Matériaux de déconstruction en quête de débouchés

Yprema ouvre une nouvelle plateforme sur son site de Lagny

L’entreprise Yprema a ouvert sur son site de Lagny, une plateforme pour traiter les matériaux de déconstruction du BTP. Cette réorganisation de son activité est impulsée notamment par les chantiers du Grand Paris. D’autres acteurs avancent sur le même chemin. Avec son produit aggneo à base de matériaux recyclés, Lafarge France gagne des parts de marché. Dernier en date, l’aménagement de la future ligne de tramway d’Avignon.

Le Grand Paris devrait générer 45 millions de tonnes de déblais en dix ans. Soit une croissance annuelle de 10 à 20 % de la production totale de déchets issus des chantiers franciliens. Au plan national, le gisement des déchets de chantiers est évalué à 260 millions de tonnes. Cela représente en moyenne par habitant une tonne de matériau de déconstruction et deux tonnes de terres inertes. Sur ce dernier flux, une tonne part toujours en ISDI (Installation de stockage pour déchets inertes).

Espace de traitement des terres inertes chez Yprema à Lagny

« Alors que la région francilienne est déficitaire en matières de construction et encore très frileuse sur la consommation de matières recyclées, les chantiers du Grand Paris pourraient booster le marché », se réjouit Claude Prigent président de l’entreprise Yprema. Le Predec aide également dans ce sens, puisque les objectifs à 2020 portent sur 80 % de recyclage dans la déconstruction et deux millions de tonnes de terres recyclées dans les routes. Les chiffres passeraient respectivement à 100 % et 5 millions de tonnes en 2026. « Néanmoins, le flou persiste, souligne Claude Prigent, car l’objectif annoncé par la société du Grand Paris porte sur la valorisation en remblais, incluant aussi le remplissage de carrières et pas uniquement le réemploi en sous-couches routières ».

600 000 t de matériaux recyclés en 2017

 

Cela n’a pas empêché Yprema de se tenir au plus près du marché. Les bouleversements à venir liés au Grand Paris l’ont ainsi conduit à démarrer cette année une nouvelle plateforme de traitement sur son site de Lagny-sur-Marne. L’activité de traitement des mâchefers a été stoppée l’an dernier pour laisser la place aux déchets de déconstruction du BTP. Le concasseur et le cribleur déjà en place peuvent désormais accueillir les futurs matériaux provenant des chantiers du Grand Paris. Pas d’investissement majeur. Ce changement d’activité a surtout demandé une réorganisation interne du site et des employés amenés à travailler sur cette nouvelle plateforme. « Sur le site de Lagny, on devrait ainsi passer de 30 000 à 60 000 tonnes de matériaux commercialisés sur les travaux d’extension et de création des lignes de métro 11 et 15 » souligne Antoine Pereira, ingénieur Développement chez Yprema. Le site de Lagny a commercialisé 17 000 tonnes de matières en 2017 dans un rayon moyen de 10 km et en a recyclé 600 000 tonnes. Sans cette plateforme de recyclage des terres inertes à Lagny, Yprema estime qu’avec le Grand Paris, ce sont au total six millions de tonnes de terres qui seraient mises en stockage (ISDI ou comblement de carrières).

Matériaux valorisés prêts à l’emploi

Yprema a créé son premier site à Lagny en 1995. Il est l’un des plus complets de la région francilienne avec ceux de Massy, Emerainville, Trappes et Gennevilliers. Réceptionnant les matériaux pré-triés des artisans, il traite les déchets de déconstruction et les terres inertes. Celles-ci sont stabilisées à la chaux, en vue d’un réemploi dans des techniques routières en sous-couches de voiries, parkings, cours d’école etc. Cette activité a démarré il y a dix ans, avec la production du matériau Urbasol, issu de terres inertes recyclées. Juridiquement, le matériau de déconstruction n’a actuellement ni le statut de déchet, ni le statut de produit. C’est un matériau. Pour certaines entreprises et filières, cette vague notion n’est pas faite pour inciter à franchir le pas. « Nous produisons une matière recyclée qui a toutes les qualités techniques d’un matériau naturel et qui de surcroît, coûte 2,5 fois moins cher. La perte des technicités auprès des jeunes ingénieurs du BTP entraîne souvent une frilosité dans le choix des matériaux. Au nom du principe de précaution et par méconnaissance des produits, la ressource naturelle reste souvent privilégiée » déplore Claude Prigent. Résultat, sur 400 000 tonnes de terres traitées chaque année sur le site de Lagny, 20 % seulement sont valorisées en techniques routières. Le reste part en enfouissement.

Avignon met de l’aggneo sur sa ligne de tram

 

Basculement progressif aussi chez le cimentier LafargeHolcim qui a lancé il y a cinq ans, son granulat recyclé, aggneo. Composé de déblais de chantier et de matériaux de déconstruction, le produit a permis au groupe de valoriser 7,5 millions de tonnes de matériaux inertes en France en 2017. L’objectif est de passer à 9,5 millions de tonnes valorisées en 2020.

Sur un tronçon de la future ligne de tramway

Lafarge compte d’ici à deux ans, valoriser deux millions de tonnes de granulats dans les techniques routières et produire grâce à eux, 450 000 m³ de bétons. En attendant, l’aggneo convainc progressivement les maîtres d’ouvrage et maîtres d’oeuvre. Lafarge a ainsi été retenu pour valoriser les déblais de chantiers et produire des granulats recyclés dans le cadre du projet de tramway du Grand Avignon.

La plateforme de recyclage de Lafarge située à Rognonas, à quelques km du chantier a permis d’accueillir 110 000 tonnes de déblais inertes et de les valoriser sous forme de granulats à hauteur de 33 000 tonnes. Soutenu par la Communauté d’agglomération du Grand Avignon en qualité de maître d’oeuvre, l’aménagement des voies du tramway a intégré ces granulats recyclés pour stabiliser les sols et pour les travaux préparatoires de dévoiement des réseaux tout au long du tracé. La fraction non valorisable récupérée sert au remblaiement de l’ancienne carrière de Tavel, située à 19 km du chantier. Pour compléter l’apport du produit aggneo, Lafarge a livré par ailleurs 43 000 tonnes de granulats naturels. En raison des freins techniques mais aussi réglementaires et psychologiques, la part de granulats recyclés reste pour l’instant limitée.

Sur le site de Rognonas, Lafarge valorise les matériaux pour produire l’aggneo

« Les mentalités évoluent malgré tout et les chantiers qui émergent en particulier en Ile-de France, nous laissent espérer que l’emploi de matières recyclées va se développer, indique Catherine Greder, responsable des produits aggneo chez Lafarge. Pour autant, on s’aperçoit que des régions, même pourvues de nombreuses carrières comme ici dans le sud-est de la France, sont ouvertes à l’emploi de matières recyclées ». La prise de conscience environnementale et le coût plus attractif du produit valorisé séduisent de plus en plus d’acteurs, collectivités ou entreprises du BTP. Tout est désormais une question de temps.

 

 

Crédit : CM

 

En plus :

• Yprema possède 12 implantations dans six régions de France pour un chiffre d’affaires de 21 millions d’euros. Elle réceptionne et valorise chaque année, deux millions de tonnes de matériaux. En Ile-de-France, Yprema traite les déconstructions du BTP sur quatre autres sites : Massy, Trappes, Emerainville et Gennevilliers.

• Pour produire son matériau aggneo, Lafarge dispose sur le territoire national de 31 plateformes de recyclage et 62 sites de valorisation en réaménagement de carrières.

• Le projet de tramway à Avignon porte sur deux lignes de 8 km au total, interconnectées à la gare centrale et la mise en place de 25 km de tranchées. Lancée en 2016, le chantier devrait s’achever fin 2018 pour une mise en sevice au cours de l’été 2019. Coût du projet : 182 millions d’euros.

Pour aller plus loin :

Le réseau Recita (www.recita.org) organise une journée technique consacrée à la filière Travaux Publics intitulée : « Comment accélérer le recyclage des matériaux inertes et leur intégration dans les TP ? », le 18 octobre à l’IUT d’Angoulême. Au programme : réflexions et bonnes pratiques autour des plateformes de recyclage ainsi que des outils, animations et méthodologies favorisant la mise en synergie des acteurs et le réemploi des matériaux. En savoir plus

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