Les achats responsables ont la cote

Aigle promeut une botte éco-responsable

Le dernier baromètre 2018 des achats responsables donne le ton. Ils sont tendance et deviennent un véritable facteur de développement. Une étude quantitative réalisée auprès de 269 responsables d’achats par OpinionWay pour l’ObsAR montrent que 85 % d’entre eux ont une bonne connaissance des achats responsables. Cette démarche est même devenue une priorité pour 4 organisations sur 10. Tour d’horizon qui commence par une halte chez Aigle. Le maître-caoutchoutier fabrique aujourd’hui ses bottes sous le signe du recyclage, de l’éthique et du sociétal.

Du public au privé, la politique d’achats responsable progresse inexorablement dans tous les secteurs. Industries, entreprises de service, administrations et collectivités s’accordent sur la nécessité de réduire l’impact social et environnemental de leurs achats. Parmi les critères incontournables évoqués par les responsables d’achats, la relation à leurs fournisseurs. Ainsi, 62 % des organisations (publiques et privées) interrogées ont mis en place des actions pour réduire leur délai de paiement. Ce respect progresse. Mais 42 % des entreprises paient encore entre 46 et 60 jours. Seules 17 % d’entre elles paient avant un mois. L’environnement représente avec le volet social, le principal déterminant pour qualifier un achat responsable. Pour autant, il existe une hiérarchie des objectifs à atteindre, selon les entreprises. Le baromètre de l’ObsAR montre en effet que la réduction des consommations est crucial surtout pour 42% des industries.

Maîtriser ses consommations d’énergie

 

Les PME et les sociétés de services sont plus attentives à l’allongement de la durée de vie des produits. L’achat de produits éco-conçus arrive en seconde position, tandis que le recyclage se trouve en avant dernière place juste devant la réutilisation et réparation. En résumé, ce qui compte le plus pour l’entreprise, c’est d’abord, une consommation maîtrisée de son énergie, de son eau et de ses matières premières. Les enjeux sociaux, au coeur des politiques d’achats responsables, diffèrent également selon le profil de la structure. L’insertion professionnelle est un critère phare pour les établissements publics à 79 %. Les grandes entreprises veillent davantage aux conditions de travail et aux droits humains, en particulier lorsqu’elles travaillent avec des fournisseurs hors Europe. Enfin, les PME visent davantage l’emploi local. Le baromètre met par ailleurs en perspective, les objectifs d’achats responsables dans les années à venir. Les organisations interrogées pointent en majorité le respect des valeurs sociales et la réduction des risques (environnementaux et sociaux). L’amélioration de l’image de marque arrive en troisième position. Enfin, un achat responsable représente à 87 %, un levier pour la performance et l’innovation.

Au service de la compétitivité et de l’innovation

 

Chez Aigle, on intègre ces objectifs depuis 2014. Le fabricant de bottes en caoutchouc et de produits textiles a profité de la loi Grenelle imposant les rapports RSE, pour créer une direction ad hoc avec deux postes salariés à plein temps. Pour Aissata Kante, coordinatrice RSE, cette politique d’achats responsables est devenue d’emblée un vrai levier de performance. « Nous sommes partis d’un diagnostic ISO 26 000 pour définir nos axes de développement. Et nous avons choisi de travailler en priorité sur l’impact des matières premières ». Le groupe a cherché à améliorer la fabrication de ses bottes adultes fabriquées dans l’unique usine française de Châtellerault. Les bottes enfants et les produits textiles sont fabriqués dans d’autres usines en Asie, sur le pourtour méditerranéen et en Europe de l’Est, pour lesquelles Aigle reste par ailleurs vigilant grâce à des audits réguliers sur la branche textile et à la certification de ses partenaires. L’usine française emploie 411 personnes, sur un effectif total de 1300 salariés dans le monde, et produit 700 000 paires de bottes adultes par an.

Chutes de caoutchouc

Aigle travaille avec une cinquantaine de fournisseurs dont plus de la moitié est d’origine française. « Il faut savoir qu’une botte peut avoir jusqu’à cent composants différents (caoutchouc, textiles, colorants, boucles, colles…), explique Irène Rabussier, responsable des achats indirects et matières premières. Nous avons démarré un accompagnement avec nos fournisseurs pour améliorer l’éco-conception et le recyclage des déchets de production. Nous consommons environ 700 t/an de caoutchouc naturel pour nos bottes. Même si Aigle reste le petit Poucet comparé aux géants du pneumatique qui s’approvisionne en milliers de tonnes, cela ne nous empêche pas de travailler avec les traders et les ONG comme The Forest Trust. Ils nous aident à identifier des sites d’exploitation certifiés et une production d’hévéa respectueuse de l’environnement et des conditions sociales».

Une botte est constituée de 39 % de matières recyclées »

Au-delà des préoccupations écologiques et éthiques à l’égard de ses approvisionnements de caoutchouc, Aigle a mis en œuvre un code de bonne conduite vis-à-vis de ses fournisseurs. En interne, cela permet de veiller à l’équité des appels d’offres, aux règles d’achats et aux délais de paiement. Au niveau industriel, Aigle agit sur l’éco-conception tant sur le cycle de vie, la production de déchets que sur le recyclage des produits. « L’allongement de la durée de vie de nos produits permet d’économiser de la matière et donc évite la création de déchets. Nos bottes sont faites pour durer, c’est aussi notre image de marque. Pour autant, nous veillons pendant sa fabrication à réduire encore son impact, puisque nous recyclons les déchets de production en interne », explique Irène Rabussier.

Benne de caoutchouc calandré

Une benne spécifique a été installée dans l’usine pour collecter les chutes de process. Aigle a travaillé en collaboration avec son fournisseur de semelles d’usure pour l’aider à réincorporer ses déchets de semelles dans son process de fabrication : les semelles écartées pour défaut d’aspect sont broyées en poudrette et ré-incorporées dans le mélange de base. Cela représente une économie de 6 t/an de caoutchouc naturel. Au final, la botte Aigle est composée de 39 % de matière recyclée, issue de déchets de production : mélanges caoutchouc, chutes de textile broyées… Par exemple, les semelles de confort sont constituées de matière textile recyclée mélangées à du caoutchouc, évitant ainsi l’achat de rouleaux de mousses.

La fin de vie de la botte est une autre histoire, souligne Aissata Kanté. Aigle travaille actuellement sur un projet de recyclage, en partenariat avec une entreprise allemande de la branche textile. Le bottier français espère d’ici quelques années, trouver un procédé de traitement et des débouchés pérennes. Une fois ces deux étapes assurées, l’entreprise pourra alors seulement organiser un dispositif de collecte auprès de ses clients. Et la boucle sera bouclée.

Crédit : Vincent Leroux

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