En 2014, le marché français du vélo à assistance électrique (VAE) générait 20 000 batteries lithium-ion usagées contre 200 000 en 2021. Autant dire que la start-up lyonnaise Doctibike, créée il y a huit ans, était en avance sur son temps. Son activité : réparer et reconditionner les batteries des VAE pour prolonger leur durée de vie. Cette année, son atelier de Villeurbanne devrait reconditionner autour de 40 000 batteries. L’entreprise vise de nouveaux marchés et souhaite d’ici trois ans couvrir plusieurs pays européens.
Avant même que les vélos et trottinettes électriques inondent le secteur de la mobilité douce avec 660 000 VAE sur le marché français en 2021 pour 200 000 batteries usagées générées, Doctibike avait déjà un coup d’avance : celui de la réparation et du reconditionnement. Dès le lancement de son activité en 2014, sa fondatrice Anne-Sophie Caistiker avait en tête de se lancer dans la réparation et le prolongement de la vie de ces batteries pour mobilité à assistance électrique : « nous savons qu’une batterie peut s’essouffler au bout de quatre ou cinq ans si son utilisateur ne prend pas de précaution particulière. Ce qui veut dire qu’une fois la batterie affaiblie, le vélo n’est plus utilisable alors qu’il est encore en très bon état ». Selon des études menées dans ce domaine, un cycliste garde le même vélo électrique pendant 13 ans en moyenne, alors que la durée de vie d’une batterie est de 5 ans environ. Les statistiques montrent dans ce cas de figure, qu’un tiers des usagers rachète un vélo, un second tiers laisse le vélo au garage et passe à un autre mode de mobilité, enfin un autre tiers cherche une solution en magasin ou sur internet pour réparer leur batterie. C’est là que Doctibike, entreprise créée en 2014 et basée à Villeurbanne près de Lyon, intervient. Ses clients sont composés de trois catégories : les magasins sportifs et de la mobilité, les flottes en ville et d’entreprises, le BtoC.
Tiers de confiance
La communication en magasin est primordiale pour inciter l’usager à faire réparer sa batterie et à bien l’entretenir. Si la mobilité douce à assistance électrique se développe à vitesse grand V, le fonctionnement de la batterie électrique reste encore largement méconnu, insiste Anne-Sophie Caistiker. Confrontée chaque jour à de multiples interrogations : Comment l’entretenir ? Quelles sont ses règles de chargement ? Ses précautions d’usage ? Quels peuvent être les problèmes éventuels ? l’équipe Doctibike donne quelques repères sur son site Internet et dans les magasins de distribution, grâce à des affichages et des fiches conseil. Depuis un an, Doctibike joue en outre un rôle de tiers de confiance : « de plus en plus d’utilisateurs particuliers de la e-mobilité nous demandent conseil avant de se lancer dans l’achat d’un VAE, trottinette et autre engin à moteur électrique pour connaître la durabilité des batteries » reconnaît la fondatrice.
Après le VAE et la trottinette, Doctibike s’attaque aux batteries de scooters électriques. Toutes les marques sont concernées. Centralisées dans l’atelier-usine de Villeurbanne en toute sécurité par un transporteur spécialisé, les batteries lithium-ion sont ensuite diagnostiquées en vue d’une simple réparation, comme une soudure ou le remplacement d’une pièce, ou de son reconditionnement. « Dans ce cas, il s’agit de remplacer plusieurs cellules de la batterie pour prolonger sa durée de vie. Cette démarche est non seulement vertueuse pour l’environnement mais aussi pour le porte-monnaie des usagers » insiste Anne-Sophie Caistiker. L’entreprise s’approvisionne en cellules et cartes électroniques principalement en Asie, mais compte beaucoup sur le développement des projets de gigafactory en Europe pour réduire ses importations chinoises.
50 % moins cher
Alors qu’un vélo à assistance électrique coûte en moyenne 2100 euros, une batterie neuve s’affiche entre 500 et 600 euros, alors qu’une simple réparation tourne autour de 100 euros et un reconditionnement entre 300 et 400 euros. Avec une garantie supplémentaire de deux ans, les batteries reboostées peuvent ainsi durer entre deux et quatre ans de plus. Si la batterie n’est pas réparable, en raison, par exemple, d’une carte électronique endommagée, plusieurs composants peuvent être récupérés comme futures pièces détachées de réemploi ; le reste étant dirigé vers les filières de recyclage classiques via l’éco-organisme Corepile ou Screlec.
« Aujourd’hui, nous sommes présents sur toute la chaîne des 3R grâce à notre expertise sur la réparation, au stockage de composants et au reconditionnement des batteries. Dès l’origine je savais avec mes collaborateurs, que nous nous engagions non seulement en faveur de la e-mobilité douce et durable, mais également dans une démarche vertueuse au sein même de l’entreprise ». Depuis sa première levée de fonds de 700 000 euros, Doctibike compte aujourd’hui 20 salariés dont huit personnes dédiées au traitement des batteries. En 2022, l’entreprise devrait reconditionner un total de 40 000 batteries. En plus de sa couverture nationale dont une franchise sur l’île de la Réunion, et plus de 2500 références sur sa boutique en ligne, l’entreprise vient d’ouvrir un bureau à Francfort, en Allemagne. En décembre 2021, Doctibike a rejoint Green Riders Group (entreprise de vente et de service autour de la mobilité électrique) pour accélérer sa croissance, en France et en Europe. D’ici trois ans, l’équipe lyonnaise espère couvrir d’autres pays de l’union européenne et se pencher sur de nouvelles catégories d’engins tels que les bateaux à moteur électrique.
Crédits : Doctibike
A lire aussi :
La gestion complexe des trottinettes électriques usagées
« L’Echo circulaire a cessé sa parution mais l’actualité de l’économie circulaire continue d’être suivie par "Déchets Infos". »