La restauration livrée se convertit doucement au réemploi

Six mois après la charte, un bilan circulaire en demi-teinte

La livraison de repas progresse de 20 % par an, et la crise sanitaire n’a fait que renforcer cette tendance. Depuis février 2021, le ministère de l’Ecologie a convoqué au total, une trentaine d’acteurs de la restauration livrée pour signer une charte de dix engagements, inspirés de la loi AGEC. Objectifs : réduire l’impact environnemental des emballages, supprimer les plastiques à usage unique et promouvoir le réemploi. Six mois après signature, le bilan est en demi-teinte.

La restauration livrée se plie à la consigne

Les objectifs circulaires sont ambitieux mais seront-ils réalisables à temps et à quel prix ? La charte du ministère de l’Ecologie signée en février 2021 par 19 acteurs de la restauration livrée puis en juillet dernier par 15 autres professionnels reflète un bilan à mi-parcours, en demi-teinte. A travers une dizaine d’engagements, les professionnels du secteur (plateformes d’intermédiation, restaurants virtuels, fabricants d’emballages ou contenants, fournisseurs de solutions de réemploi) doivent répondre à quatre objectifs : 50 % des emballages livrés sans plastique à usage unique d’ici le 1er janvier 2022 puis 70 % au 1er janvier 2023 ; fin de la livraison systématique de couverts et de sauces dès le 1er mars 2021 ; lancement de 12 expérimentations de réemploi des contenants pour plats, via des dispositifs de consigne ; 100 % d’emballages recyclables au 1er janvier 2022.

L’ensemble de ces démarches s’inspirent directement des orientations de la loi anti-gaspillage pour une économie circulaire, avec comme mesure phare, la sortie du plastique à usage unique, et l’interdiction de plusieurs objets. Les gobelets, les verres et les assiettes en plastique à usage unique sont censés être interdits depuis le 1er janvier 2020 ; tandis que les couvercles à verre, les couverts et les récipients en polystyrène (type boîtes à sandwich) doivent l’être depuis le 1er janvier 2021. Un comité de suivi de la charte rassemblant les signataires et les parties prenantes telles que des ONG ou des syndicats de la restauration s’est réuni tous les deux mois depuis le début de l’année pour suivre l’évolution de l’activité, accompagner les démarches et structurer les travaux à mener pour remplir les objectifs. Des groupes de travail ont ainsi été organisés autour de la recyclabilité, le réemploi, la consigne et l’information au consommateur.

Réemploi et consigne à l’essai

 

Sollicitée par le ministère de l’Ecologie, l’Ademe a réalisé une synthèse des avancées de chaque acteur et des pratiques existantes. Principaux enseignements : certains engagements se concrétisent déjà, comme la suppression des couverts et des sauces pour la plupart des plateformes ou encore la fin de l’utilisation des sacs en plastique à usage unique pour les restaurants virtuels. En revanche, d’autres actions sur le réemploi ou l’emballage réutilisable restent inégales, en cours ou à venir, selon la provenance du signataire. L’information au consommateur paraît néanmoins enclenchée. Un bilan mitigé à mi-parcours qui reflète bien la complexité du problème.

La suppression des sacs plastiques devient une réalité, mais à aucun moment, le bilan n’évoque parmi les solutions de substitution envisagées, les avantages et les inconvénients économiques, pratiques ou environnementaux. On sait néanmoins que quelques expérimentations ont déjà vu le jour, en attendant d’être validées sur le long terme. C’est le cas d’Uber Eats qui a délivré les repas des deux restaurants Bioburger de Paris dans des emballages consignés à quatre euros : une boîte en verre et couvercle bois, et une bouteille en verre pour la boisson. De la même manière, Deliveroo a lancé en juin 2021 un essai d’un an avec la start-up Barepack, qui permet à une soixantaine de restaurants parisiens de proposer leurs plats dans des contenants consignés Monbento. En souscrivant à un abonnement de 2 euros par mois, le consommateur peut conserver les contenants reçus jusqu’à une limite de cinq et doit rapporter les contenants dans n’importe quel restaurant partenaire. De son côté, Saveurs et Vie a testé sur quatre communes franciliennes la mise en oeuvre d’une boucle complète avec des contenants consignés via leur système de consigne digitale, exclusivement en verre réutilisable.

Pas de bilan environnemental

 

L’État français a choisi de supprimer le plastique à usage unique, tel un objectif irréversible. Mais par quoi sera-t-il remplacé ? Certains jouent le jeu en préférant d’emblée développer des contenants réutilisables et consignés. Mais rien n’indique que ces changements de pratiques sont plus vertueux. D’autres ont choisi des matériaux alternatifs comme le biosourcé, le textile ou le papier-carton. Là aussi en terme de bilan carbone, les bénéfices ne sont pas si tranchés. Le papier, dont la résistance n’est pas aussi élevée que celle du plastique, peut en pâtir. Sans parler de la protection aux aliments transportés, qui nécessite encore aujourd’hui des matériaux barrières de type polymère. Enfin, sur le coût, il serait intéressant de savoir quels sont les impacts économiques de ces changements pour l’entreprise mais aussi pour le consommateur. L’affichage environnemental et la sensibilisation au tri s’avèrent être les engagements les plus suivis par les professionnels. Conscients que ces nouveaux modèles de distribution ne peuvent réussir sans l’acceptabilité du consommateur et son implication, plusieurs acteurs ont renforcé l’information sur le geste de tri des emballages à domicile et en entreprise, et sur les bienfaits du réemploi.

Tri des déchets : la restauration peut mieux faire

 

Tous les professionnels sont tenus par voie réglementaire de trier les déchets qui relèvent des « 5 flux » : le carton, le papier, le plastique, le métal et le verre. A ceux-ci s’ajoutent les biodéchets, pour tous les établissements qui en produisent plus de 10 tonnes par an. Mais ce seuil disparaitra en 2025 et tout le monde sera logé à la même enseigne. Basé sur les données de plus de 500 établissements, un premier baromètre annuel sur les performances de tri en hôtellerie et restauration vient d’être publié par Take a waste. Cette start-up de l’ESS, créée fin 2018, a pour vocation de réduire la dissipation des ressources des entreprises et offrir plus de transparence dans la gestion de leurs déchets. Spécialisée dans quatre secteurs (distribution, hôtellerie, restauration, santé), elle accompagne ses clients, de l’élaboration d’un diagnostic déchets au zéro déchet.

Dans cette étude, on observe que les obligations ne sont pas toujours respectées par les entreprises, assez peu sanctionnées jusqu’à présent. Ainsi, dans la restauration, 51,8% des établissements de restauration rapide trient le carton, 46% les emballages et seulement 11,2% les biodéchets. Les restaurants d’hôtel ont des résultats un peu meilleurs sur le tri du carton (90,9%) et des biodéchets (54,5%), même s’ils ne sont que 40,9% à trier les emballages. Même si tous les établissements ne trient pas ces trois types de déchets de manière optimale, les résultats sont prometteurs. En complément de ces données, le baromètre de Take a waste indique que les performances sont d’autant plus intéressantes que les coûts liés aux déchets résiduels vont continuer de croître. Et de préciser que plusieursprofessionnels du secteur cherchent aujourd’hui à se mettre en conformité réglementaire mais ne sont pas encore prêts à aller au-delà, par crainte de coûts supplémentaires ou d’une réorganisation interne trop contraignante.

Crédit : BusinessCase Daily

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