La REP Textiles redonne du poids au réemploi

Un bonus réparation en septembre 2023

Pour la Journée mondiale du recyclage du 18 mars 2023, la fédération des entreprises du recyclage, Federec, a choisi de mettre en lumière la filière Textiles, en pleine mutation et plus que jamais tournée vers le réemploi. L’occasion pour le président de branche Federec Textiles, Pierre Duponchel, et Maud Hardy, directrice générale de Refashion de rétablir quelques vérités sur la collecte et de tri, et d’échanger sur les attentes du secteur.

L’industrie textile fait partie des activités les plus polluantes dans le monde et sur-consommatrice de matières premières. La fabrication de textiles (vêtements et chaussures) dépasse largement la demande, poussée par les calendriers saisonniers et la frénésie de la mode. Cela contribue immanquablement à la production de millions de tonnes de déchets, souvent difficiles à gérer. La France n’échappe pas à ce mouvement. A l’autre bout de la chaîne, la filière de gestion des déchets essaie depuis des décennies, de limiter les dégâts en incitant au réemploi et en développant de nouvelles pistes de recyclage. Mais cela n’est plus suffisant. L’éco-organisme Refashion, en charge de la REP TLC, repart pour six ans d’agrément avec plusieurs nouveautés législatives.

L’exportation des textiles d’occasion est indispensable

François Excoffier, président de Federec inaugure la Journée Mondiale du Recyclage le 17 mars 2023

Pour rappel, la filière française a collecté 240 000 tonnes de TLC (Textiles, Linges et Chaussures) en 2021 grâce aux quelque 44 800 points d’apport sur le territoire, alors que 715 000 tonnes de produits ont été mises en marché. Sur ce gisement collecté, 200 000 tonnes ont été triées en vue de leur valorisation. La réutilisation est toujours en première ligne avec plus de 100 000 tonnes, suivie par le recyclage (effilochage, broyage, défibrage ou coupe) à hauteur de 32 %. La production de CSR représente près de 9 % du gisement. De toutes les filières de gestion de déchets, la filière TLC est bien la seule à donner la priorité au réemploi. Et pourtant, les opérateurs de Federec Textiles continuent de batailler pour maintenir leur activité à flots. Pour le fondateur de l’entreprise Le Relais et président de Federec Textiles, Pierre Duponchel, il est regrettable que des reportages TV créent la confusion et cassent l’image de la filière en pointant l’exportation de déchets textiles en Afrique qui finissent dans les décharges : « ce qui est montré du doigt porte sur des produits bas de gamme non valorisables. Ce n’est pas notre métier, ni notre intérêt d’envoyer des textiles pour qu’ils finissent en décharge. Notre activité consiste à trier des vêtements d’occasion et de qualité que nous exportons ensuite, car il y a de la demande et des emplois en jeu sur place. Nous avons besoin de ce marché pour développer ce commerce du réemploi, à condition de pouvoir récupérer des vêtements de qualité ». C’est bien là que le bât blesse. La fabrication de vêtements et chaussures bon marché crée de la surconsommation. En même temps, elle contribue à affaiblir la qualité des produits et la rentabilité des opérateurs comme Le Relais ou le réseau Emmaüs qui vivent du don et de la revente de textiles de seconde main.

Procédure de labellisation en cours

 

« Cela devient de plus en plus difficile de travailler avec l’industrie de la fast-fashion ; mais nous espérons être entendus par la nouvelle équipe de la filière REP portée par Refashion. Nous avons eu l’occasion de nous concerter en amont sur le nouvel agrément 2023-2028 et c’est déjà bon signe » souligne Pierre Duponchel. A la direction de l’éco-organisme, Maud Hardy rappelle quelques enjeux du nouvel agrément. A commencer par la mise en œuvre d’une éco-modulation pour inciter les metteurs en marchés, distributeurs et fabricants à commercialiser des produits éco-conçus et plus durables. Cela implique l’instauration de primes et de pénalités. « Il nous faudra faire preuve de pédagogie à l’égard des marques, mais également à l’égard des consommateurs pour intégrer en parallèle, une plus grande sobriété dans les achats et les usages », précise Maud Hardy.

Autre enjeu innovant au coeur de la REP TLC, les fonds réparation et réemploi devraient sur la période 2023-2028 représenter environ 135 millions d’euros, financés par les metteurs en marché. Refashion travaille actuellement avec l’ensemble des acteurs de la réparation sur la mise en œuvre d’un label. « A l’instar du Bonus réparation pour les équipements électriques et électroniques, nous allons proposer une procédure de labellisation à tous les réparateurs cordonniers et retoucheries dans quelques semaines » affirme Maud Hardy. La tarification est en cours d’étude et le bonus devrait être lancé en septembre 2023.

Détourner les TLC des OMR

 

Table ronde autour d’Emmaüs, Refashion, la Fédération de la Mode Circulaire et Federec Textiles

Le réemploi passe par deux canaux principaux : les structures de l’ESS et le secteur de la distribution. Ce dernier tente depuis quelques années de capter les textiles de meilleure qualité, en permettant la revente sur des plateformes de e-commerce ; la plus connue étant Vinted. Pour le réseau Emmaüs, ce détournement de la « crème » nuit au réemploi solidaire basé sur le don et l’emploi de personnes en insertion professionnelle. Emmaüs a décidé en mars, de lancer une campagne médiatique pour sensibiliser les consommateurs et les rediriger vers le don de textiles de qualité. Mais à l’heure de la baisse du pouvoir d’achat, ces canaux de revente sont tentants. Emmaüs et Refashion travaillent également sur de nouvelles incitations pour détourner les textiles des OMR, encore trop souvent présents dans la poubelle grise et donc, irrécupérables pour du réemploi ou du recyclage.

Pour renforcer le recyclage des matières non réemployables, la filière TLC mise sur la R&D et en particulier sur une connaissance plus fine de la composition des matières. C’est là que la coopération entre opérateurs de Federec Textiles et Refashion se joue. En plus d’une main d’oeuvre indispensable pour collecter et séparer les grandes familles de textiles, le tri industriel et automatisé est encouragé pour séparer efficacement et rapidement, les matières par fibres, par couleurs et par textures. Selon Pierre Duponchel, au moins quatre centres de sur-tri devront être ainsi construits afin de répondre à ces enjeux.

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