La première plateforme logistique française est située en Isère sur le Parc d’activité de Chesne. Elle accueille 2,3 millions de m² d’entrepôts et 10 000 emplois directs. Un enjeu économique et environnemental tel, que l’association Pôle d’Intelligence Logistique (Pil’es), la Capi (Communauté d’agglomération Porte de l’Isère) et la CCI Nord-Isère ont lancé il y a un an, un groupe de travail sur la gestion des déchets. Ce projet vise à court terme à réduire les coûts de gestion des entreprises et à favoriser l’émergence d’une écologie industrielle.
L’histoire remonte à deux ou trois ans lorsque plusieurs entreprises de la zone d’activité située sur les deux communes de Satolas-et-Bonce et Saint-Quentin-Fallavier font appel à un service mutualisé de gardiennage. L’opération est un succès et rapidement, une réflexion émerge sur d’autres possibilités d’actions. En 2017, plusieurs entreprises décident de se pencher sur la gestion de leurs déchets, partant du constat qu’ elles génèrent les mêmes types de flux d’emballages industriels (cartons, palettes, DIB, films plastiques), mais ne paient pas forcément le même prix pour la prestation de collecte et de traitement. L’objectif premier vise à favoriser les échanges de matières et à mutualiser les services de gestion des déchets, à l’instar du service de gardiennage. La démarche a reçu le soutien immédiat de la CCI Nord-Isère, de la Capi et de l’association Pil’es (Pôle d’intelligence logistique) qui anime des projets collaboratifs. Celle-ci propose alors la création d’un groupe de travail « gestion des déchets ».

Une dizaine d’entreprises se portent alors volontaires. Un premier tour de table a lieu entre la CCI et les entreprises de la logistique pour connaître leurs problèmes et leurs besoins. Des réunions collectives ont permis aux logisticiens, de toutes tailles, de se rencontrer et d’échanger sur leurs problématiques liées aux déchets, puis chacun a bénéficié d’un audit d’accompagnement sur site. Réalisés depuis le début de l’année par les conseillers Développement Durable de la CCI Nord Isère et du Pil’es, avec le soutien de la CAPI, ces audits s’avèrent très instructifs : « il était important de dresser un état des lieux au cas par cas, connaître pour chaque profil d’entreprise, PMI ou PME, ses coûts de gestion de déchets, les outils mis en œuvre pour trier, gérer les flux et former le personnel, explique Cécile Michaux, déléguée générale du Pil’es. Bien souvent, nous avons constaté que pour les grandes sociétés, la communication dans ce secteur passait mal et que parfois grâce à une parole extérieure, des actions pouvaient être enclenchées ». Par ailleurs, les petites entreprises ont souvent le nez dans le guidon et ne se préoccupent pas de leur gestion de déchets, ne tiennent pas de tableau de bord ou bien pire, se font avoir par leur prestataire. Ainsi des films plastiques préalablement triés peuvent finir dans la benne de DIB et être facturés plus chers. Ce qui est une perte de temps et d’argent pour l’entreprise et ses salariés, déplore-t-on chez Pil’es. Mis en œuvre pour réduire les coûts de gestion des déchets, les audits ont finalement révélé aux logisticiens, leur manque de pratique, l’absence d’outils de traçabilité et parfois de sensibilisation de leur personnel.
Economiser la manutention et le stockage
Pour Pascal Robin, responsable logistique chez Tetradis, partie prenante de cette démarche, l’objectif était avant tout de réaliser des économies sur la gestion des déchets en mutualisant la prestation de collecte avec d’autres entreprises de la plateforme : « on s’est vite aperçu que cette belle idée restait difficile à mettre en place rapidement ; que cela pouvait prendre du temps car les entreprises ne sont pas toutes prêtes à s’investir dans ce secteur. Notre préoccupation en interne porte surtout sur le temps passé à déplacer et à stocker nos déchets de films ou de cartons ». Comme plusieurs entreprises du secteur logistique, Tetradis génère quantités d’emballages industriels qu’elle doit conserver jusqu’à un certain volume avant de faire appel à un prestataire. Cela implique une gestion en interne rigoureuse et coûteuse. « Tout le monde serait gagnant à disposer d’un seul prestataire de collecte qui passerait ainsi une seule fois par semaine dans chaque entreprise, quelle que soit la quantité de déchets produite. Outre le gain environnemental et économique sur le transport, cela pourrait limiter la dispersion des bennes et optimiser l’occupation de l’espace. Moyennant un comptage précis et une traçabilité pour chaque entreprise, la gestion des déchets serait du coup moins pesante pour l’organisation interne » souligne Pascal Robin. En attendant que cette mutualisation voit le jour, Tetradis a d’ores et déjà modifié quelques pratiques, en se procurant un manuel sur les déchets, en instaurant un registre spécifique de gestion et une traçabilité chiffrée de ses volumes et de ses coûts.
Compacter les emballages en PSE
Parmi d’autres entreprises engagées dans cette réflexion, XPO Logistics représente l’une des plus grandes entreprises de la plateforme. Certifiée Iso 14001, le groupe recycle 77 % de ses déchets sur l’ensemble de ses sites. « Nous sommes preneurs de toutes les initiatives, surtout quand elles sont immédiatement concrètes et à l’échelle locale, indique Céline Desgranges, animatrice QHSSE chez XPO Logistics. Dans le cadre de cette démarche avec les différents partenaires de la plateforme, il était intéressant d’avoir un regard extérieur, qui nous apporte aussi un retour d’expérience d’autres acteurs et de nouvelles perspectives sur les filières pour améliorer le recyclage de certains dechets ». Des axes d’amélioration ont déjà été identifiés et des projets de mutualisation se profilent. Ainsi, les emballages en polystyrène générés en grand nombre sur la plateforme finissent bien souvent dans une benne DIB. C’est au final beaucoup de volume pour très peu de poids. Pourtant parmi ces logisticiens, une entreprise a déjà fait appel à une association d’insertion qui lui met une presse à disposition. Les emballages sont ainsi transformés en pains et détournés de la benne. Ils sont repris gratuitement par l’association qui les revend en vue de leur recyclage. L’entreprise non seulement ne paie plus le prestataire pour sa collecte mais permet à des personnes en insertion de travailler. Reste à construire des passerelles entre les entreprises intéressées pour mutualiser le pré-traitement des emballages en PSE.
L’idée de développer une mutualisation des ressources comme l’évoquent XPO Logistics ou Tetradis, s’ancre dans les esprits. Mais cette démarche prend du temps. Passer de la théorie à la pratique exige certaines concessions et changements de pratiques : l’échange de données entre acteurs concurrents, la création de postes en interne dédiés à la collecte et au tri des déchets, un tableau de bord de gestion etc. A plus court terme, cela implique également une renégociation des contrats avec les prestataires et une vigilance accrue, pour éviter par exemple l’enlèvement de bennes de déchets à moitié pleines. Il ne s’agit pas de problème de conscience mais d’un problème de temps. « Le dispositif a été largement bien accueilli. Le dynamisme est lancé, estime Cécile Michaux. Il faut maintenant oeuvrer dans la co-construction. Cette pratique implique clairement un changement de paradigme de la part d’entreprises qui ne font pour l’instant que cohabiter sur un même territoire ».
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