Wallonie : 170 000 T de déchets d’inondations à traiter

Une gestion partagée entre la Spaque et trois opérateurs belges

Les images d’inondations dévastatrices qui ont frappé la Belgique l’été dernier, sont encore gravées dans les mémoires. Touchée de plein fouet par les crues, la Wallonie met tous les moyens en oeuvre pour réparer les dégâts estimés à plus de cinq milliards d’euros. Depuis deux mois, la région organise la gestion de quelque 170 000 tonnes de déchets charriées par les eaux. Un partenariat avec la Spaque et des opérateurs de collecte et du recyclage a été créé pour traiter tous ces flux avant l’été 2022. Les autorités assurent qu’aucun déchet ne sera enfoui.

Chargement des déchets des inondations par voie fluviale

Bois, gravats, plastiques, verre, métaux, textiles, le gisement de déchets générés par les inondations de juillet 2021, est aussi varié que gigantesque. Plus de 170 000 tonnes de déchets provenant de 209 communes wallonnes ont ainsi été entreposées sur trois sites de la région liégeoise : à Wandre (friches industrielles du Wérihet), à Engis (terrain d’entreprise) en bord de Meuse et sur une bretelle de l’autoroute A601 au nord de Liège. Dès la fin de l’été, la région a sollicité l’intervention de la Spaque (opérateur wallon multi-tâche spécialisé dans l’assainissement des sols pollués) pour le tri et l’évacuation de ces déchets, mais également pour assurer la gestion des pollutions diffuses en hydrocarbures et la prise en charge des surcoûts générés pour les communes et intercommunales (location de conteurs, heures supplémentaires des employés communaux, etc.). Les premières visites avec un expert « sol » ont été organisées auprès des particuliers sinistrés pour prélever des échantillons de sol de surface et les faire analyser par un laboratoire agréé. Trois mois après les inondations, les évacuations ont déjà démarré et devraient s’échelonner jusqu’à la fin décembre. Objectif : acheminer les flux vers des centres de traitement spécialisés, en vue de leur valorisation. Lors d’une visite sur site courant octobre avec la ministre de l’Environnement, Céline Tellier, le Ministre-président wallon Elio Di Rupo avait souligné que la gestion de ces déchets représentait un enjeu essentiel pour la santé et la qualité de vie des citoyens touchés par les inondations. En juillet dernier, le gouvernement a dû trouver des solutions dans l’urgence pour stocker ces déchets tout en limitant les nuisances.

Jusqu’en décembre 2021

 

Sur le site du Wérihet à Wandre, les 35 000 tonnes de déchets stockées à la fin de l’été ont été évacuées en moins d’un mois par la route (30 %) et par la voie fluviale (70 %) pour rejoindre les centres de tri. Deux solutions de valorisation sont envisagées : le recyclage et la valorisation énergétique. Sur Engis, en bord de Meuse, l’évacuation de quelque 35 000 tonnes de déchets a commencé début octobre et devrait se terminer en décembre prochain. Le regroupement des déchets effectué sur une bretelle désaffectée de l’A601 est plus important, de l’ordre de 100 000 tonnes, étalées sur une distance totale de dix km. Leur évacuation a démarré début octobre et devrait durer 9 mois. Ce délai doit permettre à la filière de tri de continuer à absorber ses volumes habituels sans saturer. Selon la ministre de l’Environnement, il est prévu de recycler 75 000 tonnes de déchets et d’en valoriser en « énergie » 25 000 tonnes. L’objectif étant de réduire au maximum l’enfouissement en centre de stockage, en droite ligne avec les ambitions circulaires de la région wallonne en la matière, assure le ministère de l’Environnement. Les déchets dangereux, découverts lors du chargement du charroi sont mis de côté dans des containers spécifiques pour être ensuite dirigés vers les filières ad hoc en temps opportun (bouteilles de gaz, pots de peinture…). Pour l’ensemble des sites d’entreposage, tous les moyens sont déployés pour évacuer les déchets par voie fluviale sur la Meuse, vers les centres de tri.

Une évacuation à 16,6 millions d’euros

 

Un tri optique est réalisé pour séparer et isoler la fraction bois

Le marché global pour l’évacuation des déchets d’inondations a été attribué au groupement d’acteurs économiques Aertssen (spécialiste du terrassement), Bruco (collecteur et recycleur de déchets) et la société de recyclage Maes pour un montant global de 16,6 millions d’euros. Le délai d’exécution de toute la filière de traitement (récupération, recyclage et valorisation énergétique) a été fixé sur une période d’un an tandis que les déchets « bois » bénéficient d’un délai de 550 jours. L’évacuation des déchets prendra plusieurs mois et les experts estiment que les sites pourront être remis en état à l’été prochain. En attendant, au fur et à mesure du déstockage, des mesures sanitaires et environnementales sont mises en place pour combattre les nuisances dues aux poussières et aux odeurs. Des campagnes de dératisation sont également menées ainsi que des prélèvements d’eau réguliers pour éviter toute propagation de pollution par les eaux de ruissellement. Des barrières Nadar munies de bâches ont été installées aux endroits où les déchets étaient visibles des riverains. Certains sites sont placés sous surveillance 24/24 par une société de gardiennage. Et la population riveraine est informée de l’évolution du chantier par la Spaque. Enfin, un plan d’intervention a préalablement été élaboré avec le Service Régional d’Incendie de Liège et des moyens de lutte contre les risques de départ d’incendie mis en oeuvre. Les sites de stockage et en particulier celui de l’A601 seront ensuite remis en état avec un raclage du sol sous-jacent au dépôt de déchets et un contrôle de sa qualité.

Equipements de tri au rendez-vous

 

Les entreprises belges associées dans cette opération ont fait appel à leurs propres structures. L’entreprise Maes dispose par exemple de trois lignes de tri adaptées pour ce type de déchets, à Tirlemont et à Vilvorde. Bruco transfère les déchets sur ses trois centres de tri dont celui d’Auvelais, près de Namur, sur l’ancien site de production de verre de Saint-Gobain. Bruco est spécialisée dans la collecte de déchets industriels, la location de bennes et le traitement des déchets multi-matériaux (verre, déchets de déconstruction, bois, plastiques, papiers, inertes). « Les centres de tri de Bruco et Maes étaient déjà équipés de lignes de tri et des dernières technologies (aimants, cribles, souffleries, séparateur à courant de Foucault, tris optiques, cabines de tri manuel,…). Les équipements n’ont donc pas été modifiés mais nous avons engagé du personnel supplémentaire pour faire tourner les lignes de tri à plusieurs équipes », déclare Mathieu Mombers, directeur développement chez Bruco.

Mathieu Mombers, directeur développement chez Bruco

Sur cette installation, les camions déversent chaque semaine quelque 6500 tonnes de déchets provenant des inondations, en plus des autres gisements recueillis par le site. Les machines de tri optique ont été adaptées pour séparer et isoler par exemple toute la fraction bois des autres matériaux. Le travail en cabine de tri demande par ailleurs beaucoup plus de concentration et d’observation, car tout arrive ici en mélange. Une fois les déchets triés, les métaux, le bois, les inertes, les plastiques durs et un peu de papier-carton trouvent des filières de recyclage classiques comme la fabrication de nouveaux panneaux de bois, la production de granulats recyclés pour le génie civil, etc. Seule une partie du bois est envoyée en valorisation énergétique car il s’agit de bois contreplaqués, impropres au recyclage. « Pour les résidus non recyclables, la valorisation énergétique est la meilleure solution. Cependant, les capacités d’incinération des unités en Wallonie sont faibles, voire inexistantes, souligne Mathieu Mombers. Les gisements sont acheminés vers les filières habituelles situées en Flandre, en Allemagne, aux Pays-Bas et en France. Nous évacuons déjà vers l’étranger nos flux industriels car les capacités en Wallonie et en Belgique en général, ne permettent pas d’absorber ces quantités ».

Pour le moment, les opérateurs et les autorités travaillent ensemble au jour le jour pour évacuer dans les temps, les déchets issus des inondations de juillet 2021. D’après Bruco, il est trop tôt pour réfléchir à plus long terme sur un plan général d’évacuation et de traitement de déchets en cas de nouvelles catastrophes : « les autorités de Wallonie ne nous ont pas contactés pour cela, et nous n’avons pas à ce jour de relations avec d’autres centres de traitement dans les pays limitrophes qui ont subi la même chose (Allemagne, Hollande et Est de la France) ». Les intempéries qui ont ravagé le nord de l’Europe et touchant également la France l’été dernier, ne devraient plus être exceptionnelles, malheureusement. Une politique de prévention et de concertation devra sans aucun doute être menée rapidement à l’échelle de l’Europe, pour limiter au maximum les dégâts en amont et en aval.

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