Dans le cadre de la réhabilitation de la ZAC Ivry-Confluences (94), un projet d’usine un peu particulier est en cours. L’EPT Grand Orly Seine Bièvre, pleinement investi dans la réindustrialisation de son territoire, soutient l’orientation environnementale et sociétale de l’Usine des R. Celle-ci inclut d’ores et déjà deux entreprises engagées dans le réemploi et l’upcycling, Maximum et Bilum. D’autres activités liées à la promotion de l’économie circulaire, la restauration et la culture complèteront cette métamorphose.
Coincée entre le réseau ferroviaire et la confluence de la Seine et de la Marne, la ZAC Ivry-Confluences s’étend sur près de 145 hectares. Aux portes de Paris, elle représente désormais un pôle stratégique de développement métropolitain. Confié à Sadev 94 en 2011 pour une livraison en 2026, son aménagement répond à une volonté d’équilibre économique, social et environnemental. En janvier 2023, un appel à manifestation d’intérêt (AMI) a été lancé par la mairie d’Ivry-sur-Seine et l’aménageur SADEV 94, avec le soutien de l’EPT Grand Orly Seine Bièvre (GOSB). Objectif : sélectionner des porteurs de projets pour l’achat des halles SAGEP, un ensemble de locaux industriels d’architecture du 19e siècle, d’une surface totale de 4500 m². La réhabilitation de ces bâtiments doit permettre d’accueillir de nouvelles entreprises, issues de filières créatives, engagées dans l’économie circulaire et l’écologie industrielle et territoriale.

C’est ainsi que le groupement d’entreprises porté par Maximum, fabricant de mobiliers professionnels upcyclés, Gypsy Woman, gestionnaire de tiers lieux associatifs et Le Perchoir, spécialiste de la restauration, a remporté cet AMI avec le projet Usine des R, en juin 2023. Coût de l’investissement total : 12 millions d’euros. L’EPT GOSB les a accompagnés dans la recherche de subventions pour l’acquisition du site. Une demande de subvention d’un montant de 5,8M€ à été déposé début avril 2024 auprès du dispositif Fonds Vert – Recyclage Foncier. La demande de subvention est en cours d’instruction et l’annonce des lauréats est attendu d’ici fin juin 2024. Le groupement espère obtenir au final une subvention d’un montant de 4,5 M€. En parallèle, une mise en relation avec des co-investisseurs privés est en cours ainsi qu’une réflexion sur les futurs recrutements ; 70 emplois sont prévus sur le site. Des partenariats avec des acteurs locaux de l’économie circulaire et de la filière textiles sont également en discussion.
L’Usine des R vise à devenir un centre industriel et culturel au milieu de la ville. Ce lieu rassemble tous les publics et se décline en plusieurs espaces d’activités : une usine circulaire de 1800 m² produisant des panneaux rigides à partir de déchets textiles, de l’artisanat basé sur le réemploi de bâches et toiles textiles pour de la maroquinerie, un hub circulaire qui bénéficiera à de jeunes pousses, un centre d’art et de culture de 700 m², une guinguette estivale sur les berges de la Seine, un restaurant ouvrier et un parc végétalisé. Les événements et les spectacles seront éco-conçus et décorés grâce à des partenariats avec la ressourcerie du spectacle, la réserve des arts, ainsi que les nombreux stocks de décors présents à Ivry-sur-Seine.
Déchets textiles upcyclés

Moteur du projet, l’entreprise Maximum recycle et réemploie des déchets et matériaux industriels non utilisés depuis 2015 : chutes de production, pré-séries, ratés, pièces de calage, marges d’erreur, purges, déclassements, excédents. En France, l’industrie rejette un tiers de sa production sous la forme de rebus, soit 65 000 tonnes de matière estimée chaque jour, souligne Armand Bernoud, co-fondateur de Maximum. Composites en fibres de carbone, vêtements usagés, résidus de poudre de peinture, autant de possibilités pour fabriquer des tables, des chaises, des étagères, des panneaux d’intérieur pour le monde de l’entreprise. Même les billets de banque inutilisables y contribuent. La Banque de France broie en moyenne cinquante tonnes de monnaie papier par an, qui finissent en général en fumée. Or, les matières qui composent ces billets (fibre de coton et vernis) offrent toutes les qualités de résistance nécessaires pour la fabrication de chaises, une fois fondues et thermo-compressées. Depuis sa création, ce sont au total près de 120 tonnes de matières ainsi détournées de la benne qui ont pu être recyclées en milliers de pièces de mobilier.

Pour aborder l’Usine des R, Maximum envisage de déployer une activité de recyclage, baptisée Tissium, du nom d’un nouveau matériau d’aménagement intérieur à partir de vêtements usagés et de déchets de poudre de peinture epoxy. Ce produit est utilisé par l’ensemble de l’industrie pour peindre l’acier. Le gisement de résidus disponible en France est estimé à 27 000 tonnes par an. Alternative aux panneaux de particules, le Tissium se décline en différentes épaisseurs et est doté d’une rigidité supérieure à celle du médium (bois aggloméré). Après un tri par couleur, la matière est effilochée et compressée. Maximum n’est plus seulement créateur de mobilier ; il fournit la matière première pour concevoir des plafonds, des cloisons, et pour imaginer de nouveaux agencements intérieurs. « Nous réalisons actuellement une levée de fonds sur le groupe de 4,5 M€ : un million d’euros pour Maximum et 3,5 M€ pour Tissium. Nous avons déjà validé 2 M€ de subventions (Région IDF, Refashion, Ademe, BPI) et 1,2 M€ d’investissements privés. Nous cherchons encore des investisseurs pour 1,3 M€ » détaille Armand Bernoud. La ligne Tissium ne sera opérationnelle qu’après cette levée de fonds, qui vise à acheter les machines nécessaires à sa production à l’échelle industrielle. L’usine de panneaux textiles pourra fabriquer 4200 m³ de Tissium par an et valoriser ainsi 3000 tonnes de textiles usagés.
Créer un écosystème autour de l’usine

« Avec ce projet, nous souhaitons remettre l’usine au cœur de la ville et réconcilier l’activité industrielle avec les citoyens » insiste le co-fondateur de Maximum. Concrètement, cela se traduit par une organisation de la production qui permettra au public de découvrir les procédés de recyclage et de production. La scénographie et l’éclairage de l’usine favoriserontune lecture instantanée du fonctionnement du site, laissant le visiteur découvrir la transformation directe de déchets textiles en panneaux colorés. La seconde activité de l’Usine des R, menée par la société Bilum, artisan du réemploi dans le textile et la maroquinerie emménagera en même temps que Tissium. Lancée en 2005 à Choisy-le-Roy, Bilum redonne vie à des gilets de sauvetage, des bâches publicitaires, des airbags, des toiles de montgolfière, etc. Maximum et Bilum collaborent déjà sur la confection de certains produits. En rendant visible la quantité de déchets disponibles à travers des procédés industriels circulaires, le projet d’Usine des R porte un message d’espoir indispensable pour amorcer la transition.
Crédit : Maximum, Sadev94
A lire aussi :
La CCI 94 embarque les entreprises dans l’économie circulaire
ZAC Ivry Confluences : projet de quartier décarboné et circulaire
« L’Echo circulaire a cessé sa parution mais l’actualité de l’économie circulaire continue d’être suivie par "Déchets Infos". »