Sur les chantiers de rénovation, les menuiseries en aluminium déposées sont convoitées pour du recyclage en boucle fermée. En France, le gisement est estimé à environ 500 000 t/an. Depuis quelques années, les profilés en aluminium recyclé changent la donne. Le fabricant Wicona veut sécuriser ses matières premières issues de déchets, et met tout en œuvre pour collecter le métal post-consommation sur les chantiers.
La dépendance aux métaux stratégiques et aux importations conduit les industries européennes à repenser leur stratégie d’approvisionnement. Face à une demande en matières premières et en métaux qui ne devrait pas faiblir, les efforts de recyclage ne suffiront pas, mais doivent permettre une plus grande captation des déchets dans des conditions optimales. Le groupe norvégien Hydro, producteur d’aluminium, s’engage cette voie. Présent sur toute la chaîne de valeur, de l’extraction à la production de billettes, il consacre une place croissante au recyclage et cherche dans le même temps à limiter l’extraction de bauxite – une tonne d’aluminium recyclée équivaut à six tonnes de bauxite. Dès 2002, Hydro avait théorisé la boucle vertueuse du profilé en aluminium. Aujourd’hui, plusieurs programmes d’investissements se concrétisent pour développer des sites de recyclage et de production d’alliages bas carbone, comme le Circal75R. Ce matériau composé à 75 % d’aluminium post-consommation est disponible depuis 2018. Sa production tourne aujourd’hui autour de 90 000 tonnes par an.
« 75 % de l’aluminium produit depuis plus d’un siècle est toujours en circulation »
L’industriel ne devrait pas en rester là puisque des expérimentations concluantes ont été menées sur un Circal 100 % recyclé, au bilan carbone proche de zéro (en moyenne 0,5 kg de CO2). Pour l’heure, il est uniquement installé sur le chantier du « Innovationsbogen Augsburg », l’immeuble de bureaux high-tech conçu par Hadi Teherani situé au nord-ouest de Munich, en Allemagne (Bavière). Avant de basculer vers le 100 % recyclé, Wicona compte procéder par étape et commercialiser d’ici 2030 un alliage intégrant 85 % d’aluminium post-consommation. Pour rendre sa démarche pérenne et durable, Hydro doit cependant garantir son approvisionnement en déchets post-consommation en quantité et en qualité optimale. C’est à ce titre que sa filiale Wicona, fabricant de menuiseries et façades en aluminium, joue un rôle déterminant.
500 000 tonnes disponibles en France
En contact direct avec les donneurs d’ordre, la maîtrise d’ouvrage et les installateurs, Wicona France estime le gisement disponible à 500 000 tonnes de menuiseries aluminium. Cette mine urbaine concerne principalement des fenêtres et façades construites et posées entre les années 1960 et le début des années 2000. En France, 56 % des bâtiments tertiaires (commerces, bureaux, santé, enseignement, infrastructures collectives destinées aux sports, aux loisirs, aux transports, aux cafés, hôtels et restaurants…) ont été construits avant 1980, c’est-à-dire à une époque où l’aluminium a véritablement commencé son essor dans le secteur de la construction. La durée de vie de ces produits est d’environ 30 ans. Jusqu’à présent, les gisements de déchets métalliques issus de menuiseries déposés sur les chantiers sont mis en benne, avec d’autres produits en aluminium et récupérés par les opérateurs de tri qui revendent cette matière aux fonderies. Désormais, pour alimenter les usines de production de Circal, Wicona va contribuer à la logistique et à la captation du gisement au plus près des chantiers. Les tensions sur le marché de l’aluminium liées à la demande pourraient faire craindre une convoitise forte sur ces flux de déchets.
« Pour Wicona, la priorité est de sécuriser l’approvisionnement en rachetant des déchets de chantier à des prix raisonnables, plutôt que de les voir finir mélangés en fonderie pour fabriquer d’autres produits de moindre valeur », explique Alexandre Bistes, Directeur Strategic Unit Wicona France. En captant les menuiseries usagées à la source, cela permet à l’industriel de maîtriser la qualité de l’aluminium requis pour le bâtiment (alliage 6060 T66) et de proposer à ses partenaires clients, maîtres d’ouvrage et maîtres d’oeuvre, un cycle vertueux allant du chantier au chantier. Ce programme baptisé Windows-to-Windows a été lancé en 2023 sur plusieurs chantiers de rénovation, dont trois en France (Gironde, Ile-de-France et Lot-et-Garonne). Wicona France se fixe comme objectif de récupérer plus de 8 000 fenêtres aluminium issues de chantiers de rénovation en 2025, soit environ 96 tonnes de matière. Si le marché de la récupération apparaît opaque et éclaté, et qu’il n’y a pas de chantier de rénovation identique, c’est aussi un marché porteur. L’association européenne de l’aluminium estime à plus d’un milliard d’euros la valeur des déchets d’aluminium récupérés sur des bâtiments européens, recyclés ou pas, pour d’autres filières industrielles.
Prévoir le coup d’après

Depuis près de 10 ans, l’industriel Wicona repense sa stratégie, en intégrant la durabilité à chaque étape : depuis la phase de conception, de production, de distribution, jusqu’à la phase de fin de vie des produits et leur recyclage. « Nous répondons également à des besoins de plus en plus exprimés chez les professionnels du bâtiment, qui préfèrent nous revendre les déchets de fenêtres directement, plutôt que passer par des entreprises de curage et des récupérateurs professionnels. Nous créons une sorte de contrat de confiance qui nous oblige » indique Alexandre Bistes. Sur des projets de rénovation, cela signifie assurer un circuit complet : dépose et récupération des anciennes menuiseries aluminium, envoi dans les usines de recyclage du groupe Hydro et fourniture de nouveaux produits à base d’aluminium recyclé bas carbone. Sur le terrain, cela implique un déploiement rapide d’un réseau de collecte. En parallèle, l’entreprise veut combler le déficit de données en identifiant systématiquement la présence de menuiseries en aluminium sur chaque chantier. Cette nouvelle activité est encouragée par l’adhésion élargie des professionnels que sont les cureurs, les menuisiers, les promoteurs et les bailleurs.
Concrètement, comment ça se passe ? Wicona prescrit la récupération de l’aluminium auprès de la maîtrise d’ouvrage pour qu’elle puisse dès l’appel d’offre intégrer une approche circulaire du chantier, de la fenêtre à la fenêtre. Il peut s’agir de menuiseries de la marque ou pas. Plusieurs approches sont ensuite proposées. La maîtrise d’ouvrage prévoit dès l’appel d’offre une prestation classique de démontage et d’évacuation des déchets par un professionnel du curage intégrant la revente de l’aluminium à un industriel comme Wicona. Ou bien, le lot curage est un lot de prestation de démontage seul. Dans ce cas, la maîtrise d’oeuvre et/ou maîtrise d’ouvrage demeurant propriétaire de la ressource (aluminium et verre) devient l’interlocuteur direct de Wicona lors du rachat du gisement. Une façon pour le donneur d’ordre de diminuer ses coûts de démontage tout en garantissant la circularité et traçabilité de la ressource.
Ginger cohérent avec ses valeurs
Pour son futur siège régional, près de Toulouse (Haute-Garonne), le bureau d’études en environnement Ginger a voulu être cohérent avec ses valeurs, en optant pour le réemploi de matériaux issus de la déconstruction. Il fait partie des chantiers expérimentaux de l’AAP Life Waste2Build. L’opération de rénovation thermique a porté sur des immeubles de bureaux datant des années 2000 (2400 m2 surface plancher). Les anciennes menuiseries en aluminium ont été déposées, triées, séparées du vitrage, stockées dans une benne pour être acheminées dans l’usine de recyclage Hydro d’Azuqueca en Espagne. Plus d’une centaine de nouvelles menuiseries composées de Circal75R ont ensuite été installées. Wicona s’est chargé d’organiser la logistique de la récupération de l’aluminium, en s’associant à plusieurs acteurs du bâtiment en charge de la dépose, du stockage et de l’installation.
Une fois réceptionnés, les fenêtres, joints et vitrages sont démontés et séparés selon un protocole défini. Selon la configuration du chantier, la possibilité de stocker ou pas sur place, les contraintes de timing du chantier, les profilés peuvent être découpés sur place, regroupés en fagots dans un espace près du chantier ou confiés à des ESAT ou entreprises de réinsertion. La récupération de l’aluminium s’effectue par camion spécialement affrété lorsqu’un stockage minimum de 5 tonnes est atteint. Avant de finir en billettes dans l’une des deux usines de production à Clervaux (Luxembourg) et Azuqueca au nord de Madrid (Espagne), direction Dormagen en Allemagne, sur le site de tri et déchiquetage. Les éléments sont broyés, séparés de tout matériau indésirable (résidus ferreux, cuivre, manganèse, etc.) grâce à un passage au rayon X avant d’être déchiquetés en « chips d’aluminium ». Dans un second temps, l’objectif sera de récupérer l’aluminium directement chez les clients installateurs. Cela suppose de collecter à la fois déchets post et pré-consommation (coupes de pose), sans les mélanger. Cette étape est en cours de mise en place avec des clients pilotes en Belgique et en Italie.
Eco-concevoir pour mieux recycler et réparer

La commercialisation d’aluminium certifié bas carbone est une première avancée, mais d’autres composants, comme les barrettes isolantes, les joints, les quincailleries entrent dans la fabrication d’une façade ou d’une menuiserie. Pour réduire de moitié ses émissions de CO2 d’ici 2025, Wicona travaille sur l’éco-conception de nouveaux produits avec ses partenaires industriels. Objectif : obtenir des produits recyclables à 95%. Depuis 2015, le fabricant utilise des barrettes à rupture de ponts thermiques en polyamide recyclé post-consommation. Les joints sont également recyclés et recyclables. Dans sa démarche d’éco-conception, l’entreprise cherche aussi à simplifier la démontabilité et la séparation des composants pour faciliter leur remplacement. Par exemple, le joint central et la poignée sont juste clipsés, pour éviter les colles et adhésifs en silicone et butyl, coûteux et non recyclables. L’ensemble de ces opérations en amont et en aval s’inscrit dans une stratégie plus globale où Wicona et Hydro anticipent déjà la dépose de leurs profilés éco-conçus et leur recyclage en interne. Rendez-vous dans quarante ans.
Crédit : Wicona
A lire aussi :
Hydro déploie son alliage d’aluminium recyclé et bas carbone
« L’Echo circulaire a cessé sa parution mais l’actualité de l’économie circulaire continue d’être suivie par "Déchets Infos". »
Pour son futur siège régional, près de Toulouse (Haute-Garonne), le bureau d’études en environnement Ginger a voulu être cohérent avec ses valeurs, en optant pour le réemploi de matériaux issus de la déconstruction. Il fait partie des chantiers expérimentaux de l’AAP Life Waste2Build. L’opération de rénovation thermique a porté sur des immeubles de bureaux datant des années 2000 (2400 m2 surface plancher). Les anciennes menuiseries en aluminium ont été déposées, triées, séparées du vitrage, stockées dans une benne pour être acheminées dans l’usine de recyclage Hydro d’Azuqueca en Espagne. Plus d’une centaine de nouvelles menuiseries composées de Circal75R ont ensuite été installées. Wicona s’est chargé d’organiser la logistique de la récupération de l’aluminium, en s’associant à plusieurs acteurs du bâtiment en charge de la dépose, du stockage et de l’installation.