Quand un recycleur d’emballages et un fabricant de barquettes alimentaires en PET travaillent ensemble pour produire du rPET apte au contact alimentaire, cela donne le projet Reusal. Le partenariat entre Paprec et Guillin n’est pas nouveau ; mais sa particularité concerne le travail de R&D commun qui permettra de recycler en boucle les barquettes PET à contact alimentaire. La création d’une unité spécifique de traitement est à l’étude.
Le monde du recyclage et des emballages en plastique est agité depuis quelque temps par des bonnes et des mauvaises nouvelles. La première catégorie fait référence à l’annonce cet été d’un bonus-malus en France pour inciter les industriels à intégrer plus de matières plastiques recyclées. Cette mesure a été très favorablement accueillie par les recycleurs et les régénérateurs qui, moyennant quelques investissements supplémentaires, peuvent produire plus de matière à plus forte valeur ajoutée. Dans la seconde catégorie, le projet de loi Egalim* fait trembler l’industrie des emballages plastiques en voulant interdire certains d’entre eux dans les services de restauration collective des établissements scolaires. Rien n’est encore fait, mais l’épée de Damoclès pointe désormais sur les transformateurs.
Nous souhaitons atteindre 70% de rPET – Sophie Guillin-Frappier
Au-delà de ces événements qui font de la vie industrielle, un fleuve pas du tout tranquille, certains fabricants choisissent de prendre les devants. C’est le cas du groupe Guillin, fabricant français de barquettes alimentaires en PET pour la grande distribution, présent dans toute l’Europe à travers sa vingtaine d’usines. Depuis sa création dans les années 70, le groupe familial s’est régulièrement penché sur l’amélioration de ses produits au niveau environnemental. Dès 1998, il laisse tomber le PVC au profit du PET. Depuis 15 ans, il intègre de la matière recyclée apte au contact alimentaire, à hauteur de 50 % aujourd’hui. Pour ce faire, Guillin s’approvisionne principalement chez FPR (France Plastiques Recyclage), l’usine dirigée à 50/50 par Paprec et Suez à Limay (78). « Notre objectif est d’aller encore plus loin, explique Sophie Guillin-Frappier, directrice générale du groupe Guillin. Nous n’avons pas attendu les mesures environnementales du gouvernement pour mettre du recyclé dans nos emballages, et aujourd’hui, nous souhaitons atteindre 70 % de rPET ».
Augmenter les flux et susciter la demande
Alors que pour d’autres emballages, comme les bouteilles, les grandes marques vantent l’emploi de seulement 25 % de matière recyclée, Paprec et Guillin ont décidé de concrétiser leur démarche par un projet commun : Reusal. L’objectif est à la fois d’accélérer le tri et le recyclage des barquettes plastiques en PET mais aussi de renforcer l’éco-conception de ces produits mis en marché. Cela fait partie intégrante de la politique d’éco-conception menée par Guillin depuis des années, en plus des efforts réalisés sur l’allègement de ses produits. Aujourd’hui, fait nouveau : l’entreprise a voulu associer un recycleur dans sa volonté d’intégrer encore plus de matière régénérée.

Pour le groupe Paprec, l’intérêt est double : « nous avons régulièrement des fluctuations sur les quantités de bouteilles PET entrant chez FPR. Soumise à la saisonnalité de la consommation, la collecte en France ne permet de surcroît que la récupération d’une bouteille PET sur deux, explique Sébastien Petithuguenin, directeur général du groupe Paprec. En aval, notre production est également soumise à la demande industrielle, encore relativement aléatoire ». L’extension des consignes de tri des emballages plastiques, généralisée en 2022 en France, va permettre à terme d’apporter de nouveaux gisements en PET et de booster la collecte des bouteilles, se réjouit le DG de Paprec, à condition de ne pas sacrifier la qualité des flux. « Nous espérons qu’à terme les gisements historiques ne seront pas mélangés aux autres nouveaux flux d’emballages plastiques, pour ne pas dégrader la qualité des bouteilles PET par exemple. Cela implique de la part des éco-organismes, des changements importants dans le dispositif de collecte, mais aussi de la part des centres de tri, la gestion d’un flux séparé des bouteilles comprenant les barquettes multicouches et PET, les pots de yaourts en PS et les bouteilles en PET opaque ». C’est donc à ce prix que la matière recyclée pourra gagner en qualité. Pour sortir uniquement le flux de barquettes PET, Paprec va procéder au cours des semaines à venir, à des tests de sur-tri de barquettes dans son centre de traitement des emballages ménagers Trivalo35 près de Rennes. Cette unité inaugurée en 2016 dispose d’une capacité de 60 000 t/an, dotée d’outils technologiques high-tech pour séparer un maximum d’emballages et de matériaux. D’autres centres de tri performants du groupe, basés à Villers-Saint-Paul, Lyon et Nîmes pourraient à terme contribuer à ce sur-tri.
Unité de lavage spécifique
« Pour aller toujours plus loin dans le recyclage des plastiques, l’alliance entre un industriel utilisateur et un recycleur s’avère être le modèle le plus efficace », constate Sébastien Petithuguenin. L’expertise du groupe dans le tri des résines sera ainsi soutenu par Guillin. Les deux entreprises ont décidé de mettre en commun leurs moyens de R&D pour construire d’ici à fin 2019, une unité spécifique de traitement, basée selon le principe « barquette à barquette » (tray-to-tray). Pas d’investissements chiffrés dévoilés pour le moment. Dans cette perspective, les deux partenaires vont étudier la manière dont ces barquettes peuvent intégrer une ligne de recyclage telle qu’elle existe déjà pour les bouteilles PET, sans altérer ni le rendement, ni la qualité : « on s’est aperçu que lors de l’opération de lavage, on perdait beaucoup de matière car la barquette par sa configuration supporte mal la friction. La matière devient friable et génère plus de fines, non valorisables, d’où un rendement faible » explique Sébastien Petithuguenin. Des essais s’appuyant sur des procédés innovants seront réalisés à ce stade crucial du traitement, en vue de créer une unité de lavage spécifique. Elle pourrait, si les résultats sont probants, trouver sa place dans l’enceinte de l’usine FPR, d’autant que comme le souligne le DG de Paprec, il y a encore de la place. Pour apporter un équilibre économique à cette activité, le recycleur table sur une capacité de traitement entre 15 et 20 000 t/an.

La matière une fois lavée, gagnerait ensuite les lignes de régénération du PET issu de bouteilles. Si c’était le cas, des investissements supplémentaires seraient sans doute nécessaires à la mise en œuvre de l’installation. La participation à ce développement du groupe Suez, co-partenaire de Paprec dans l’usine FPR, pourrait être alors envisagé. « Allier les connaissances et l’expertise de nos deux groupes doit aboutir aux meilleurs choix techniques pour répondre à nos besoins spécifiques en matière première recyclée apte au contact alimentaire », souligne Sophie Guillin-Frappier. De son côté, Paprec n’en est pas à son premier coup d’essai. Son précédent rapprochement en 2017 avec LSDH, fabricant de bouteilles en PET opaque pour produits laitiers ne fait que confirmer sa volonté de travailler avec plus de partenaires industriels de la transformation. Cela lui assure d’une certaine manière, un approvisionnement en matière à recycler et des débouchés pour ses résines régénérées.
Crédit : Paprec, Guillin
- Projet de loi Egalim : les Etats généraux de l’alimentation ont donné lieu à un projet de loi « pour l’équilibre des relations commerciales dans le secteur agricole et une alimentation saine et durable ».
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