L’économie circulaire s’installera en Val-de-Marne

Rejoué et Lemon Tri cherchent un site pour travailler ensemble

Le projet de Pôle d’économie circulaire en Ile-de-France se précise. Nous en parlions il y a quelques mois avec le démarrage d’ une étude d’opportunité par le cabinet Greenflex en juillet 2021. Soutenue par l’Ademe, les CCI Paris Ile-de-France et du Val-de-Marne, la région la plus peuplée de France pourrait bientôt accueillir son « Circular Valley » dans le Sud-Francilien et probablement dans le Val-de-Marne. Trois scénarios sont actuellement identifiés avant de passer à l’étude de faisabilité.

Si le basculement vers une économie plus circulaire prend du temps, parce qu’il faut intégrer sur le terrain, de nouvelles pratiques, d’autres modèles de production ou de consommation, l’Ile-de-France s’apprête à franchir un nouveau cap. Après le lancement de sa stratégie sur l’économie circulaire (SREC) en 2020 pour répondre à plusieurs enjeux comme la forte dépendance des importations de matières premières ou la mauvaise gestion des déchets, la création de pôles d’activités circulaires est à l’étude avec une ou des implantations dans le Val-de-Marne.

MIN Rungis, premier marché mondial de produits frais, situé dans le Val-de-Marne

Pourquoi ce département ? Tout d’abord, il recense le taux de chômage le plus élevé de la région, avec 7,3 %. Côté positif, il accueille déjà de nombreuses activités tournées vers le recyclage, la réparation et le réemploi et propose plusieurs espaces fonciers compatibles. Sur la centaine d’initiatives circulaires menées en Ile-de-France par des PME, des TPE ou des associations, près de la moitié se situe dans le Sud Francilien, dont beaucoup dans le Val-de-Marne. Co-financée par l’Ademe et la CCI Val-de-Marne, une étude d’opportunité menée par le cabinet Greenflex à partir de l’été 2021 a permis de dresser un état des lieux des filières industrielles et de recherche, faisant de ce département un territoire très productif. Dans le secteur agro-alimentaire, le Val-de-Marne accueille par exemple le MIN de Rungis, premier marché mondial de produits frais et une activité de maraîchage sur le plateau Briard. Dans la recherche, le département bénéficie du pôle universitaire de Créteil, abrite sept communes de la Vallée scientifique de la Bièvre et 230 laboratoires de R&D dans les secteurs de l’aéronautique, armement, énergie, pharmacie et cosmétologie. Dans la culture et l’audiovisuel, le territoire accueille l’INA (Institut national de l’audiovisuel), la SFP-Euromedia, et l’établissement de communication et de production audiovisuelle de la Défense. Le secteur de la santé est représenté par cinq centres hospitaliers de renommée internationale, 16 établissements de l’industrie pharmaceutique, des PME spécialisées dans les biotechnologies, 187 établissements de R&D et 183 établissements de négoce. Enfin l’industrie représente 8 % de l’emploi du département, et à cela s’ajoute, une forte présence de l’activité BTP.

Trois pôles privilégiés

 

Atelier de réparation de vélos Bicyclaide

L’idée pour les acteurs publics engagés dans ce projet de pôle circulaire sud-francilien, est de favoriser le déploiement de plusieurs activités économiques et industrielles autour du réemploi d’objets et de matériaux, de l’économie sociale et solidaire et de proposer des services aux entreprises engagées dans une démarche d’économie circulaire. Après plusieurs mois d’étude et à l’issue du diagnostic des besoins, six opportunités ont été identifiées dans le Val-de-Marne, réparties entre cinq pôles sectoriels et un pôle multi-sectoriel. Ce dernier porterait sur la création d’une station R, à l’image de la station F pour le réemploi, la réparation et le recyclage. Les cinq autres concernent les secteurs du BTP, des loisirs, de la mode, de la mobilité et de l’alimentation. Pour chacun d’entre eux, une grille d’analyse multi-critères (viabilité économique, criticité du besoin, impact sur l’emploi, rayonnement du territoire) a permis d’évaluer et de comparer les opportunités. Au final, trois segments sortent du lot en cochant le plus de cases : le pôle loisirs circulaires, la Cité du renouveau de la mode et la Station R. La station du réemploi, de la réparation et du recyclage, pourrait inclure des espaces de formation (tri des textiles, design, déconstruction sélective), un espace citoyen pour réparer, des espaces pour stocker et réemployer en lien avec des structures de l’ESS, un incubateur de start-up et des infrastructures innovantes pour recycler et produire des matières premières secondaires. Ce projet hybride pourrait ainsi répondre aux besoins de plusieurs filières et devenir un tremplin pour insuffler une dynamique d’écologie industrielle en Ile-de-France. Pour garantir la pérennité de ce pôle transversal, l’étude pointe un travail en amont sur la complémentarité des activités et des flux ainsi que sur la stratégie d’animation.

La Cité du renouveau de la mode, telle que baptisée dans l’étude, pourrait quant à elle accueillir des installations industrielles innovantes pour le recyclage des fibres textile, une pépinière d’acteurs du réemploi et de l’up-cycling, une plateforme de revalorisation des matériaux de décors utilisés dans le secteur de la mode (défilés, vitrines…) et un espace de stockage et de traitement des cintres et polybags plastiques de l’industrie textile. Parmi les acteurs identifiés figurent Paris Good Fashion (100 adhérents du secteur de la mode, la Réserve des Arts, l’éco-organisme Refashion, De Rigueur, Tissons la solidarité, Revalorem, Tisserieparisienne, La pièce solidaire. Une implantation pourrait voir le jour à Choisy, sur l’ancien site industriel de Renault, en passe de le céder pour s’installer à Flins. Une connexion aux usines textiles de Normandie et aux sites de la mode parisienne via la Seine serait envisageable d’après les premiers résultats de l’étude.

Pionnier en France

 

Le pôle loisirs circulaires repose essentiellement sur des structures de l’ESS en plein développement, qui ont besoin d’espace foncier avec l’arrivée de nouvelles REP (jouets, articles de sports, de jardinage etc). Le site regrouperait une plateforme de reconditionnement des jouets et d’articles de sports, des espaces pour le réemploi de décors utilisés dans le secteur de la culture et l’audiovisuel. Une partie des salariés en réinsertion pourrait se reconvertir dans des activités de reconditionnement. Parmi les acteurs pressentis pour travailler sur ce pôle, figurent Rejoué, Recyclerie sportive, Réseau Envie, LinkNsport, Ecodair, Artstock, ressourcerie du cinéma, etc. Il s’agirait d’un projet pionnier en France susceptible de prendre ses quartiers à Choisy, sous réserve de compatibilité des calendriers. En effet, certaines structures doivent trouver d’ici la fin de l’année, un lieu d’activité alors que le projet de pôle est toujours à l’étude.

Rejoué fait appel aux élus du Val-de-Marne et aux institutions locales pour trouver un site opérationnel en 2023

C’est le cas de Rejoué, association d’insertion professionnelle, spécialisée dans la collecte et le réemploi des jouets depuis dix ans et acteur incontournable pour la nouvelle filière REP Jouets. Rejoué collecte, trie, nettoie et revend les jouets remis en état. En 2021, ce sont près de 70 000 jouets revalorisés, 63 personnes accompagnées dont plus de la moitié de femmes et une équipe de 20 salariées permanents. L’association est installée à Vitry-sur-Seine depuis 2017 dans un ancien centre de tri postal, qu’elle devra quitter début 2023. Aujourd’hui, Rejoué cherche un autre site plus grand à partager avec son nouveau partenaire Lemon Tri. La PME localisée depuis plus de dix ans à Pantin, cherche un nouveau point de chute. A l’origine, Lemon Tri s’est fait connaître avec ses machines de consignes. Aujourd’hui, 350 sont installées en France. L’idée est d’étendre cette pratique en vue d’un réemploi, moyennant rétribution, pour garantir le retour des lunch-box, contenants en verre, éco-cup, etc. En 2018, Lemon Tri a ouvert une antenne dans les quartiers Nord de Marseille, puis en 2021, a créé deux implantations à Lille et à Lyon. D’autres projets sont à l’étude sur le territoire, ciblant en particulier les quartiers prioritaires.

Points communs à exploiter

 

En 2021, Lemon Tri a bénéficié de 175 000 euros dans le cadre d’un budget participatif de la région francilienne pour s’implanter sur un nouveau site.

Les deux structures se retrouvent aujourd’hui sur plusieurs points commun, comme l’insertion professionnelle, un engagement dans le réemploi, la prévention des déchets et la volonté de développer leurs activités en Ile-de-France. « Rejoué nous a contacté pour trouver des pistes de recyclage pour les jouets en plastique non réemployables. De fil en aiguille, nous avons constaté l’existence d’objectifs communs et la complémentarité de nos activités. Aujourd’hui, nous sommes dans la même logique à savoir, trouver un lieu dans le sud-francilien courant 2023 où nous pourrons développer nos compétences et proposer nos services », indique Capucine Etchepare, chargée de communication chez Lemon Tri. La PME s’adresse à des entreprises, des campus, des centres commerciaux ou des espaces de co-working. 75 % de son activité repose sur du service et de la gestion globale de déchets en misant sur les emplois d’insertion depuis 2016. Son objectif est de s’implanter de préférence dans l’EPT12 Grand Orly Seine Bièvre, accessible en transports en commun depuis Paris, sur un espace d’environ 6000 m². « Nous souhaitons mutualiser nos outils de logistique et certaines tâches en créant des parcours d’insertion en commun. Par ailleurs, les jouets abîmés de Rejoué pourraient aussi trouver une solution de recyclage grâce à notre réseau » assure-t-on chez Lemon Tri. En 2021, c’est 2000 tonnes de déchets recyclables collectés, 30 flux concernés, 39 personnes accompagnées avec un taux de sortie positive de 70% et une centaine de salariés permanents. Si la contrainte temporelle et financière est incontournable pour Rejoué et Lemon Tri, le projet de pôle sud-francilien risque dans ce cas de ne pas répondre à leurs attentes. Prochaines étapes pour les CCI Paris Ile-de-France et Val-du-Marne, d’ici fin 2022 : sélectionner un ou deux scénarios et réaliser une étude de faisabilité.

Crédits : Rejoué, Lemon Tri

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