Biopôle d’Angers : un chantier éco-innovant pour le futur centre de tri

Derichebourg Environnement opte pour l’économie des ressources

Six ans après l’échec industriel du procédé de TMB à Saint-Barthélémy d’Anjou, la ville d’Angers veut tourner la page. Le site du Biopôle accueillera en lieu et place un nouveau centre de tri pour déchets ménagers recyclables en 2022. Un consortium de six partenaires au total, emmené par Derichebourg Environnement, a été retenu fin 2019 pour construire et exploiter le futur centre de tri. Le projet a été pensé dans un souci de préservation des ressources sur l’ensemble de son cycle de vie.

Le centre di tri du Biopôle pourra traiter jusqu’à 35 000 t/an de déchets ménagers

L’arrêt en 2015 de l’usine de traitement des ordures ménagères par tri-mécano-biologique, suite à des dysfonctionnements, a coûté la bagatelle de 70 millions d’euros. Un fiasco qui a laissé le site du Biopôle sans projet pendant quatre ans. Pour réindustrialiser ce terrain de deux hectares, la SPL Anjou TriValor, créée en 2017, et qui regroupe le Sivert, Angers Loire métropole, Syctom Loire Béconnais, le Sisto et Anjou Bleu communauté, a lancé un appel d’offres en 2018. Objectif : développer un nouveau centre de tri des déchets ménagers recyclables sur le territoire. Après plus d’un an de procédures et l’examen de six candidats, Derichebourg Environnement a remporté le marché. Associé à cinq partenaires (Vauché – concepteur et fabricant de la chaîne de tri, Pro-logis – construction tous corps d’état, ASI Bretagne – Sécurité incendie, Inddigo – accompagnement projet, Agence 3 arches – cabinet d’architectes), son défi est de taille : développer une installation d’une capacité de traitement de 35 000 t/an, traitant plus d’une quinzaine deflux issus de la collecte sélective, sans compter ceux qui n’existent pas encore. Soit la gestion des déchets de près de 600 000 habitants du Maine-et-Loire. L’installation entrera en activité au premier trimestre 2022. Derichebourg a signé un contrat d’exploitation de six ans. Le coût de l’investissement total s’élève à 19 millions d’euros.

Opérationnel au 1er trimestre 2022

 

Le chantier a démarré en juin 2020 et s’achèvera en juillet prochain avant l’arrivée des premiers tonnages au mois d’août. Une période d’essais et de rodage de six mois sera nécessaire avant la mise en route complète du site. Pour le « constructeur » Derichebourg Environnement et ses compagnons de route, le projet est considéré comme un challenge tant sur le plan technique qu’au niveau environnemental. Le Biopôle abrite plusieurs activités autour de la gestion des déchets, telles que le transfert des OM et la collecte de la ville d’Angers. « Nous avons choisi de limiter la surface du futur centre en rénovant le bâti existant pour laisser la place à d’autres activités. C’est une volonté du groupe qui porte ses fruits, puisque la SPL nous a retenus. Le centre de tri lui-même sera aménagé sur 7500 m². A cela s’ajoutent 1500 m² de bureaux administratifs ainsi qu’un bâtiment de 50 m² pour gérer les flux entrants et sortants » explique Pascal Marchal, en charge du projet chez Derichebourg Environnement.

Sur le site du Biopôle, Derichebourg a voulu optimiser l’espace et l’emploi des ressources

En réutilisant les anciens bâtiments de réception, de tri et de maturation de l’usine de TMB (maintien de la charpente par exemple et optimisation de la surface au sol), Derichebourg Environnement a fait d’une pierre deux coups : éviter une démolition et une reconstruction complète du futur centre de tri ; récupérer et recycler le béton issu du démantèlement de la cuve de maturation, d’une superficie de 1000 m². « Ce choix, non sans risque pour la stabilité du terrain, nous a permis au final de recycler la ferraille à béton sur nos propres sites et de réutiliser les matériaux concassés in situ, pour aménager un parking poids lourds ». Engageant le projet dans une démarche de préservation des ressources, l’entreprise mise également sur une unité industrielle peu énergivore. L’aménagement des cabines de tri côté sud pour favoriser la lumière et la chaleur naturelles, la récupération de chaleur provenant des machines pour chauffer les bâtiments administratifs, sans oublier l’utilisation de matériels équipés de moteurs dernière génération, ont valu au groupe de bénéficier de la prime économies d’énergie EDF.

Lutter contre le feu et consommer moins d’eau

 

Dans le même registre, la consommation et la gestion de l’eau sont une priorité pour l’industriel. Exposés à d’importants risques d’incendie, les centres de tri ne lésinent pas sur les moyens de prévention. C’est ainsi que Derichebourg Environnement a choisi d’innover ; pas tant sur la technique, qui existe déjà, mais sur son utilisation en centre de tri. Par habitude, ces installations font appel à du sprinklage, un dispositif généralement grand consommateur d’eau. Avec son partenaire spécialiste des équipements anti-incendie, ASI, Derichebourg Environnement a décidé d’intégrer des diffuseurs de mousse à haut foisonnement. Le principe repose sur une projection de mousse à faible teneur en eau, mais tout aussi efficace. Deux avantages : une moindre consommation d’eau en cas de déclenchement et un risque moins élevé de noyer les machines.

Revers de la médaille : « aujourd’hui, ce système, inédit sur ce type d’installation, reste mal couvert par les assurances, déjà frileuses à l’égard des centres de tri, déplore Pascal Marchal. Cela ne nous empêchera pas en parallèle d’installer des portes coupe-feu et des sprinklers dans les zones sensibles, comme les trommels ou les cabines de tri, là où les départs de feux doivent être rapidement neutralisés. Des caméras intelligentes pourront aussi détecter la nature des fumées pour ne pas les confondre avec celles des engins roulants ». Un test grandeur nature de projection de mousse sera programmé début juillet, visant à neutraliser le site. L’ensemble de ces démarches sont un investissement pour l’avenir, insiste Pascal Marchal : « on ne fait pas d’économies à court terme, si l’on tient compte de l’environnement. Les dépenses sont souvent plus importantes, mais en gérant bien les matériaux sur place, et en misant sur un site sobre en énergie et en eau, on y gagne ».

Vauché se lance dans l’occasion

 

Sur le Biopôle, Vauché a récupéré d’anciens matériels, pour les réparer et les revendre

Côté équipements, le chantier a été confié au groupe Vauché. Concepteur de matériels, fabricant et ensemblier, l’entreprise ardennaise (Sedan) a tout d’abord pris en charge la récupération de l’ancienne chaîne de tri, incompatible avec la future installation. Les cribles, trommels, séparateurs balistiques et autres convoyeurs ont donc été démontés et envoyés sur le site industriel de Vauché dans les Ardennes. Pas question de tout transformer en ferrailles. Seules les passerelles et les garde-corps ont été recyclés. Plusieurs machines ont été réparées puis revendues. Pour Stéphane Vauché, Pdg du groupe, c’était le moment ou jamais de développer cette activité : « nous avons voulu donner une seconde vie à ces équipements, d’autant que nous en avions d’autres stockés à Sedan ».

Après une remise en état de chaque machine, le groupe a lancé sa plateforme commerciale www.vauche-occasions.com et mis en vente un total de 78 pièces, il y a environ un an. Aujourd’hui, ne subsistent que 25 pièces disponibles. Vauché assure la maintenance du matériel d’occasion et voit dans ce secteur, un développement prometteur : « nous sommes les seuls à ce jour sur ce marché. Jusqu’à présent, les équipements d’occasion portaient principalement sur des engins roulants. Là, il s’agit de prolonger la durée de vie de matériels d’envergure, et fixes, dont certains sont assez coûteux à l’état neuf. C’est le cas des séparateurs de métaux qui sont partis comme des petits pains » assure Stéphane Vauché.

Un site disponible à 95 %

 

Sur le Biopôle d’Angers, place au neuf. L’équipementier y installera et assemblera les technologies existantes de dernière génération pour traiter les différents flux des extensions de consigne de tri, aussi bien corps creux que corps plats. Une forte concentration de séparateurs en tous genres (granulométriques, balistiques, optiques, aérauliques, densimétriques etc.) sera au rendez-vous. Par ailleurs, le volet maintenance fera l’objet d’une approche innovante. « Nous sommes en présence d’une installation de grande capacité qui ne peut pas s’arrêter du jour au lendemain à cause d’une panne ». Pour garantir une cadence soutenue, plus de 12,5 tonnes/h, et un taux de disponibilité à 95 %, Vauché travaillera sur la maintenance prédictive, en détectant en amont le moindre dysfonctionnement (vibration, variations d’intensité des moteurs tec.). L’installation de capteurs sur des points stratégiques permettra d’anticiper les diagnostics et de planifier des opérations d’entretien non contraignantes pour la productivité du site. Enfin, pour réparer à distance, des lunettes connectées seront utilisées, reliant par caméra interposée, l’opérateur sur site et le technicien de maintenance, situé à plusieurs centaines de km.

Entièrement conçu et fabriqué en France, le centre de tri emploiera une cinquantaine de personnes à terme. Le choix de la SPL TriValor conforte Derichebourg Environnement dans sa volonté d’aller plus loin. Les idées ne manquent pas, comme récupérer les eaux pluviales ou encore promouvoir le chauffage solaire. Pour le recycleur, le Biopôle d’Angers est une vitrine du savoir-faire français. Avec la promesse d’inscrire l’industrie du traitement de déchets dans une nouvelle démarche environnementale.

Crédit : Vauché, Sébastien Brillais

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