En Belgique, quand la circularité devient la norme

Cinq ambitions pour les entreprises d’ici à 2030

Malgré des taux de recyclage largement supérieurs à 85 % dans plusieurs secteurs industriels, la Belgique ne veut pas s’en arrêter là pour réduire son empreinte carbone. Intensive en matériaux, l’industrie belge a décidé de mettre en œuvre une stratégie plus circulaire dans toutes ses activités. Avec comme objectifs : limiter les importations et renforcer la préservation des ressources. La FEB (Fédération des entreprises de Belgique) soutenue par une vingtaine d’organisations professionnelles, vient de publier sa vision circulaire 2030, portée par cinq grandes ambitions.

« Notre économie se caractérise par la création de nombreux produits finis à forte valeur ajoutée. La Belgique est une économie ouverte. Elle exporte mais importe également beaucoup. Notre industrie belge est qualifiée d’intensive en matériaux. Pour garder le coût des matières premières sous contrôle, nous devons penser et développer une économie pauvre en ressources ». Dans sa vision circulaire 2030, la Fédération des entreprises de Belgique (FEB) part du principe que l’économie circulaire et le changement climatique sont interreliés. Et que le passage des énergies fossiles aux énergies renouvelables ne pourra se faire que grâce à la disponibilité de certains métaux. Toutefois, cette dépendance en matières premières vient contrecarrer la stratégie climatique du pays. D’où la volonté politique de garantir l’accès et la disponibilité de ces ressources. En Belgique comme dans la plupart des pays européens, de nombreux matériaux utiles à l’industrie de demain, ne sont pas disponibles sur le territoire. Parmi les solutions envisagées, l’exploitation de la « Urban Mining » (Mine urbaine) afin de récupérer les matières premières rares dans les produits en fin de vie. En d’autres termes, il s’agit aujourd’hui de mettre en œuvre des plans d’actions industriels pour développer au maximum le recyclage.

Recyclage, l’atout belge

 

En 2020, 95 % des emballages ménagers ont été recyclés via Fost Plus

En Belgique, la valorisation matière est ancrée depuis plusieurs années, à des niveaux de performances élevés. C’est le cas des emballages ménagers recyclés à près de 95 % en 2020 (derniers chiffres Fost-Plus), et des batteries au plomb à plus de 82 %. D’autres secteurs font également la fierté des entreprises belges, comme la collecte des pneus usagés (97 % en 2019) ou encore la collecte des appareils électriques et électroniques, qui affiche 10,7 kg par habitant (10,9 kg/hab en France en 2018). Selon Eurostat, la Belgique a récupéré 97 % de ses déchets de construction et déconstruction et réutilisé 87 % des co-produits issus de l’industrie alimentaire pour faire de nouvelles matières premières (biomasse, engrais etc.)

Toutefois, la FEB point du doigt le peu d’indicateurs existant sur les autres thématiques circulaires en matière de prévention, de réutilisation, ou de réusinage. Seules quelques informations peuvent éclairer sur certaines pratiques. Ainsi selon Febelauto (rapport annuel 2019) 26,1 % des pièces d’un véhicule en fin de vie sont réutilisées, et selon Valipac (rapport d’activité 2019), 80 % des emballages industriels sont réutilisables. Sur le plan politique, les industriels demandent que les pouvoirs publics prennent la situation encore plus au sérieux. Au niveau fédéral, une nouvelle Roadmap Économie circulaire sera publiée avant la fin de l’année tout comme la Stratégie régionale de transition économique (SRTE) à Bruxelles. Celle-ci englobera le Programme régional en économie circulaire (PREC) Be Circular. En Flandre, la stratégie Vlaanderen Circulair a été mise en place en 2018 dans le cadre de Visie 2050 tandis que la Wallonie a publié son plan Circular Wallonia en février 2021.

Cinq leviers pour passer à l’action

 

Portée par la FEB, la vision circulaire 2030 est le fruit d’une concertation entre ses membres*. Plusieurs mois ont été nécessaires à la finalisation de ce document, qui servira de roadmap pour les dix prochaines années. Cette vision ne peut se réaliser que main dans la main avec les toutes les parties prenantes, insiste la FEB : « il n’y aura pas de circularité sans coopération inter-fédérale et sans coopération au-delà des frontières. A défaut, les budgets alloués resteront inefficaces. Avancer en concertation avec les secteurs est une question de viabilité économique. La période d’expérimentation est finie, place à l’accélération ». De ce plan d’actions exprimé par l’ensemble des organisations sectorielles belges, il en ressort cinq ambitions axées sur : la disponibilité des matériaux ; la conception et la production circulaires ; les modèles d’entreprises circulaires ; la récupération de qualité des matériaux ; l’utilisation de catalyseurs pour l’économie circulaire.

Les industriels belges mettent l’accent sur la sécurité d’approvisionnement et l’extraction durable des matières premières. « Cela peut se faire au niveau européen dans le cadre de l’Alliance européenne pour les matières premières, mais aussi au niveau national », souligne le document. Autre enjeu de taille, l’éco-conception doit désormais prendre en compte la réparation, la réutilisation et le recyclage de qualité. Une focalisation simple sur la gestion des déchets ne suffit pas à développer une économie circulaire. C’est ainsi que d’autres modèles d’entreprises sont sollicités. Ces modèles, appelés aussi « cercles internes » de l’économie circulaire, se concentrent sur la fonctionnalité plutôt que sur le produit lui-même.

Limiter les exportations hors Europe

 

Avant d’évoquer le recyclage, toutes ces activités visent à prolonger la durée de vie des produits, ou services. Pour encourager dans ce sens, la vision circulaire 2030 propose de laisser une marge d’expérimentation suffisante aux entreprises pour développer de nouvelles technologies. Et la FEB d’insister sur une clarification des règles concernant la réutilisation des matières et les responsabilités des différents acteurs en vue de créer une sécurité juridique pour les entreprises et les consommateurs.

Valipac, organisation unique au monde garantit un recyclage élevé des emballages industriels en Belgique

La qualité des matériaux récupérés ne peut se limiter à un recyclage en boucle fermée. Une recherche d’applications en boucle ouverte pour à accéder à d’autres secteurs à forte valeur ajoutée est indispensable. « Il est essentiel de chercher des options de valorisation et de recyclage pour les déchets ultimes par exemple et d’améliorer encore la synergie entre les entreprises pour obtenir un éco-système circulaire où les matériaux et les flux d’énergie utiles sont utilités de la manière la plus optimale et efficace » assure l’industrie belge représentée par la FEB. Dans cette perspective, l’exportation vers les pays tiers de matériaux secondaires et de combustibles produits en Europe doit être limitée si ceux-ci peuvent être utilisés plus utilement en Europe. « Il faut à chaque fois s’assurer que les matériaux exportés sont traités à leur destination finale dans des conditions techniques et environnementales quasi identiques à celles de l’Europe et qu’une efficacité de recyclage similaire est atteinte. La manière dont une activité de recyclage est réalisée est plus importante que l’endroit où elle a lieu : la qualité doit être la priorité » indique le document.

Enfin, les entreprises belges sollicitent l’aide de plusieurs catalyseurs comme le cadre législatif, des plate-formes, une réflexion axée sur la chaîne de valeur, la technologie numérique, etc. Pour la FEB, la numérisation fait partie des soutiens indispensables au déploiement de l’économie circulaire, car elle permet entre autres : d’offrir des produits et des matériaux comme un service ; de prolonger la durée de vie fonctionnelle via une maintenance, des mises à niveau et des réparations intelligentes ; d’améliorer le tri et le recyclage en fin de vie ; de collecter les produits et les matériaux grâce à des systèmes logistiques.

Pouvoir politique

A Bruxelles, la future Stratégie régionale de transition économique (SRTE) englobera le Programme régional en économie circulaire (PREC) Be Circular, d’ici fin 2021

Pour basculer rapidement dans une économie circulaire, les industriels belges estiment essentiel le rôle d’un cadre politique. Or celui-ci, en Belgique comme ailleurs, se concentre encore majoritairement sur les stratégies menées dans la gestion des déchets. Les actions alternatives (telles que la réutilisation, la récupération, les combinaisons de produits et de services) sont actuellement insuffisamment prises en compte. Le cadre législatif existant doit être adapté en conséquence. « Enfin, les autorités doivent miser davantage sur des systèmes numériques, en tenant compte des besoins et de l’expérience pratique de l’industrie et des consommateurs, ainsi que des spécificités des produits et matériaux plutôt que de leur statut juridique (déchet, end-of-waste, sous-produit…), parce que c’est la seule manière de garantir l’utilité des systèmes à l’avenir ». L’industrie belge n’oublie pas dans la boucle, le rôle indispensable des marchés publics durables et circulaires. Par exemple dans le Green Deal Achats circulaires/Circulair Aankopen, la Wallonie et la Flandre ont déjà pris des mesures pour activer ce levier. A ce jour, les marchés publics en Belgique ne permettent pas toujours l’émergence des modèles et des pratiques commerciales circulaires, ni l’utilisation de matériaux recyclés. Pour mettre en pratique sa vision circulaire, la Fédération des entreprises de Belgique assure qu’en 2022 et tous les deux ans par la suite, elle établira avec les autres organisations professionnelles, un rapport d’avancement. Il sera basé sur des indicateurs prédéfinis dans plusieurs domaines comme la production et la consommation, la gestion des déchets, les matières premières secondaires, la compétitivité et l’innovation.

La FEB s’engage

Depuis février 2020, la Fédération des entreprises de Belgique a développé le programme « Creating value for society ». A ce titre, elle a créé un nouveau centre de compétence « Durabilité & Économie circulaire », en lien avec ses travaux sur l’efficacité des ressources, les emballages, les normes de produits, les produits chimiques. La FEB gère désormais plusieurs groupes de travail ainsi qu’une plateforme où les dossiers relatifs à l’économie circulaire sont discutés. Ils regroupent les fédérations sectorielles membres et les fédérations régionales. Parmi les actions qui ont vu le jour, la mise en place d’une Chaire Économie circulaire depuis 2 ans, la création d’une série de webinaires Économie circulaire fin 2020, l’organisation des Belgian Business Awards for the Environment tous les deux ans pour les entreprises innovantes, un plan d’action pour la transition vers plus d’emballages industriels circulaires, soutenu par l’ensemble de la chaîne (des producteurs d’emballages aux recycleurs en passant par les principaux consommateurs).

 

*La Vision 2030 de l’industrie belge regroupe :

FEB, BECI, UWE, Voka, Agoria, Confédération Construction, Creamoda, Denuo, Detic, Essenscia, Febelcem, Febiac et Febelauto, Traxio, Fédération belge de la brique, Fediex, Fedustria, Fevia, Groupement de la sidérurgie (GSV), Indufed, Valipac

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