Le marché du calcin ouvre la porte au verre plat

Renforcer la qualité, credo de toute l’industrie verrière

Avec une collecte du verre d’emballages à 75 % en 2016, la France affiche un taux légèrement supérieur à la moyenne européenne. Depuis 2015, la croissance est de 2 % par an. Au-delà de cette progression, la filière tout entière se fixe plusieurs objectifs sur la qualité de la collecte et du tri. Pour les producteurs de calcin (résidus de verre broyé), c’est la garantie de fournir à l’industrie du verre d’emballage, une matière première exemplaire. La toute jeune filière de recyclage du verre plat met la barre encore plus haut. Un enjeu de taille pour les parties prenantes.

En France, la collecte du verre d’emballages a représenté 2,31 millions de tonnes en 2016, soit une augmentation de 2,4 % par rapport à 2015. Avec un taux de 75 %, juste au-dessus de la moyenne européenne (74 %), la collecte française devrait encore gagner quelques points en 2017 et 2018. Même si on est loin des scores allemands ou belges, cette progression est satisfaisante. Ce taux est calculé en réalité à partir du gisement français mis sur le marché, explique Matthieu Szostak, président de Federec Verre. Sachant que la France est grand exportateur de vins et spiritueux, une partie de ce verre d’emballages échappe donc à la collecte.

Nous suivons avec intérêt des initiatives locales de consigne qui sont menées en France, mais nous ne pensons pas qu’il s’agit d’un moyen d’augmenter les taux de collecte ou de recyclage. Si une bouteille de Bourgogne était consignée en Bretagne, elle devrait être transportée dans sa région d’origine, ce qui d’un point de vue écologique et économique, n’a pas de sens ».

Les chiffres s’annoncent très convenables pour la filière et montrent une véritable implication des éco-organismes, Citeo et Adelphe, dans l’augmentation de la collecte du verre d’emballage. Selon le président de Federec Verre, l’année 2017 a permis de déployer des dispositifs qui ont amélioré la qualité et la quantité du verre d’emballage. Plusieurs actions de communication ont été menées, en particulier vis-à-vis des bornes d’apport volontaire. Dans certaines villes comme Lyon ou Strasbourg, le parc de points de collecte a été renforcé et surtout soumis à un travail d’esthétique et d’intégration dans le paysage pour séduire et attirer les usagers. « Pour la première fois l’an dernier, nous avons constaté une augmentation significative des flux collectés dans le sud de la France et la Corse, où jusque-là, les performances n’étaient pas toujours au rendez-vous, indique Matthieu Szostak. Dans la même veine, 2018 devrait se transformer en bon millésime pour le marché français du calcin ».

Chargement du calcin

De son côté, l’industrie verrière, rassemblant recycleurs et fabricants, ne lésine pas sur les moyens pour rendre la matière irréprochable. Chez les adhérents de Federec Verre, l’investissement est permanent. « Chaque année, c’est souvent une ou deux machines de tri optique qu’il faut renouveler. C’est comme un smartphone, qui fonctionne mais qui perd au fil du temps de la puissance, compare son président. Nous sommes contraints d’utiliser des machines toujours au top pour sortir une matière de qualité. Un équipement de tri optique peut facilement coûter 300 000 euros. Ce n’est pas rien, mais cela nous permet de fournir des milliers de tonnes de calcin en toute confiance à nos clients verriers ».

Autre sujet concernant les équipements des sites de traitement : la mise en place généralisée des portiques de densité. L’objectif est de mesurer le volume et le poids du chargement d’un camion entrant sur site pour en contrôler la qualité. Autrement dit, pour savoir s’il n’y a pas trop de casse de bouteilles, susceptible de dégrader la matière. « Constater, à volume de chargement égal, un poids de 14 tonnes dans un camion et de 25 tonnes dans un autre peut questionner. Quelques sites de nos adhérents sont équipés aujourd’hui de portiques aménagés à l’entrée, au niveau des ponts bascules. L’idée est d’en mettre sur toutes les installations réceptionnant du verre d’emballages ».

Arrivée des emballages en camion

Parfois, les collectivités disposent de plateformes de regroupement du verre collecté. Pour massifier les flux, des machines poussent le verre dans des alvéoles, entraînant de la casse et une augmentation d’impuretés dans le gisement. A chaque contrôle de densité, la collectivité peut être ainsi informée de la qualité de sa collecte, tel que cela est mentionné dans le cahier des charges des éco-organismes.

Le verre plat s’invite dans la filière

 

La collecte est un enjeu majeur pour les producteurs de calcin. Tant sur la quantité que sur la qualité. La multiplication des points d’apport volontaire en particulier en milieu urbain et en centre ville favorisera les flux et devrait améliorer leur qualité. Parallèlement, l’industrie du verre en demande plus. Le marché s’étoffe avec une augmentation de 2 % en poids de la production d’emballages en verre en Europe et une croissance en unités de 2,4 % en 2017. Cela correspond selon la fédération européenne du verre (Feve) à une production totale en Europe de 21,5 millions de tonnes pour l’industrie de l’agro-alimentaire et des boissons.

Si 90 % du verre d’emballages retourne dans la production de bouteilles et flacons (une petite fraction part dans l’industrie de la laine de verre), le recyclage du verre plat ouvre le marché du calcin à un tout autre domaine, celui du bâtiment. Inspiré de ce qui se pratique déjà aux Pays-Bas, le gouvernement français a signé l’an dernier, un green deal sur le traitement du verre plat issu de déconstruction et de rénovation. Cet engagement rassemble tous les partenaires de la filière, depuis le collecteur, recycleur jusqu’au fabricant de vitrages : les recycleurs et collecteurs avec Federec Verre, le pôle Fenêtre de la Fédération française du bâtiment (FFPV), les gestionnaires de déchets issus du BTP (SRBTP et Federec BTP), les métiers de la déconstruction (SNED), et les fabricants (Chambre syndicale des fabricants de verre plat) qui viennent de rejoindre la filière, représentés principalement par Saint-Gobain et AGC.

Verre plat composé à 25% de calcin

 

Le gisement du verre plat est devenu le nouvel enjeu technique et économique pour les recycleurs. Pour augmenter l’efficacité de la production et réduire les émissions de CO2, les fabricants de verre plat ont besoin de trouver d’autres sources de calcin, les pertes de production étant d’ores et déjà utilisées. Mais pas n’importe quoi. Les spécifications de qualité pour la réintroduction dans les fours sont très élevées, ce qui accroit le coût de la matière recyclée, selon Bertrand Cazes, secrétaire général de Glass for Europe, l’association européenne du verre plat.

Fenêtres avec vitrages déposées sur la déchèterie professionnelle de Gedimat

En moyenne en Europe, le verre plat est composé d’environ 25 % de calcin. Ce verre recyclé provient de trois sources principales : chutes de production ; découpes issues de la transformation du verre et de l’installation des produits verriers (fenêtres etc.) ; verre issu de la déconstruction de bâtiment et de la récupération des pare-brise de voitures. Les premières sont en général facilement réintégrées dans le process sans risque de contamination. Pour le recyclage des découpes liées à la transformation du verre, les entreprises développent des systèmes internes pour faciliter le retour de ce calcin de bonne qualité vers les fours. Toutefois, dans de nombreux pays européens, ces flux de verre sont considérés comme des déchets et non comme des sous-produits ce qui freine leur recyclage. Selon Glass for Europe, environ 500 000 tonnes de verre issues de découpe et d’installation sont actuellement recyclées en Europe.

Seulement 100 000 tonnes de verre plat issu de démolition sont recyclées en Europe

Le verre en fin de vie pose encore plus de problème. Selon une étude Bio by Deloitte, ce flux est estimé aujourd’hui à l’échelle européenne à environ 1,5 million de tonnes par an pour le seul secteur du bâtiment. Il reste pour le moment peu recyclé directement dans l’industrie du verre plat. D’après les estimations de Glass for Europe, seules 100 000 tonnes de verre issu de démolition sont actuellement recyclées dans les usines de verre plat en Europe. La Commission Européenne devrait toutefois publier une étude intitulée « « Resource Efficient Use of Mixed Wastes – Improving management of construction and demolition waste » qui présentera des statistiques à ce sujet.

Collecter 80 000 tonnes d’ici à 2025

 

En France, ce flux est évalué à 200 000 tonnes. Dans le cadre de l’engagement volontaire, l’objectif d’ici à 2025 est d’en collecter 80 000 tonnes et d’en réintroduire 50 % dans les fours float. « Ces chiffres nous semblent réalistes, même si c’est difficile de se projeter dans un secteur que l’on ne maîtrise pas encore », explique Matthieu Szostak. Lancée fin 2017, la filière a commencé ses premières collectes, comptant sur une dizaine d’acteurs (cf.liste Recyclage Verre Plat).

Quelques chantiers pilotes ont démarré en Ile-de-France et en Rhône-Alpes. L’idée est de récupérer un maximum de données pour en dresser un premier bilan à présenter au prochain comité de pilotage du ministère. Dans les jours à venir, les premiers essais chez un verrier seront réalisés et analysés pour en savoir plus sur les spécificités techniques à intégrer. Car dans l’industrie du verre plat, aucun droit à l’erreur. Le taux d’impureté doit être extrêmement bas : « si une bouteille a un défaut, elle est retirée de la chaîne ; sur une ligne de fabrication de parois ou de vitrages de 12 m², pas question de négliger les impuretés ».

Tout reste à créer dans cette filière française, en veillant à chaque étape à sa viabilité : que ce soit au niveau des outils de collecte et de stockage en déchèterie, des méthodologies pour organiser la logistique, ou concernant les équipements de tri et de traitement spécifiques au flux. Ce green deal à la française est un modèle à suivre selon Bertrand Cazes : « les initiatives doivent pouvoir se développer au niveau local ou national plutôt qu’européen, compte tenu, d’une part, du nécessaire engagement des autorités locales qui contrôlent les infrastructures de gestion des déchets et, d’autre part, de la problématique du coût financier et du transport qui imposent des solutions locales plutôt qu’européennes ».

En savoir plus :

  • Recyclage Verre Plat cartographie les collecteurs et recycleurs en France : Sibelco, Girev, Solover, Louis Vial, Soreca, Briane Environnement, SLR, IPAQ et SRPVI.
  • Federec doit rendre public son rapport d’activité 2018 en octobre prochain. Tous les chiffres 2017 seront annoncés par filière.

 

« L’Echo circulaire a cessé sa parution mais l’actualité de l’économie circulaire continue d’être suivie par "Déchets Infos". »

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