Greenrail pose des traverses en recyclé sur la voie ferrée

Une première usine sur les rails en 2019

Après le bois créosoté et le béton, les traverses de chemin de fer se mettent au recyclage. La start-up milanaise Greenrail a lancé en 2016 un projet innovant sur des traverses conçues à partir de plastique et caoutchouc recyclés. Ce projet s’inscrit dans le programme européen de recherche et d’innovation Horizon 2020. Conformes aux normes techniques internationales, ces traverses seront tout d’abord installées outre-atlantique avec le démarrage d’une première usine de fabrication en 2019.

L’entreprise italienne Greenrail va-t-elle bouleverser la voie ferrée ? Si le diable se cache dans les détails, alors on peut imaginer que la traverse de chemin de fer révolutionne ce mode de transport d’ici quelques années. En apparence, une simple bande épaisse en caoutchouc noir vient remplacer la traditionnelle traverse en bois ou en béton. Pourtant, celle-ci renferme plusieurs innovations, tant sur le plan environnemental que technologique. Pour mettre au point son nouveau produit, Giovanni Maria De Lisi, président fondateur de Greenrail et inventeur de cette traverse grâce à l’expérience acquise dans la maintenance du transport ferroviaire, a travaillé sur un mélange de granulés de polyoléfines issus de déchets urbains et de poudrette de caoutchouc. « Cette poudrette est issue de pneumatiques usagés, fournie par Ecopneus, la filière italienne de gestion et de traitement des pneus en fin de vie, explique Dawid Janik, directeur de la communication et du développement durable chez Greenrail. Ces deux matières mélangées ont donné naissance à un nouveau compound. Ce matériau innovant forme la coque extérieure pour protéger le coeur de la traverse constitué de béton ultra-résistant ».

Compound obtenu à partir de déchets de polyoléfines et de poudrette de pneus usagés

En moyenne selon Greenrail, chaque km de rail nécessite l’emploi de 35 tonnes de matières recyclées pour envelopper les traverses. Les avantages en termes de préservation des ressources et de recyclage des déchets ne sont pas le seuls. L’utilisation de cette matière, d’ores et déjà expérimentée sur plusieurs voies du Nord de l’Italie, augmente la durée de vie moyenne de la traverse, réduit sa maintenance et son coût par rapport à l’emploi de béton. Autre avantage, la coque en recyclé contribue à la diminution du bruit et des vibrations au passage des trains. Enfin une plus grande résistance a été constatée en présence d’écarts de température, susceptibles de créer des fissions. Adaptées à tous types de voies, les traverses écologiques de Greenrail font l’objet d’un dépôt de brevet dans plus de 70 pays.

Une première usine Greenrail en 2019

 

L’entreprise Greenrail est actuellement engagée dans la phase 2 du projet. L’un des points clé de ce chantier a été de fabriquer les premières traverses, en vue de les tester en laboratoire, de mener des études de certification et de monter un site pilote dans la région de Milan. Un champ test a été réalisé en novembre 2017. Le coût total du projet s’élève à 3,2 millions d’euros, financé à hauteur de 2,2 millions d’euros par le programme européen Horizon 2020. Le projet devrait s’achever à l’automne 2018. Pour mener à bien ce projet, Greenrail a bénéficié de la collaboration de plusieurs institutions et entités italiennes comme l’université polytechnique de Milan, la fondation pour le développement durable, l’université polytechnique de Turin, Ecopneus, IdeaPlast et CNR Pisa.

Greenrail veut conquérir le secteur ferroviaire à l’échelle mondiale

Dans le cadre de son business-model, l’entreprise prévoit l’installation d’une nouvelle unité de transformation dans chaque territoire où ce produit sera mis en oeuvre. Cette décision est liée notamment au fait que la traverse de chemin de fer intègre du béton renforcé et pèse près de 400 kg, trop lourd pour être transporté. « De cette manière, l’entreprise italienne s’efforce également de réemployer des déchets plastiques au niveau local, en les recyclant. La capacité de chaque unité de recyclage dépendra des besoins du client sur chaque territoire » souligne le président de Greenrail. Fin décembre 2017, l’entreprise a signé son premier accord de droit de licence avec une entreprise américaine, pour la fabrication et la commercialisation de ses traverses dans six Etats américains. D’ici à la fin de l’année, une première unité de production sera mise en chantier aux Etats-Unis pour un démarrage en 2019. Dans le même temps, Greenrail a entamé plusieurs discussions avec d’autres pays comme l’Arabie saoudite, le Kazahkstan, la Chine et l’Inde.

Un support high-tech

 

Greenrail ne s’arrête pas là dans l’innovation, puisque l’enveloppe extérieure de la traverse pourra également inclure de nouvelles technologies et fonctionnalités. L’entreprise travaille sur trois types de traverses : le Greenrail Solar qui intègrera des panneaux photovoltaïques pour fournir de l’électricité aux lignes ferroviaires et aux systèmes de communication ; le Greenrail Linkbox qui intègre panneaux solaires et autres systèmes connectés ; le Greenrail Piezo capable de récupérer l’énergie générée par le passage de train.
A l’origine de ces traverses futuristes, l’accord de coopération signé au printemps dernier entre la société espagnole Indra et la start-up italienne. Objectif : contribuer au développement de nouveaux dispositifs technologiques dans le secteur du transport ferroviaire. Les deux entreprises étudient actuellement la faisabilité économique et technique de développer ce type de traverses connectées et durables, en vue de collecter des données utiles pour les centres de contrôles de trafic des compagnies ferroviaires. Indra pourrait ainsi fournir toutes les technologies à intégrer dans les traverses. Indra est une entreprise spécialisée dans les technologies de l’information en Espagne et en Amérique latine. Parmi ses secteurs cibles, figurent le transport, la défense, la sécurité, l’énergie les télécommunications, la finance, les procédés électoraux, l’administration publique et la santé.

En 2017, Indra a réalisé trois milliards d’euros de revenus, avec une présence dans 46 pays et des opérations commerciales dans 140 Etats. En Italie, Indra a installé son nouveau centre de développement mondial. Il vient compléter le centre de production software de Naples qui interagit avec 23 centres en Europe, en Asie et en Amérique latine. Pour Giovanni Maria De Lisi, ce partenariat offre non seulement une nouvelle dimension high-tech aux traverses recyclées, mais également une aubaine commerciale énorme : celle de conquérir les lignes ferroviaires du monde, en passant par l’Espagne, la Colombie, l’Argentine, le Chili, les Etats-Unis, la Chine, ou encore le Royaume-Uni, l’Australie et le Maghreb.

Crédit : Greenrail

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