La réparation pour allonger la durée de vie des produits s’invite dans tous les secteurs. Les appareils informatiques et électro-ménagers sont en tête. Poussés par la réglementation, fabricants et distributeurs déploient plusieurs actions pour rendre la réparation systématique. Si la majorité des consommateurs envisage d’y recourir, trop peu encore sont passés à l’acte. La nécessité de créer une activité plus visible pour l’usager, et plus rentable pour le réparateur, s’impose. Pour franchir ce cap, la Compagnie du SAV, la filière REP DEEE et l’Etat misent sur la formation des jeunes et la labellisation.
Malgré la mise en œuvre du premier indice de réparabilité sur neuf catégories de produits électriques et électroniques d’ici à fin 2022, l’engouement des citoyens pour les Repair-Café et l’existence de milliers de structures en France engagées dans la réparation, le métier de la réparation est sous tension. La filière de la réparation dans l’électro-ménager a été propulsée par la loi AGEC depuis deux ans, mais manque cruellement de techniciens pour faire face à la demande actuelle et à venir. L’ensemble des acteurs de la filière REP DEEE, par le biais d’Ecologic et ecosystem, s’est engagé à déployer la réparation comme moyen incontournable de prolonger la durée de vie des produits. Les mesures législatives sont venues aider dans ce sens avec l’instauration d’un indice de réparabilité sur plusieurs appareils depuis un an, l’arrivée en 2024 d’un indice de la durabilité et le lancement l’automne prochain d’un fonds réparation financé par les metteurs en marché. Toutes ces incitations à réparer sont des bonnes nouvelles pour l’environnement, mais créent une transition compliquée pour les réparateurs.
« Deux millions de réparations supplémentaires jusqu’en 2027 »
En France, chaque année, on estime à environ 7,5 millions le nombre d’interventions réalisées sur des appareils, dont 6,5 millions hors garantie. La mise en place dans quelques mois, du fonds réparation voulue par la loi AGEC, a pour objectif d’ inciter les consommateurs à réparer en leur accordant une réduction sur leur facture. Le budget total consacré au fonds réparation entre 2022 et 2027 a été évalué à 410 millions d’euros, souligne René-Louis Perrier, directeur général d’Ecologic. Un véritable démarrage est prévu en 2023 sur quelques produits couramment utilisés. Les taux de réduction par catégorie de produits ne sont pas encore arrêtés mais selon Nathalie Yserd, directrice générale d’ecosystem depuis un an, ils pourraient tourner autour de 20 à 30 %, se traduisant par une ristourne d’environ 25 euros sur la réparation d’un lave-linge ou de 20 euros sur un micro-ondes. De quoi générer d’après les deux éco-organismes, une augmentation de deux millions d’interventions supplémentaires jusqu’en 2027, au terme de leur agrément actuel. Le développement de cette activité implique une organisation efficace et viable du réseau des réparateurs sur le territoire. Et surtout plus de professionnels pour répondre à la demande : « aujourd’hui, il existe environ 20 000 entreprises dont 70 % sont des TPE d’artisans de un à deux salariés, plutôt âgés et pour beaucoup, sans agrément ou labellisation spécifique, indique Nathalie Yserd. La croissance de la demande à moyen terme va nécessiter la création de 4500 réparateurs supplémentaires et surtout un cadre professionnel structurant pour garantir sécurité et qualité ».
Unique en France
Qui dit labellisation, dit qualité des produits réparés. Plusieurs dispositifs sont sortis depuis quelques mois, pour rassurer le consommateur sur les compétences du professionnel de la réparation et du reconditionnement. Il y a un an, la fédération RCube regroupant les professionnels du réemploi et du reconditionnement, a inauguré le premier label européen RecQ, en partenariat avec l’organisme d’audit Dekra Certification. Ce référentiel qualité a démarré en 2021 sur diverses catégories de produits : ordinateurs, téléphones, pneus VL, vélos, électroménager, articles de bricolage, jouets. Dans la filière DEEE, côté réparation, on se veut aussi irréprochable. En début d’année, ecosystem a lancé le label QualiRépar. Il s’adresse aux réparateurs (artisans, industriels ou SAV des fabricants et distributeurs) mais aussi aux consommateurs pour leur donner un point de repère fiable et incitatif.
« Pour que cette labellisation ait du sens, il faut en face, du savoir-faire et de la formation permanente aux techniques de la réparation, surtout avec l’évolution des appareils connectés et de plus en plus sophistiqués », indique Laurent Falconieri, directeur général de la Compagnie du SAV. Depuis dix ans, cette filiale du groupe Electrolux répare à domicile des appareils électroménagers pour le compte des distributeurs et des fabricants. A son actif, plus de trois millions d’interventions partout en France assurées par ses 150 techniciens spécialisés. Aujourd’hui, cette entreprise veut donner un coup d’accélérateur à la réparation, en engageant une démarche volontariste sur la formation inclusive et faire de cette activité, un métier d’avenir attractif. L’ entreprise dispense déjà 500 heures de formation par an à ses collaborateurs et à partir de l’automne prochain, lancera avec la Faculté des Métiers de l’Essonne, principal CFA du sud-francilien à Evry, le premier cursus en France pour former en un an, des techniciens de la réparation en électro-ménager.
« Cette formation s’adresse à tous les publics hommes et femmes, les jeunes en priorité, mais aussi les personnes en situation de handicap, et celles qui souhaitent une reconversion professionnelle dans un domaine eco-responsable », insiste Laurent Flaconieri. Un premier cycle de pré-qualification de trois mois sera dispensé avant de passer à une seconde étape de qualification en contrat de professionnalisation pour acquérir le savoir-faire sur des postes de travail réels. A partir de septembre 2022, ce nouveau cursus s’apprête à accueillir 15 stagiaires. Pour le directeur de la Compagnie du SAV, ce n’est que le début : « l’apprentissage du reconditionnement du gros électro-ménager est également à l’étude. Et si ces formations rencontrent le succès escompté, nous souhaitons évidemment les déployer à terme sur l’ensemble du territoire ». En parallèle, une session de formations devrait voir le jour à l’automne au sein de Trampoline, une nouvelle école de la réparation d’électro-ménager, en partenariat avec l’Afpa (agence nationale pour la formation professionnelle des adultes). Le projet est soutenu par la structure Eclosion qui promeut les start-up à impact.
Rentabilité, nerf de la guerre
La réparation d’un lave-linge permet d’économiser 2,1 tonnes de matières premières. Alors que des tensions sur l’approvisionnement en matières premières se profilent, cette pratique tombe à pic. Selon l’Ademe, la réparation permet également de réaliser des économies financières de l’ordre de 27 milliards d’euros sur une année, soit six millions de tonnes de CO2 évitées. L’intérêt pour le consommateur est indéniable. Pour le réparateur aussi, à condition de rendre les délais et les prix de réparation acceptables. « La rentabilité est un enjeu primordial, souligne Laurent Flaconieri, nous devons être vigilants sur la visibilité des réparateurs, et rendre le métier attractif pour les jeunes. Beaucoup de professionnels lâchent l’affaire, parce qu’ils n’arrivent pas à vivre de leur métier. A nous, en qualité de réparateur et de formateur, de donner une meilleure visibilité aux futurs techniciens, et de rester vigilants sur les prix et la disponibilité des pièces détachées, alors que des tensions sont d’ores et déjà perceptibles. Enfin, il est de la responsabilité de l’ensemble des parties prenantes, tels que les éco-organismes, les fabricants, les distributeurs et les pouvoirs publics de travailler collectivement pour aboutir à une filière de réparation rentable, vertueuse et pérenne ».
Bon à savoir :
L’Ademe prépare une réactualisation du panorama de la réparation, qui sera dévoilé en fin d’année 2022.
A lire aussi :
La filière DEEE planche sur le fonds Réparation
La réparation, bien plus qu’un acte militant
« L’Echo circulaire a cessé sa parution mais l’actualité de l’économie circulaire continue d’être suivie par "Déchets Infos". »