La pose de dalles textiles et PVC dans le tertiaire couvre chaque année en France, environ six millions de m². Cela génère 400 000 m² de chutes de découpe. Spécialiste de l’installation et de fourniture de revêtements de sols pour les bureaux franciliens, Delaval lutte à sa façon contre ce gâchis. La PME a lancé Loop by Delaval pour réemployer les chutes. Cette activité évite la mise en benne de matériaux neufs et favorise la création de solutions décoratives pour les espaces de travail.
Depuis plus de cinquante ans, la PME Delaval située à Courbevoie, fournit et installe du revêtement de sol pour le secteur tertiaire. Parmi ses clients, des ETI et des grands comptes, dont les bureaux administratifs se trouvent dans les hautes tours de la Défense, proches du siège de Delaval. Cette entreprise de quarante salariés pose des dalles PVC ou textile mais peut être sollicitée pour gérer tous les corps de métiers, dans le cadre d’un chantier global de rénovation. Son périmètre d’activité : l’Ile-de-France essentiellement. Chaque année, cela représente pour Delaval, l’installation d’environ 400 000 m² de revêtements de sol et la production de 30 000 m² de chutes de pose, soit plusieurs dizaines de tonnes. Ces chutes de dalles finissent souvent à la benne, pour être valorisées en énergie grâce au procédé industriel d’Optimum mais aussi en enfouissement technique. A l’échelle nationale, la pose de dalles dans le secteur tertiaire a représenté six millions de m² en 2021, soit une production de 400 000 m² de chutes de pose, selon les estimations de la filière. Le recyclage fait l’objet depuis plusieurs années de programmes d’investissements chez les fabricants. Mais en raison du coût et des problèmes de qualité rencontrés, cette piste reste très immature.
3000 m2 de chutes référencées

« Pourtant, la préservation des ressources devient un sujet récurrent dans la politique RSE des entreprises clientes, assure Boris Voeltzel, DG de Delaval. C’est pourquoi nous avons décidé de lancer en septembre 2022, une activité de réemploi de chutes de dalles en circuit court. Cela permet sur un chantier de réduire à zéro, la quantité de déchets de sol et de réinjecter à 85 % les chutes de pose dans de nouveaux produits. Ce que nous ne pouvons pas réutiliser part en valorisation énergétique ». Baptisée Loop by Delaval, l’opération consiste à récupérer toutes les chutes et à les découper en lames standard, par massicotage. « Au démarrage, nous avons utilisé une machine manuelle qui a vite rencontré ses limites. Nous avons donc investi dans un massicot électrique. Le recalibrage des chutes en lames de 10 cm de large et leur stockage sont réalisés dans notre atelier à Colombes ». Actuellement, Loop by Delaval dispose de 3000 m² de chutes référencées et stockées. Pour mener à bien cette activité, l’entreprise a recruté deux personnes en CDI formées à ce métier et issues d’un contrat en insertion. Loop propose désormais des créations uniques et sur-mesure en collaboration avec ses clients. « Nous envisageons ensemble, avec les entreprises et les architectes d’intérieur, des habillages décoratifs pour des espaces de détente, des salles de réunion, ou des délimitations de bureaux. Les matières et les coloris sont mélangés selon le rendu voulu. Nous finalisons par ailleurs la mise en œuvre d’une application logicielle qui va beaucoup nous aider à concevoir nos produits au niveau des motifs, des couleurs, et des textures. Comme pour les dalles, les lames sont amovibles, puisque poissées », précise le directeur général de Delaval.
Vers une filière de collecte
Plus qu’une simple opération de sauvetage et d’anti-gaspillage, le réemploi des chutes de pose pourrait amener Delaval à initier la première filière de collecte en France. Des discussions sont en cours avec les fédérations professionnelles des installateurs de revêtements et les éco-organismes de la filière PMCB. « Nous espérons que cette expérience engage tout un secteur dans le réemploi et que les chantiers se structurent davantage autour de cette pratique, indique Boris Voeltzel. Nous essayons autant que possible de prêcher la bonne parole auprès des entreprises et des maîtres d’œuvre. De son côté, le poseur peut également valoriser ses chutes et réduire son volume de déchets. Pour rappel, le produit moquette fait partie des éléments du bâtiment les moins vertueux sur le plan environnemental, de sa conception à sa fin de vie ».

La PME affiche déjà à son tableau quelques gros clients séduits par le réemploi. Parmi eux, le ministère de l’Economie qui pour promouvoir un Bercy plus vert, a validé plusieurs chantiers de rénovation, intégrant ces matériaux issus du réemploi. Cette administration compte un total de 500 000 m² de surface de locaux administratif, ce qui représente chaque année, 30 000 m² de rénovation. Pour Delaval, le calcul est simple : cela correspond à environ 2800 m² de chutes de poste, soit 11 tonnes de déchets. En récupérant cette matière, Delaval permet d’éviter les émissions de 14 tonnes équivalent de CO2. Pas de surcoût sur la collecte par rapport à la mise en benne et pour le consommateur final, le réemploi de lames de dalles revient moins cher qu’un produit décoratif classique. « Nous voulons par ce réemploi, promouvoir quatre actions, insiste Boris Voeltzel : la réduction des déchets ; la préservation des ressources ; la diminution de l’empreinte carbone des consommateurs ; l’insertion professionnelle ».
Engagement solidaire
Delaval souhaite d’ici la fin de l’année, convaincre plus d’acteurs sur les bénéfices de cette nouvelle offre. Pour développer le réemploi, l’entreprise envisage la création d’une structure indépendante de la maison mère. « Cela va nous garantir une plus grande autonomie et éviter les éventuelles critiques, puisque nous pourrons intervenir sur la collecte des chutes de pose, indépendamment de l’activité historique de Delaval ». Pour aborder cette seconde étape, l’entreprise espère obtenir le soutien financier de la région Ile-de-France dans le cadre d’appels à subventions ; de quoi lever des fonds pour investir dans des locaux et du matériel. A cette démarche d’économie circulaire, Delaval veut y associer une dimension solidaire et sociale avec le recrutement d’autres salariés issus de l’insertion professionnelle.
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