CSR : une production française de 2,5 millions de t/an d’ici 2025

Les cimentiers engloutiront la moitié

La France produit environ 400 000 t/an de CSR, pour une capacité autorisée de un million de tonnes. Les cimentiers en consomment actuellement 350 000 tonnes. Le reste est en partie exporté. L’État cherche à déployer des alternatives à l’enfouissement. D’ici à 2025, la production de CSR devrait ainsi grimper à 2,5 millions de tonnes. De son côté, l’industrie cimentière prévoit d’en engloutir un million de t/an. Des partenariats ont déjà vu le jour. Les autres tonnages seront répartis entre chaufferies industrielles et réseaux de chaleur. Des projets sont dans les tuyaux, mais le manque de compétitivité du CSR face au gaz reste un frein majeur au changement.

Un soutien réaffirmé des pouvoirs publics suffira-t-il à doper enfin la filière de production et de consommation de combustibles solides de récupération (CSR) en France ? Le 24 juin 2021, un avenant au contrat stratégique de filière Transformation et Valorisation des Déchets a été signé pour renforcer les actions au cours des trois prochaines années. Cette signature appuie le déploiement de plusieurs axes de travail autour de la valorisation des déchets, dont la filière CSR. Pour rappel, 14 projets ont d’ores et déjà été retenus, représentant un million de tonnes de déchets ainsi détournés du stockage.

A ce jour, en France, la capacité de production autorisée tourne autour de un million de tonnes. Mais la production réelle s’élève à 400 000 tonnes dont une consommation sur le territoire de 350 000 tonnes. Le reste est exporté principalement en Espagne, Europe du Nord et de l’Est. Dans l’Hexagone, les principaux utilisateurs sont les cimentiers. La politique de cette industrie vise le zéro combustible fossile, en utilisant un million de t/an de CSR d’ici à 2025. Cette belle progression attendue pour la filière française ne devrait pas résoudre à 100 % la mise en décharge pour autant, selon Jean-Pierre Luthringer, directeur du réseau Praxy et président de la branche Valordec de Federec. Les objectifs de la LTECV de 2015 imposent une diminution de moitié de l’enfouissement, soit l’équivalent de 11 millions de tonnes de déchets. Pour ce faire, plusieurs pistes possibles dont les CSR à hauteur de 2,5 millions de tonnes, selon les pouvoirs publics. La contribution de la filière cimentière est importante mais pas suffisante pour atteindre cet objectif. Les chaufferies industrielles sont plus que jamais sollicitées mais le critère économique bouche les perspectives de la filière. « Pour changer d’énergie, il faut investir et pour investir, il faut avoir confiance sur la durée, souligne Jean-Pierre Luthringer. Le CSR aujourd’hui en France manque de compétitivité par rapport au gaz naturel dont le prix est inférieur de 5 à 7 euros le MWh produit. Il faut absolument retrouver un point d’équilibre à 23 euros le MWh pour le gaz ».

Une longueur d’avance pour les cimentiers

 

Les cours du gaz, du charbon et plus globalement des énergies carbonées rendent difficile l’émergence des énergies renouvelables dont la biomasse. Au sein de l’industrie cimentière, le passage au CSR est plutôt une aubaine environnementale et économique. Parmi les cimentiers très engagés, le groupe Vicat vise une neutralité carbone d’ici à 2050. Implanté en régions Auvergne Rhône-Alpes et PACA, il a déjà posé quelques jalons. Deux partenariats majeurs ont vu le jour en l’espace d’un an pour garantir la quantité et la qualité de son approvisionnement en CSR. En avril 2020, Vicat s’est ainsi rapproché de Serfim Recyclage en Savoie pour reprendre l’activité de Sibuet Environnement. Créée en 2005, la première usine de production de CSR en France continuera de produire jusqu’à 45 000 tonnes de CSR par an, soit la plus importante production de l’hexagone.

Signature d’un partenariat entre Paprec et Vicat en PACA

Située à Chamoux-sur-Gelon en Savoie, cette usine de production poursuit désormais son activité sous le nom de Bioval et pérennise l’approvisionnement en CSR des cimenteries Vicat de Montalieu-Vercieu et Saint-Égrève (Isère). Un an plus tard, c’est avec le groupe Paprec en région PACA que le cimentier vient de créer une joint-venture à 50/50, Altèrenative CSR. Objectif : produire à partir de 2023, jusqu’à 50 000 tonnes de combustibles, issus de la préparation de refus de tri des usines de Paprec implantées dans la région. L’investissement, partagé entre Vicat et Paprec, s’élève à 15 millions d’euros. De son côté, Vicat va devoir également modifier et adapter ses procédés de combustion. Ce sont des investissements lourds dont les montants restent confidentiels. Dans un premier temps, les CSR alimenteront la cimenterie Vicat de la Grave de Peille (Alpes-Maritimes), puis les autres usines du groupe ou chaufferies industrielles locales. Prochaine étape pour Vicat, transformer ses deux cimenteries près de Nancy dans le Grand Est.

Paprec bien engagé dans la filière

 

Les temps d’investissements et de mise en œuvre sont longs, entre trois et quatre ans. Mais d’ici à 2024, nous pensons que la filière CSR sera déjà bien installée, estime Olivier Beau, directeur de Grands Projets chez Paprec. Depuis dix ans, le recycleur se tourne progressivement vers cette activité, pour trouver de nouveaux débouchés à ses refus de tri. A Toulouse, Paprec transforme déjà l’équivalent de 25 000 t/an de CSR issus de ses unités de traitement, tout comme sur son unité de Saint-Herblain près de Nantes. Par ailleurs, le Syndicat des Portes de Provence (SYPP) vient de choisir Paprec, via sa filiale Coved, pour réaliser et gérer son usine de valorisation de déchets ultimes (refus de tri de la collecte sélective, ordures ménagères, encombrants), soit 50 % des 110 000 t/an produits sur son territoire. Le SYPP va investir 41 millions d’euros dans cette usine. Syproval sera implanté à Montélimar et opérationnel à partir de 2023.

Ligne de CSR en construction à Saint-Herblain pour Paprec

Le groupe envisage pour ce syndicat de 172 communes et 210 000 habitants du Sud Drôme-Ardèche et du Nord Vaucluse, une usine totalement inédite de valorisation des déchets ultimes. Pour créer de la valeur avec des déchets jusqu’alors stockés en ISDND, « nos équipes ont imaginé une usine pour trier tout ce qui est recyclable (métaux, papiers, cartons plastiques). Une deuxième partie du site produira du CSR pour valoriser en énergie ce qui ne peut être recyclé. Enfin, le volume résiduel sera encore réduit grâce au bio-séchage de la fraction organique », dévoile Stéphane Leterrier, directeur général adjoint de Paprec en charge des collectivités. Les CSR seront destinés à alimenter les chaudières industrielles. Après décompte, Paprec devrait produire d’ici à trois ans, au moins 150 000 t/an de combustibles issus de déchets. Après le rachat de la CNIM et de l’énergéticien Dalkia Energy (ex-Tiru), Paprec veut se positionner à la fois comme producteur et consommateur de CSR. Dans cette optique, le recycleur souhaite produire à terme plusieurs catégories de CSR, variant selon le PCI et la granulométrie, de manière à satisfaire tous les besoins industriels. Paprec reste de fait très attentif aux projets qui émergent. Une trentaine à ce jour ont été identifiés. Le Grand Est serait également dans le viseur.

Maillage du territoire

 

D’autres recycleurs investissent dans la filière, boostés par la demande cimentière. Dans le Tarn-et-Garonne, Drimm, filiale de Séché Environnement, complète le dispositif de son centre de tri et valorisation de déchets non dangereux implanté à Montech, par l’implantation d’une nouvelle ligne de production de CSR. L’investissement de 4 millions d’euros pour le process et l’ensemble des équipements associés, est financé à hauteur de 300 000 euros par la région Occitanie et de 600 000 euros par l’Ademe. La mise en service est prévue pour le mois d’octobre 2021. Cette ligne de CSR, créée dans le prolongement du centre de tri haute performance (déchets d’activités économiques et déchets d’ameublement) de 25 000 tonnes par an, permettra de valoriser jusqu’à 90 % des refus de tri (mélange de bois, plastiques, emballages complexes et bois plaqués). De nouveaux moyens de tri mécanique et optique seront mis en place en entrée de la nouvelle ligne, en amont du système de granulation. Des outils d’analyse en continu de la qualité du CSR sont également prévus, avec des capteurs de potentiel énergétique, de taux d’humidité et de densité. Les produits finis seront commercialisés auprès de cimenteries d’Occitanie.

Le réseau Praxy, regroupant une centaine de plateformes de recyclage dans toute la France, contribue à la filière CSR à travers neuf PME régionales pour un total produit de 200 000 t/an (Carte CSR). Parmi elles, Baudelet Environnement a développé une ligne de production de CSR en 2013. Ses capacités sont évaluées à 15 000 tonnes annuelles mais à ce jour, l’entreprise n’en produit que la moitié. « Notre objectif est d’atteindre 100 % de capacité pour la fin 2021, grâce à la demande des cimentiers, souligne Arnaud Caron, direction Exploitation et Valorisation chez Baudelet. Cela booste également la qualité de notre production puisque les cimenteries exigent les plus hauts PCI. Il s’agit pour nous de pousser le niveau technique ». Sur le plan économique, le prix du CSR semble repartir à la hausse, dès lors que les débouchés pour les déchets sont difficiles à trouver. Baudelet Environnement comme les autres recycleurs gardent un œil très attentif à l’évolution du marché et surtout à la position de l’État français pour aider le CSR dans sa quête de compétitivité.

Le prix du gaz, facteur bloquant

 

Plusieurs incertitudes subsistent néanmoins. Malgré l’aide des pouvoirs publics et un mécanisme de garantie au montage des projets, les industriels manquent encore de visibilité, en termes de quotas CO2 et de compétitivité. Les consommateurs de CSR ne sont pas homogènes : « nous avons à faire à quatre types d’industriels : les cimentiers qui veulent réduire drastiquement leur consommation de combustibles fossiles ; les entreprises qui souhaitent passer du charbon au CSR ; celles qui veulent basculer du gaz au CSR sont les plus exposées au risque ; et celles dont la neutralité carbone passera d’abord par une meilleure efficacité énergétique des process », rappelle Olivier Beau.

Les CSR sont préparés à partir de déchets non dangereux secs et non recyclables : déchets d’ameublement, encombrants de déchèteries, DIB ou refus de tri.

La crainte est de voir émerger plusieurs projets soutenus par l’Ademe à hauteur de 45 % des investissements, qui ne peuvent tenir dans le temps : « aujourd’hui, nous avons besoin d’envoyer un signal fort aux industriels pour leur donner envie d’investir. Les sites consommant du CSR, autres que les cimentiers, se comptent sur les doigts de la main. Après la fermeture du site papetier UPM de Chapelle Darblay il y a tout juste un an, ne subsistent que le papetier Blue Paper à Strasbourg, l’usine de traitement de Séché Environnement à Changé et le groupe Bonnefoy à Besançon » mentionne le président de Valordec. Toutefois, un partenariat de taille entre Veolia et le groupe Solvay sur son site de Dombasle, près de Nancy est à l’étude. Annoncé début 2020, le projet prévoit d’ici l’an prochain, de remplacer le charbon par l’emploi de plus 300 000 t/an de CSR. Coût de l’investissement : 180 millions d’euros. En mai dernier, le groupe Solvay a annoncé que ce projet de transition énergétique intitulé « Dombasle Énergie », produira de la vapeur et de l’électricité nécessaires aux opérations de l’usine, en substitution du charbon. Grâce à la collaboration des services de l’État et du Plan de Relance, les travaux préliminaires sur le site devraient commencer en septembre 2021.

 L’export, un exutoire secondaire

Veolia a chargé début mars 2021 son premier navire de CSR au départ de Rouen, à destination de la Suède. Soit 2 400 tonnes de CSR, issu de la fraction non recyclable de déchets d’ameublement et transformé en broyats. Au total, huit navires prévus sur l’année 2021, soit un potentiel énergétique équivalent à la consommation annuelle de 19 000 habitants français. Le CSR est préparé par Veolia à Oissel, près de Rouen. Aujourd’hui, faute d’exutoire régional, après la fermeture du site papetier de Chapelle Darblay, l’exportation du CSR permet de répondre à l’objectif « zéro enfouissement et zéro déchets à 2040 » de la région Normandie. Ce territoire réfléchit en parallèle, au développement de nouvelles chaufferies acceptant ce combustible issu de déchets.

Crédits : Paprec, Vicat, Haropa, Dominique Grandemange

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