SoluCir : des solutions circulaires en Pays de Savoie

Une dynamique d’entreprises sur un territoire zéro déchet

Déployer des projets circulaires sur les deux Savoies, c’est l’ambition de SoluCir. Cette association a vu le jour en octobre 2020, sous l’impulsion de quatre collectivités (Annecy, Aix-les-Bains, Chambéry et Rumilly). Après l’opération zéro déchet zéro gaspillage lancé en 2015 pendant trois ans, SoluCir veut porter cette dynamique circulaire dans le secteur privé. Au programme : mise en réseaux, réemploi de matériaux, circuits courts alimentaires et formation professionnelle.

SoluCir pour solutions circulaires. Cette association créée officiellement le 8 octobre 2020 est le fruit d’une volonté commune entre les entreprises et les collectivités d’un territoire engagé dans l’économie circulaire. Tout commence en 2015 avec l’appel à projets « Territoire Zéro Déchet, Zéro Gaspillage » (TZDZG) lancé par le ministère de l’Environnement, et remporté par 58 territoires dont Pays de Savoie. A la tête de ce territoire lauréat, quatre collectivités Grand Annecy, Communauté de communes de Rumilly, Grand Lac (Aix-les-Bains) et Grand Chambéry, investies jusqu’en 2018 dans une démarche participative de promotion de l’économie circulaire avec les acteurs locaux.

Premier salon SoluCir

La dynamique prend forme de façon très concrète à travers un réseau appelé SoluCir pour faire émerger des projets locaux pérennes et rentables autour de la préservation des ressources. Cela aboutit en 2017 au premier salon SoluCir, vitrine de 70 exposants, entreprises, start-up et collectivités qui ont choisi de donner du sens et de la cohérence à ce nouveau modèle économique. Parmi les engagements réussis, celui de l’entreprise adaptée AfB qui récupère et reconditionne du matériel informatique professionnel. De son côté, l’entreprise Leztroy est spécialisée dans une restauration collective responsable. A la tête de 230 établissements et de neuf cuisines autonomes, son dirigeant Michel Grebot, président de SoluCir combine savoir-faire, produits frais, nutrition et lutte contre le gaspillage alimentaire. L’entreprise sert environ 20 000 repas par jour sur le territoire des Pays de Savoie (entreprises, administrations, scolaires), en misant sur une production locale et du circuit court.

Au fil des échanges et des émulations, des projets émergent lentement et parviennent à maturité au bout de quelques années. C’est un peu l’histoire de la matériauthèque, baptisée Enfin ! Réemploi, fruit d’un partenariat entre cinq structures, Trialp (collecte et tri des déchets), Nantet Locabennes (recycleur de déchets de chantier), Kayak (agence d’architecture vertueuse), ENSAM (école des arts et métiers de Chambéry) et Chantiers Valoristes (récupérateur de matériaux et employeursolidaire). L’idée est née dans le prolongement du programme TZDZG.

La plateforme est installée dans un bâtiment prêté par la ville de Chambéry pour deux ans.

La plateforme a été inaugurée en septembre 2020, et installée dans un quartier à rénover de Chambéry. Une phase d’expérimentation de neuf mois a été lancée, portée par Chantiers Valoristes. La société met ses salariés en insertion au service du projet. Cette période transitoire va permettre de poser les jalons d’une future filière autour du réemploi de matériaux de construction en Savoie. Pour son chef de projet, Damien Barru, premier salarié dédié à cette structure, c’est l’occasion de plancher sur le modèle économique recherché, collecter et reconditionner les matériaux d’occasion. La filière bois est particulièrement visée : « nous nous adressons en priorité aux artisans et professionnels du bâtiment, demandeurs en matériaux bois. Toute la difficulté sera de proposer le juste prix, inférieur à celui du neuf, mais tenant compte aussi de la collecte, du transport depuis les chantiers de démolition, et du reconditionnement. Nous ne fermons pas la porte aux particuliers, mais les produits et les tarifs seront sans doute un peu différents ». L’objectif de cette plateforme est d’acquérir de l’ autonomie matérielle et financière pour pouvoir d’ici deux ans, s’installer sur un site en propre et de créer des emplois en insertion. Dans ce cheminement, l’association SoluCir n’est pas directement impliquée ; elle reflète avant tout l’état d’esprit de ceux qui la composent et qui ont choisi un autre modèle de société.

Premières adhésions

 

AG constitutive SoluCir, avec les membres fondateurs

A l’issue du projet zéro déchet zéro gaspillage, les entreprises déjà engagées avec les collectivités locales ont donc continué de travailler ensemble, autour de questions clés comme la gestion des ressources du territoire, l’allongement de durée de vie, et la création d’un réseau d’acteurs. SoluCir prolonge ainsi ces démarches avec comme membres fondateurs, les entreprises et institutionnels déjà impliqués. On y retrouve évidemment AfB et Leztroy, mais aussi le recycleur Nantet Locabennes, les Chantiers Valoristes, ou encore Trialp et le cabinet de conseil en environnement Inddigo. Mais aussi des représentants de la région AURA et du monde scientifique et universitaire (Université Savoie Mont Blanc). SoluCir est gouvernée par un conseil d’administration constitué de 16 membres issus du public et du privé. Ses membres s’engagent à instaurer et développer l’économie circulaire comme modèle majeur de l’économie duterritoire. Tous défendent un modèle d’approvisionnement local en ressources et de conception réfléchie des produits. Au-delà des impacts vertueux sur l’environnement, les premiers bénéficiaires sont l’économie locale et l’emploi.

« Les statuts sont récents, et nous allons maintenant nous atteler à définir notre feuille de route pour les cinq ans à venir. Les idées et les projets ne manquent pas, mais il nous faut quelques orientations fortes pour démarrer » explique Grégory Chatel, administrateur délégué de SoluCir et représentant de l’Université Savoie Mont Blanc. L’association ouvre les procédures d’adhésion ce mois de janvier. Et déjà plus d’une centaine d’entreprises et structures associatives du territoire sont pressenties pour rejoindre ce réseau. Les structures adhérentes de SoluCir pourront ainsi participer aux dîners de réseau 3 à 4 fois par an ; bénéficier de mises en connexion et de l’expertise des membres ; profiter de tarifs préférentiels pour les stands du salon, événements-partenaires ; partager leur expertise en accédant et en contribuant aux ateliers.

Formation et recherche

 

« Les collectivités à l’origine de cette dynamique ont souhaité une majorité d’entreprises pour reprendre le flambeau. La volonté politique est cruciale pour faire évoluer un territoire mais sans l’aide et l’engagement des acteurs économiques, rien ne peut se faire », souligne Grégory Chatel. PME, start-up, entreprises de l’ESS, mais aussi universitaires et scientifiques participent à cette mise en réseau. Parmi les axes de travail souhaités par l’association, figure le volet formation et métiers. « Nous avons créé au sein de SoluCir, plusieurs collèges dont un sur la recherche, le conseil et la formation. Les entreprises sont en demande de nouvelles compétences sur l’économie circulaire, et de notre côté, nous allons proposer des formations spécifiques en lien avec l’écologie industrielle et la valorisation des ressources dès septembre 2021 », souligne l’universitaire. Ainsi, l’école d’ingénieur Polytech Annecy-Chambéry de l’Université Savoie Mont Blanc va proposer une formation Ingénieur Ecologie Industrielle et Territoriale, en 3e année de cycle. Cet enseignement permettra à l’étudiant ingénieur de devenir chef de projet en EIT, ingénieur procédés ou énergie, ou consultant environnement industriel.

Réunion de co-construction de l’association

A la rentrée prochaine, le département Chimie de l’Université Savoie Mont Blanc lancera également son nouveau Master Chimie Verte et Eco-Innovations, sur le campus scientifique de Savoie Technolac, au Bourget-du-Lac. L’enseignement s’appuiera sur un socle général autour de la chimie organique, de la chimie des matériaux et de la chimie des polymères, avec l’utilisation de nouveaux outils analytiques, numériques et technologiques, et des approches transversales sur les impacts possibles aux niveaux environnementaux, sociétaux et économiques. A terme, les membres fondateurs SoluCir espèrent que leurs expériences communes bénéficieront d’un rayonnement externe  : « nous souhaitons rapidement aller chercher des entreprises en dehors de notre périmètre actuel. Dans ce cadre, nous solliciterons les CCI mais aussi d’autres réseaux en France avec lesquels nous pourrons partager nos actions ; et faire des émules » souligne Grégory Chatel.

A suivre :

SoluCir organisera le 29 avril 2021, une demi-journée de conférences en ligne, pour mettre en lumière l’économie circulaire en Pays de Savoie. Une seconde édition du salon SoluCir est programmée à l’automne prochain, si les conditions sanitaires le permettent.

Crédit : SoluCir, Damien Barru

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