Pour sa 5e enquête sur l’économie circulaire, Elipso confirme l’adhésion des fabricants d’emballages plastiques à ce changement de paradigme. Malgré une année 2020 inédite et complexe, les industriels poursuivent leur politique de transformation. Face à un cadre réglementaire parfois contradictoire, un plastic-bashing persistant, une crise sanitaire et économique non résolue, les entreprises se disent prêtes à répondre à tous les objectifs de recyclage, de réemploi et de réutilisation, exigés par la loi.
Les objectifs de la transition écologique sont réalistes et atteignables malgré une année 2020 éprouvante pour l’industrie de l’emballage plastique. C’est ce qui ressort de l’ enquête sur l’économie circulaire menée par Elipso, association française des fabricants d’emballages plastiques rigides et souples. Pour sa cinquième édition, l’organisation professionnelle a interrogé ses adhérents sur leur vision et leurs intentions vis-à-vis de ce nouveau modèle économique. Contre toute attente, alors que le printemps 2020 démarrait dans une totale paralysie mondiale, liée au Covid-19 et à la crise économique consécutive, 60 % des adhérents ont répondu présent. Ces entreprises représentent plus d’un million de tonnes d’emballages plastiques produits, soit environ la moitié mis sur le marché français. Toutes les typologies d’emballages et tous les secteurs sont représentés dans l’enquête.
A l’instar des années précédentes, cette enquête placée dans un contexte inédit, renseigne tout d’abord qu’à l’égard de l’économie circulaire, les industriels n’ont pas baissé les bras. Les nouveaux résultats publiés en mai 2021 confirment une mutation du secteur vers des produits plus proches des aspirations et obligations d’aujourd’hui, souligne Christian Théry, président d’Elipso : « tous nos efforts sont plus que jamais tournés vers le juste emballage. Nous devons travailler non seulement sur des produits performants, mais aussi vertueux, sûrs et recyclables ». Outre la pandémie, la crise économique marquée par une forte augmentation des prix des résines (+ 70 % enregistrés sur certaines résines) n’aide pas à une reprise sereine. En cause, le décalage des périodes de maintenance sur les sites industriels et le manque d’anticipation pour le stockage ont perturbé la chaîne de production et l’approvisionnement en matières premières.
Vers une offre plus circulaire
Pourtant, depuis le début de la crise Covid, les entreprises du secteur ont maintenu leur activité, adaptant leur outil à ce contexte particulier. Même si un quart d’entre eux ont déclaré une baisse de leur activité, principalement sur la restauration et la vente à emporter, trois quarts des entreprises ont maintenu leur carnet de commande. Si certains répondants perçoivent l’hostilité vis-à-vis des plastiques, comme une raison de s’inquiéter pour leur activité (57 % ont prévu une baisse de leur CA, en l’absence de visibilité), la majorité d’entre eux continuent d’investir fortement. L’enquête révèle ainsi que 6 % du chiffre d’affaires en moyenne est orienté vers de la R&D sur l’éco-conception et la circularité des produits, pour tendre vers les objectifs réglementaires, les demandes des clients et les attentes sociétales. Les résultats montrent notamment une trentaine d’entreprises cumulant à elles seules 150 millions d’euros d’investissement. Parmi les critères d’innovation mis en avant, figurent l’incorporation de matières recyclées à 90 % et la recyclabilité à 80 %. Arrivent ensuite des actions sur l’allègement, l’emploi de matières biosourcées, et la réutilisation.
Autre enseignement de l’enquête, 75 % des répondants annoncent avoir déjà fait évoluer une partie de leur offre pour être en phase avec les objectifs de la loi AGEC. Cette transformation se traduit en particulier par 70 % des emballages plastiques en mono-résine à ce jour. Par ailleurs, 50 % des répondants constatent une demande accrue d’emballages biosourcés ou/et compostables, tandis que la même proportion propose une gamme d’emballages réemployables. Selon Serge Vassal, vice-président d’Elipso, l’enquête prouve une nouvelle fois que cette transformation de l’industrie de l’emballage plastique est tangible puisque 77 % des engagements volontaires d’incorporer de la matière recyclée sont déjà atteints. Pour rappel, l’engagement de l’ensemble de la filière de la plasturgie vise à incorporer un million de tonnes de matière recyclée d’ici à 2025. La part du secteur de l’emballage équivaut à 440 000 tonnes. Or en 2019, le secteur avait intégré 320 000 tonnes de matières régénérées et 340 000 tonnes en 2020.
« Malgré une année très difficile, les entreprises ont tenu le cap, signe d’une dynamique enclenchée dans notre secteur, souligne Serge Vassal. Il est certain que dans ces conditions, l’objectif fixé à 2025 sera atteint ». Et de rappeler qu’à ce jour, les emballages plastiques sont composés à 81,5 % de résines vierges, de 16 % de matières recyclées et de 2,5 % de matières biosourcées. En 2020, la part de matières d’origine recyclée ou biosourcée a ainsi permis une économie de 800 000 tonnes de CO2. Cette tendance est encourageante pour l’industrie de l’emballage avec deux avantages de taille : une possible relocalisation en France ou en Europe d’une partie de la production issue des plastiques recyclés ; une autonomie croissante vis-à-vis des résines vierges et des sites de production dont la maintenance perturbe régulièrement et fortement la chaîne de valeur.
Cadre législatif flou

Cette transition écologique n’est certes pas sans obstacle. Les freins persistants restent nombreux. A ce jour, seulement 29 % des emballages plastiques sont recyclés en France. Cela reflète selon Elipso, un développement insuffisant des circuits de collecte et de recyclage pour l’ensemble des emballages ménagers et industriels. Le cadre législatif national et européen mériterait par ailleurs plus de clarté et moins de contradiction. « En témoigne l’articulation délicate du décret 3R avec les directives européennes, et l’interdiction des matières styréniques demandée dans le projet de loi Climat, alors que ces polymères favorisent par leur légèreté, une réduction de l’empreinte carbone », explique Christian Théry. Enfin, la réglementation restreint toujours l’emploi de plastiques régénérés dans l’emballage alimentaire à une seule résine, le rPET, limitant les possibilités de déployer de nouveaux débouchés pour le recyclage.
Face à des alternatives émergentes, les adhérents d’Elipso restent vigilants. Il ne faut pas opposer les matériaux, mais plutôt continuer de délivrer des informations objectives grâce aux analyses de cycle de vie, insiste Serge Vassal : « cela passera bientôt par la création de certifications et de labellisations au service du consommateur qui pourra s’informer sur la composition des emballages et leur taux de recyclé. On voit bien qu’aujourd’hui, certaines matières de substitution tel le bambou dans la vaisselle jetable, n’ont aucun intérêt environnemental et vont même à l’encontre des objectifs réglementaires ». Restons dans le cadre posé par la loi AGEC et travaillons ensemble à l’harmonisation des directives européennes et des législations nationales, pour éviter des sur-transpositions contre-productives et une course aux fausses bonnes idées, ajoute le président d’Elipso.
A lire aussi :
Quelles alternatives aux emballages plastiques à usage unique ?
« L’Echo circulaire a cessé sa parution mais l’actualité de l’économie circulaire continue d’être suivie par "Déchets Infos". »