La plasturgie européenne, dynamique au moins jusqu’en 2019

Les déchets plastiques continuent de finir dans le trou

Les futures interdictions réglementaires sur les produits plastiques à usage unique ne devraient pas mettre la plasturgie en danger immédiat. Selon les derniers chiffres de l’organisation européenne PlasticsEurope, publiés en décembre 2018, le secteur emploie plus d’un million de personnes en Europe dans 60 000 entreprises, et affiche 350 milliards d’euros de chiffre d’affaires. Il n’en demeure pas moins que la bonne santé de cette industrie dépendra de plus en plus des conditions de valorisation de ses produits en fin de vie. Si le recyclage affiche une moyenne de 31 %, il reste insuffisant comparé à l’enfouissement toujours présent.

L’Europe des 28 Etats membres (+ la Suisse et la Norvège) ne représente que 18,5 % de la production mondiale des plastiques. Celle-ci s’élève en 2017, à 348 millions de tonnes. L’emballage, la construction et l’automobile font partie du peloton de tête en matière de consommation de résines (PP, film PE, Pehd, PVC, polyuréthane ou encore PET). Ces marchés sont souvent engagés à l’échelle européenne dans une démarche environnementale pour mieux gérer leurs déchets. Des directives ont fixé des objectifs ambitieux sur les déchets, dont les emballages plastiques usagés. En parallèle, la législation devient plus contraignante sur l’utilisation de produits en plastique à usage unique, en Europe et un peu partout dans le monde. La pollution des océans par les déchets plastiques semble avoir marqué les esprits. Toutefois, certains flux de plastiques en fin de vie semblent plus facilement collectés et recyclés que d’autres, souvent pour des raisons techniques et économiques. Cette hétérogénéité reste le point faible de l’industrie la plasturgie. A ce jour, selon PlasticsEurope, encore plus de 27 % des produits plastiques collectés finissent en enfouissement, tandis que la valorisation énergétique domine à 41,6 % contre 31,1 % pour le recyclage. Les chiffres montrent cependant une progression significative des performances de traitement en l’espace de dix ans. Alors que les volumes collectés sont passés de 24 à 27 millions de tonnes – soit une hausse de 11 %, les modes de valorisation ont fortement évolué. La mise en décharge a chuté de 43 %, tandis que la valorisation énergétique a augmenté de 61 % et le recyclage de 79 %.

32 % des plastiques enfouis en France

 

Comme cela a été démontré depuis plusieurs années, la restriction de la mise en décharge pour les matériaux recyclables booste le recyclage. En témoigne en 2016, les taux enregistrés en Allemagne, aux Pays-Bas, en Suède ou en Norvège qui affichent entre 30 et 40 % de recyclage. En France, la réduction de 50 % des déchets mis en décharge a été entérinée. En attendant, les déchets plastiques continuent de finir dans des trous pour plus de 32 % d’entre eux en 2017, tandis que leur recyclage franchit péniblement le cap des 20 %.

L’étude de PlasticsEurope souligne par ailleurs que la valorisation énergétique ne semble pas devenir un frein pour le recyclage, puisque dans les pays où cette pratique existe, le recyclage enregistre les plus fortes performances comparées à la moyenne européenne. Cela concerne principalement les pays qui ont évincé l’enfouissement comme exutoire pour leurs déchets recyclables. Dans le monde industriel, l’emballage a enregistré entre 2006 et 2016, 75 % de croissance dans le recyclage. Cette évolution concerne à la fois les emballages ménagers, industriels et commerciaux. L’enfouissement a quant à lui été réduit de 53 % pour ces produits.

Les pays encerclés en jaune ont mis en oeuvre une politique volontariste pour réduire l’enfouissement des déchets recyclables. (PlasticsEurope 2016)

Dans quelques pays, le recyclage des déchets plastiques est le fruit de mesures politiques fortes. En Allemagne, la collecte est passée de 3,5 à 5 millions de tonnes, pour un taux de recyclage de 76 % et une réduction de 77 % de mise en décharge. Le Royaume-Uni a réduit l’enfouissement de 57 % entre 2006 et 2016, entraînant un doublement de son recyclage et une valorisation énergétique multipliée par six. En Italie, la réduction de mise en décharge s’engage plus lentement, sachant qu’aucune législation ne l’interdit à ce jour. En France, le stockage des déchets plastiques est en baisse de 24 % mais les flux recyclés (780 000 tonnes en 2016) demeurent inférieurs aux gisements de plastiques enfouis (1,1 million de tonnes). En dix ans, le recyclage a toutefois augmenté de 57 % alors que la valorisation énergétique des déchets plastiques a crû de 28 %.

En 2018, l’industrie de la plasturgie constate un tassement de la production mais devrait regagner du terrain en 2019, selon l’organisation européenne des plastiques. Sous l’influence des futures réglementations sur les déchets et l’économie circulaire, en cours de transposition en Europe, la valorisation des déchets plastiques pourrait enfin connaître un développement. Surtout dans les pays où les dispositifs nationaux n’ont pas permis jusqu’à présent de créer le grand écart. C’est notamment le cas de la France qui s’est trop longtemps laissé distancer.

Les chiffres : Plastics 2018

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