la réparation par rapport au prix du produit neuf, les délais de réparation, le manque d’informations sur la réparation et le manque de visibilité des réparateurs. L’Ademe met tout en œuvre pour lever les obstacles, avec notamment la publication d’un annuaire des réparateurs labellisés et présents sur tout le territoire. Les collectivités territoriales ont également un rôle à jouer. L’Ademe les accompagne notamment avec la publication d’un guide « demain, mon territoire ». Cet ouvrage prend la forme de 20 fiches pratiques sur les déplacements, les logements, la nature en ville, la consommation responsable, la sensibilisation des jeunes. Ces fiches répondent aux enjeux d’un territoire, de l’alimentation à la mobilité, en passant par l’énergie, l’économie circulaire, l’aménagement, l’adaptation au changement climatique.

Acceptabilité

 

« L’économie circulaire a besoin de données, d’expertises et d’analyses pour se construire, insiste Arnaud Leroy. C’est le sens de notre mission de créer et de mettre des outils à disposition de chaque acteur de la société ». Encore faut-il convaincre le citoyen de les utiliser. Pendant la pandémie, plusieurs actions portant sur les circuits courts, le réemploi ou la réparation ont émergé. En parallèle, la vision des masques à usage unique jetés par terre a montré une certaine immaturité vis-à-vis de la protection de leur environnement, déplore Arnaud Leroy à l’occasion d’un webinaire sur les futures Assises de l’Economie Circulaire (les 7 et 8 septembre 2020, en format phygital). A la question : quel rôle peut jouer l’économie circulaire dans l’après crise Covid19, le président de l’Ademe n’hésite pas à pointer deux urgences : limiter la casse économique et sociale. Cela va-t-il de pair avec la nécessité d’une société plus sobre dans sa production et sa consommation ?

Dominique Bourg

Pour Dominique Bourg, philosophe et professeur honoraire de l’université de Lausanne, cette économie circulaire doit servir avant tout à réduire les émissions de gaz à effet de serre, et à réorienter la production pour agir sur les flux de matières : « la pandémie a conduit à un durcissement des opinions et renforcé les clivages entre les convaincus de l’urgence climatique et les sceptiques. Malgré cette société divisée, on n’a plus de temps pour agir, et la crise sanitaire nous a donné un ultime avertissement qu’on ne peut pas négliger ». Prenant pour exemples, les démarches territoriales d’écologie industrielle ou d’intégration de matières recyclées, Dominique Bourg juge ces actions pertinentes et nécessaires, mais insuffisantes pour influer sur le réchauffement climatique et la dégradation des écosystèmes. L’échelle des territoires est importante mais doit absolument être relayée par les pouvoirs publics nationaux et les instances européennes, explique-t-il. La multiplication des actions en faveur de l’économie circulaire qui ne se limite pas aux déchets ni au recyclage, dépend surtout de l’adhésion des citoyens, insiste Arnaud Leroy : « l’économie circulaire a l’avantage de faire émerger les ingrédients d’une société plus vertueuse au niveau local. Seul le terrain contribuera à cette acceptabilité ».

Aux commandes des prochaines Assises de l’Economie Circulaire, Jean-Louis Bergey, expert national en économie circulaire à l’Ademe, parie malgré tout sur l’optimisme, à travers la mise en lumière d’initiatives inspirantes tant au niveau des collectivités territoriales qu’au sein des entreprises : « dans cet immense champ d’actions à mettre en œuvre, il ne faudra pas perdre de vue quelques propositions fortes qui ont émergé depuis ces dernières années, telle que l’idée d’une TVA circulaire, ni négliger l’évolution rapide de la réglementation européenne dans ce domaine ».

Plus de recyclé dans les films plastiques agricoles

Collecte de films enrubannage

La crise économique post-Covid19 et la chute du cours du pétrole menacent aujourd’hui la filière de gestion des films agricoles usagés. Le recyclage n’a plus la cote, face à la baisse du prix des résines vierges. Depuis 2015, la filière a perdu l’équivalent de 70 000 tonnes de capacités de recyclage en Europe dont 45 000 tonnes en France. Pourtant, dans le même temps, la collecte des flux augmente. Fin juin, Adivalor aura récupéré 25 000 tonnes de plastiques agricoles, soit en deux ans, plus de 10 000 tonnes supplémentaires par rapport aux 60 000 tonnes de 2018. A ce jour, les alternatives au recyclage n’existent pas. La valorisation énergétique n’apporte pas de réponse technique et économique, tandis que le recyclage chimique est toujours en phase pilote. Conséquence, le Comité français des Plastiques en Agriculture (CPA) appelle tous les metteurs en marché à stimuler la demande de plastique recyclé dans les produits neufs. La mise en place d’une modulation de l’éco-contribution est à l’étude pour les produits intégrant une part significative de résine régénérée.

Crédit : CM

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