VITIVALO cherche à valoriser les déchets viticoles

Des alternatives au brûlage à l’air libre en Pays de Savoie

Le Pays de Savoie connaît depuis plusieurs hivers, des épisodes de pollution aux particules fines. Principales sources d’émissions : les cheminées à foyer ouvert, le trafic routier, mais aussi, le brûlage à l’air libre des végétaux d’origine agricole. Interdite aux particuliers, cette pratique a été exclue l’an dernier par arrêté préfectoral pour les déchets verts de l’agriculture, dont les résidus viticoles. Le projet VITIVALO, lancé début juin pour quatre ans, mise sur plusieurs pistes de valorisation à l’échelle locale, avec l’adhésion de tous les acteurs de la filière.

Il suffit parfois d’un élément déclencheur qui fait prendre conscience d’une situation et qui oblige à changer ses habitudes. Depuis décembre 2017, un arrêté préfectoral interdit lebrûlage à l’air libre des déchets agricoles dont ceux des activitésviticoles. Cette mesure concerne le territoire savoyard, et vise à réduire au maximum les sources de pollution atmosphérique. Les tensions palpables entre les habitants, les élus et les agriculteurs ont conduit le préfet à prendre cette décision, qui aujourd’hui implique la réorganisation rapide de la filière viticole.

Dans ce contexte particulier, l’Université Savoie Mont-Blanc (USMB) a choisi de porter le projet VITIVALO pour limiter l’impact sur la qualité de l’air et valoriser ces déchets viticoles. Un an après plusieurs réunions pour convaincre les acteurs de la filière et du tissu économique local, le projet a démarré il y a quelques semaines. Au total, plus de 25 partenaires (laboratoires de recherche, professionnels viticoles et de pépinières, communautés de communes, élus, services territoriaux et environnementaux, associations, entreprises) ont répondu présent, conscients des enjeux environnementaux et économiques. En plus decoordonner VITIVALO, Christine Piot et Grégory Chatel, deux enseignants-chercheurs du Laboratoire de Chimie Moléculaire et Environnement (LCME) de l’UFR Sciences et Montagne, ont en charge la partie valorisation chimique du projet et sont responsablesde la recherche de financements. Au total, sur un besoin estimé àprès de 600 000 euros, VITIVALO a d’ores et déjà perçu une enveloppe de plus de 170 000 euros, dont 100 000 euros pour financer une thèse de doctorat sur la valorisation chimique des déchets viticoles (co-financement du Conseil Savoie Mont-Blanc et de l’Ademe) et 60 000 euros pour investir dans des équipements de laboratoire (financement de la Fondation Université Savoie Mont-Blanc). Une plateforme de dons vient également d’être créée par la Fondation, ouverte aux citoyens, aux entreprises et aux institutions.

Des déchets viticoles estimés à 30 000 m³ par an

 

Le vignoble du Pays de Savoie couvre environ 2500 hectares. Considérées comme les premiers producteurs de plans de vigne en France, les pépinières viticoles savoyardes sont également concernées par le projet. D’un côté, les sarments et les vieilles souches pour les viticulteurs, de l’autre, les bois de coupes, les pieds invendus ou les greffes non prises paraffinées pour les pépiniéristes, la production de déchets viticoles est estimée à près de 30 000 m³ par an. Une récente étude réalisée dans le cadre du projet a également permis d’inventorier toutes les pratiques des professionnels. Les viticulteurs génèrentchaque année, 22450 m³ de déchets sur 2128 hectares exploités. Sur ce flux, 13 % seraient brûlés à l’air libre. Les pépiniéristes produisent moins, de l’ordre de 6350 m³ de déchets sur 193 hectares exploités mais brûlent proportionnellement plus de déchets, de l’ordre de 34 % chaque année.

Coteaux de vignes

A ce jour, aucune donnée scientifique fiable n’existe sur la contribution du brûlage des sarments aux teneurs enparticules fines dans l’air. Néanmoins, on sait que 50 % de ces particules proviennent de la combustion de biomasse, explique Christine Piot. Lors du brûlage à l’air libre de déchets bois, les quantités de particules fines et de polluants toxiques émis vont dépendre du type de déchets (sarments, souches, cépages), de leur humidité, des conditions météorologiques pendant le brûlage et des techniques employées. En s’appuyant sur les méthodes d’échantillonnage déjà utilisées au Laboratoire de Chimie Moléculaire et Environnement, en partenariat avec des professionnels viticoles et Atmo Auvergne Rhône-Alpes, des mesures seront réalisées pour identifier et quantifier les particules fines ainsi que les principaux composés toxiques et dangereux émis en fonction de plusieurs paramètres. Parallèlement aux travaux de recherche sur la qualité de l’air, VITIVALO va chercher à développer des solutions de valorisation viables sur le plan écologique et économique.

« Notre objectif dans ce projet, a été d’emblée de réfléchir à des pistes de valorisation à forte valeur ajoutée pour ces déchets agricoles, combinant valorisation chimique, thermique et matière », explique Grégory Chatel. La collecte, le transport et le stockage de ces déchets vont inévitablement créer des coûts supplémentaires à la filière. D’autant que la plupart des vignobles du Pays de Savoie sont situés en coteaux et donc difficiles d’accès. Si une bonne partie des viticulteurs et des pépiniéristes se disent prêts à contribuer financièrement, des solutions de valorisation industrielles sont nécessaires pour rendre la filière de traitement pérenne, soulignent les deux chercheurs.

Valorisation à forte valeur ajoutée

 

L’innovation du projet repose sur la succession de valorisations chimique, thermique et matière. Les déchets viticoles constituent en effet une source importante et renouvelable de molécules à haute valeur ajoutée, tels que de puissants antioxydants, selon Grégory Chatel, à l’instar de celles qu’on peut déjà trouver dans le vin et le moût de raisin. L’extraction de ces molécules peuvent ainsi intéresser l’industrie cosmétique, pharmaceutique et alimentaire. « Ces travaux sont pour l’instant réalisés en laboratoire, mais nous espérons à terme trouver un partenaire industriel local pour développer un pilote », espère Grégory Chatel. Par ailleurs, des entreprises de la chimie en région Auvergne Rhône-Alpes ont déjà manifesté leur intérêt. La valorisation énergétique des résidus d’extraction dans les chaudières à biomasse et le recyclage de bois de coupe en matériau d’isolation, seront ensuite plus faciles à mettre en œuvre sur le territoire. VITIVALO s’attachera pour chaque mode de valorisation à prendre en compte l’impact environnemental des procédés qui seront évalués grâce à des Analyses de Cycle de Vie (ACV) et comparés au brûlage à l’air libre.

Campagne et vignobles de Savoie

D’ici à la fin du projet en 2022, des actions devront être mises en place notamment pour traiter rapidement les déchets viticoles collectés au cours de l’hiver prochain. Ainsi, pour les déchets de pépinières, un accord pourrait être signé avec le Grand Chambéry et sa plateforme de compostage ; tandis que les déchets de vignes, en particulier les sarments, pourraient servir d’amendement sous forme de BRF (Bois de rameau fragmenté). Le projet savoyard a pour ambition de créer des dynamiques locales entre les différents partenaires. Au-delà de la recherche de solutions de valorisation durables, cette démarche vise la création d’emplois et l’émergence de nouvelles éco-industries.

Plateforme de dons : www.fondation-usmb.fr/don-vitivalo/

En plus :

Une circulaire ministérielle du 18 novembre 2011 rappelle l’interdiction du brûlage à l’air libre des déchets verts. Toutefois, en vertu des articles D615-47 et D681-5 du code rural, le préfet peut autoriser le brûlage des déchets verts agricoles pour des raisons agronomiques ou sanitaires. De même, l’écobuage (méthode de débroussaillement par le feu pratiquée dans les zones montagneuses ou accidentées) peut être autorisé « dans le respect des dispositions d’un arrêté préfectoral ». La circulaire rappelle cependant aux préfets que les « arrêtés d’autorisation doivent intégrer l’enjeu de la qualité de l’air et adapter ces pratiques le cas échéant ». Il leur est notamment demandé, lorsqu’ils autorisent le brûlage de déchets agricoles et l’écobuage, d’apporter « une attention particulière dans les zones pouvant contribuer à des dépassements de normes de particules dans l’air et/ou aux périodes sujettes à des dépassements de normes ».

Crédit : USMB

« L’Echo circulaire a cessé sa parution mais l’actualité de l’économie circulaire continue d’être suivie par "Déchets Infos". »

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