En 2017, le Pôle de compétitivité Team2 a créé le club des équipementiers français du recyclage (CEFR). L’objectif : mettre en lumière les technologies et le savoir-faire français appliqués au traitement des déchets. Aujourd’hui, une quinzaine d’équipementiers français ont rejoint le club dont six labellisés. Après les impacts de la crise sanitaire, les tensions sur l’approvisionnement en matières pèsent également sur les constructeurs. En phase avec les objectifs du Comité stratégique de filière, Team2 souhaite promouvoir davantage la digitalisation des procédés de recyclage.
Quatre ans après sa création, le club des équipementiers du recyclage rassemble près de la moitié des constructeurs français, spécialistes de tri optique, de broyage de métaux, d’assemblage, de séparation, d’engins de chantier, etc. Les compétences existent en France, mais elles ne sont pas assez mises en avant, déplore Christian Traisnel, ex-directeur du Pôle Team2 – depuis fin avril 2021, remplacé par Carole Magniez. Pourtant, nous avons sur le territoire, des technologies de pointe dont certaines sont largement exportées dans le monde entier ». L’ambition du club est de faire rayonner ces équipements dans leur propre pays de fabrication. Depuis sa labellisation en 2010, le Pôle Team2 travaille dans ce sens, au service de l’innovation pour le recyclage. D’où la mise en œuvre du Club des équipementiers pour booster les projets technologiques, faciliter l’accès à certains financements, et déployer leur implantation sur le territoire, grâce à la création d’un label. En 2020, il a été décerné à cinq premières entreprises : Arras Maxei, Fives FCB, MTB Recycling, Pellenc ST et au Groupe Vauché. Une sixième est en cours de procédure.
Une crise lourde à digérer
Pour obtenir ce label, les candidats doivent constituer un dossier de candidature démontrant que la conception des équipements est réalisée à 90 % en France. Après une année 2020 difficile pour les constructeurs qui ont dû réduire leur activité à l’export, en raison des restrictions sanitaires dans le monde, la production reprend peu à peu. Si les spécialistes du traitement des déchets médicaux ont enregistré une forte croissance, les recycleurs de métaux issus de l’automobile enregistrent un fort déclin de commandes. En début d’année, des incertitudes persistaient encore sur les investissements des clients et les conséquences de la crise sanitaire sur l’activité de l’industrie française. Ce qui n’empêche pas au niveau du club de voir l’arrivée de nouvelles entreprises et de développer des actions de promotion de la filière française. « Notre ambition est d’agrandir le club et dans cette optique, nous nous intéressons de près aux équipements capables de traiter toutes sortes de flux, grâce à des procédés mécaniques et digitaux. Les équipementiers du recyclage évoluent de plus en plus vers de la robotisation, et de l’intelligence artificielle que nous nous devons d’accompagner » explique Carole Magniez.
Face à cette évolution des technologies qui favorisent la séparation des matières, la caractérisation, et la traçabilité, pour les collectivités comme pour les industriels, des opportunités sont à saisir. En termes de productivité, de performance technologique ou d’innovation digitale, les équipementiers français n’ont rien à envier à leurs confrères européens. Membre de la première heure, Pellenc ST a parcouru beaucoup de chemin depuis son lancement en 2001. En France, le fabricant d’installations de tri optique a vendu 600 machines à ce jour, et représente 65 % du marché. Il est également très bien référencé en Europe et mène le secteur au Japon. Avec un chiffre d’affaires de 50 millions d’euros prévus en 2021, il vise le double d’ici 2025. Habituée des centres de tri pour les emballages ménagers, la marque Pellenc est désormais plébiscitée aussi bien par les collectivités et que les industriels recourant à ses services pour tester de nouveaux produits. Afin d’accompagner ces acteurs sous pression réglementaire et des nouvelles normes environnementales, Pellenc ST a décidé de créer cette année 2021 un pôle d’éco-conception sur son site de Pertuis dans le Vaucluse.
Un centre dédié à l’éco-conception
Ce service a pour mission de répondre aux besoins spécifiques des producteurs d’emballages. L’équipe les accompagne dans l’élaboration des protocoles de tests mais partage également son expertise métier en fournissant des diagnostics et des préconisations d’améliorations. Le centre de tests Pellenc ST permet de valider la triabilité des emballages dans les conditions réelles d’un centre de tri. Cette activité permet au fabricant de matériel de tri, de rester au contact des évolutions du marché et d’anticiper l’apparition de nouveaux matériaux. C’est le cas des emballages foncés dépourvus de noir de carbone sur lesquels Pellenc s’est investi très tôt. Les campagnes d’essais ont permis de proposer des améliorations au Cotrep (Centre de ressources et d’expertise sur la recyclabilité des emballages ménagers en plastique), qui les a intégrés dans son protocole d’homologation des emballages noirs. Enfin, Pellenc ST a noué des partenariats avec des centres techniques et des laboratoires de recherche, spécialisés dans chacune des grandes filières de matériaux.
Cela aide à réaliser des essais de recyclabilité et à fournir aux industriels de l’emballage, un diagnostic global sur la fin de vie de leurs produits. « Dans ce contexte, l’évolutivité des machines est incontournable. Face aux multiples pression législative actuelles autour des matières plastiques, les équipements doivent pouvoir s’adapter en permanence et intégrer de nouveaux paramètres de tri. C’est une garantie pour la collectivité qui ne peut pas investir tous les deux ans dans une nouvelle machine pour son centre de tri » souligne Marc Minassian, directeur commercial. En créant sa Mistral + en 2016, Pellenc ST a donné naissance à une machine de tri optique évolutive par excellence. Au fil des années, cet équipement s’est enrichi d’un système nerveux central regroupant de l’IA, de l’IoT, du watermarking, pour donner lieu à la Mistral+ Connect d’ici à la fin 2021. Embarquant de la détection de haute capacité et de l’intelligence artificielle dans le ventre de sa Mistral+, Pellenc ST proposera en 2022 une efficacité de tri accrue pour différencier le papier du carton (à plus de 85%), mais aussi le PET barquette de la bouteille sans oublier le tri des matériaux noirs, impossible à réaliser sous infra-rouge à ce jour.
Valoriser les matières organiques
Avec cette même volonté d’améliorer le traitement des déchets, en conformité avec la législation, Green Creative a été soutenu par le club des équipementiers pour déployer son déconditionneur de sacs à biodéchets, la Flexidry haute performance. L’entreprise francilienne, basée à Sucy-en-Brie, emploie aujourd’hui 20 personnes. Développée en 2010 cette machine est aujourd’hui installée en France, en Suisse et en Pologne. Les marchés porteurs sont les collectivités, l’industrie agro-alimentaire, la restauration, la distribution. Alors que la collecte séparée des flux biodéchets est rendue obligatoire au 1er janvier 2024 en France, la machine Flexidry prépare le terrain et surtout les collectivités à bien gérer ces nouveaux gisements, pour favoriser le compostage ou la méthanisation de cette matière, avec une tolérance maximale sur masse sèche, de 5 g/kg de plastique.
« L’objectif est de proposer un système garantissant la qualité et la performance. Dès lors que le transport des biodéchets n’a pas de sens environnemental et économique au-delà d’un rayon de 30 km, la collectivité a un rôle important à jouer dans les boucles courtes de traitement » insiste Blandine Callier, assistante de direction. Le débit de l’installation proposée varie en fonction des volumes à traiter : entre 3 et 5 t/h pour les biodéchets des ménages ; entre 4 et 8 t/h pour les flux des GMS ; entre 6 et 10 t/h pour les mono-produits provenant de l’agro-alimentaire. Le principe de la Flexidry : perforer le sac entrant, le compresser, le cribler et le brosser pour séparer au maximum l’emballage plastique de la matière organique. Résultat : une soupe de grande qualité avec seulement 0,114 % d’impureté, la production de 25 à 35 % de matière sèche, un fort pouvoir méthanogène et une machine toujours en évolution pour réduire sa consommation électrique, optimiser la maintenance grâce à une plateforme intégrée.
Dans un autre registre, Ecodas a également choisi de rallier le club des équipementiers pour mettre en lumière ses nouveaux projets. Spécialiste depuis 1993 du traitement de déchets hospitaliers (Dasri), de l’agro-alimentaire, des secteurs portuaires et aéroportuaires, Ecodas est aussi à l’origine d’un système de prétraitement des déchets carnés issus des abattoirs ou des centres d’équarrissage. Son savoir-faire : des machines autoclave de stérilisation de plusieurs tailles, avec broyage intégré. Ecodas est présent dans une centaine de pays. L’entreprise s’appuie aujourd’hui sur la diversification des marchés dans la valorisation énergétique des déchets pour lancer son projet Vecca. L’idée : associer le traitement par autoclave des déchets carnés au développement de biomasse. Une fois broyées et stérilisés à haute température (133°C), les carcasses animales sont transformées en poudre sèche et les liquides sont séparés en vue d’une utilisation en méthanisation. Pour ce faire, Ecodas a mis au point le système ERIbox qui permet de mélanger matière animale à hauteur de 10 à 20 % à de la biomasse végétale. Le flux obtenu devient par la suite un compost très riche en phosphate, azote, potassium et calcium destiné à l’épandage.
MTB au service de la e-mobilité
Fleuron industriel dans la construction de matériel et recycleur depuis 40 ans, MTB Recycling s’est illustré dans le broyage des câbles électriques, puis la séparation des métaux non ferreux. Avec 100 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2019 dont 80 % à l’export et employant 200 personnes, MTB produit une ligne de recyclage par mois et a vendu à ce jour 3000 machines dans le monde. Pour David Ravet, directeur développement, l’heure est à la diversification et à l’innovation alors que l’entreprise iséroise investit chaque année 8 % de son chiffre d’affaires dans la R&D. Spécialisée dans la séparation et le broyage de métaux et de plastiques, MTB a choisi de se concentrer sur des segments d’avenir comme le recyclage des pâles d’éoliennes, des aimants permanents, des panneaux photovoltaïques et des batteries de véhicules électriques. Ce marché est en pleine croissance en Europe et face aux problèmes de ressources – une batterie de véhicule électrique nécessite quatre fois plus de cuivre qu’une batterie classique -, la gestion des batteries en fin de vie est inévitable. C’est pourquoi, fort de son expérience, l’ETI se lance aujourd’hui dans le broyage des métaux issus de batteries pour extraire l’électrolyte, le graphite, le cuivre, l’aluminium, la black mass et les métaux précieux. Des tests sont en cours pour valider le concept. Pour aller plus loin, MTB Recycling envisage une présence sur toute la chaîne de valeur, au plus près des lignes de production des batteries afin de recycler les rebuts de process.
Dans un contexte d’innovations technologiques croissantes dans le secteur du recyclage, le Club des équipementiers représente un atout important : plus de visibilité sur le marché, un label de qualité faisant référence à l’échelle internationale. En interne, les constructeurs peuvent également échanger les bonnes pratiques commerciales pour aborder certains marchés, accéder à des programmes collectifs d’information sur l’IA, organiser des projets collaboratifs pour répondre à des AMI (appel à manifestation d’intérêt). Enfin, le Pôle Team2 compte bien mettre le Club des équipementiers à l’honneur sur le salon Pollutec de Lyon en octobre prochain. Et de la même façon, lui offrir une présence au sein de la délégation de la région des Hauts-de-France, sur le salon Pollutec Maroc qui doit se tenir à Casablanca en novembre 2021.
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