Les papetiers français se sentent menacés

Plan de relance attendu pour soutenir les usines qui subsistent

Il y a encore quelques semaines, le confinement coupait la France en deux. Tandis que bon nombre d’usines ont arrêté de tourner, d’autres ont poursuivi leur production perçue comme essentielle. L’industrie papetière en fait partie, ayant maintenu son activité à 90 %. La situation en sortie de crise sanitaire n’en est pas moins inquiétante. Copacel, organisation professionnelle des papetiers, craint pour les mois à venir, un retour de bâton en cas de plan de relance sous-dimensionné.

La pandémie de Covid19 aura presque fait oublié les mauvais chiffres de l’industrie papetière française pour 2019. L’an dernier, ce secteur a en effet enregistré un recul de sa production de 7 %, dû à l’arrêt des sites de Arjowiggins. A cela s’ajoute la baisse des prix de vente pour la plupart des sortes, ayant conduit à une diminution de la valeur de production de près de 13 %, tandis que les réceptions des papiers et cartons à recycler (PCR) ont reculé de 3,4 %. La crise sanitaire a de façon provisoire balayé cette tendance lourde qui inquiète les professionnels de l’industrie papetière dans l’hexagone. Sous les projecteurs pendant plus de deux mois, l’activité s’est maintenue à un niveau élevé dans des conditions de travail dégradé, pour répondre à des besoins de première nécessité dans l’emballage, le papier graphique et les produits d’hygiène. Des tensions sont apparues à cette occasion sur le segment des PCR, provoquées par la réduction des produits vendus sur le marché et la fermeture des centres de tri en début de confinement. Au final, selon Copacel, l’industrie papetière a sauvé la mise pendant la paralysie économique du pays, en affichant seulement une baisse d’activité de 10 % par rapport à une situation normale, mais cela risque d’être de courte durée.

Production décarbonée

 

En ce début juin, l’activité reprend un rythme quasi normal avec la mise en œuvre des gestes barrières adéquats, mais attention à ces signes trompeurs, alerte le président de Copacel. Car c’est un fait, chiffres à l’appui, les perspectives sont négatives et la récession de l’ordre de – 10 % annoncée pour 2020, dans laquelle entre la France pourrait avoir un effet dévastateur pour le secteur (déséquilibre entre l’offre et la demande de papiers et cartons, réduction des taux de charges des machines). L’industrie papetière française devrait connaître une situation sur-capacitaire et une concurrence mondiale venant encore la fragiliser et entraîner la fermeture des sites non rentables.

Chez Norske Skog Golbey

Il faut dire que depuis la crise de 2008, l’industrie française tous secteurs confondus, ne s’est toujours pas remise. En outre, pendant la crise du Covid19, l’économie française s’est arrêtée plus vite et plus fort que ses voisins européens. Par ailleurs, le manque de compétitivité des papetiers français face aux papetiers allemands résulte de plusieurs facteurs : si les Länder sont plus présents pour soutenir leurs ETI, la France trop centralisée ne prête pas assez attention à ses usines provinciales, regrette Philippe d’Adhémar, président de Copacel. Autre différence, le soutien accordé aux industries électro-intensives outre-Rhin alors que les aides et les incitations fiscales en France restent insuffisantes pour encourager la décarbonation des sites de production. Copacel demande ainsi aux pouvoirs publics une meilleure prise en compte de l’empreinte carbone comme indicateur clé de la politique climat, le maintien des dispositifs favorables aux électro-intensifs et la mise en œuvre d’aides pour décarboner la chaleur : « de plus en plus d’usines recourent à un mix énergétique d’origine non fossile, mais au prix faible actuel du gaz, de l’ordre de 15 euros le MWh, la biomasse ou les CSR (Combustibles Solides de Récupération) ne peuvent pas être compétitifs » souligne Philippe d’Adhémar.

Deux lueurs d’espoir cependant sont mentionnées par les papetiers : d’une part, un changement possible des modes de consommation favoriserait de nouvelles activités dans l’emballage avec plus d’achats au drive et sur Internet, le recours aux serviettes jetables et produits d’hygiène, et l’utilisation croissante de papiers graphiques liée au télétravail comme tendance durable. Autre perspective encourageante sur le long terme, l’emploi de produits biosourcés se substituant à des produits plastiques à usage unique. Des travaux de R&D et des collaborations industrielles sont encore nécessaires pour obtenir des résultats tangibles. En attendant, Copacel souhaite une implication active des marchés publics et encore plus sur l’emploi équilibré entre fibres vierges et recyclées. « Il faut aussi en profiter pour casser certains préjugés écologiques qui prônent systématiquement le papier recyclé. Tous les produits ne peuvent pas intégrer des PCR pour des raisons techniques ou esthétiques. Dès lors que nos usines françaises utilisent un mix énergétique décarboné, l’empreinte carbone de nos produits en fibre vierge sera au final moins élevée que des produits recyclés importés ».

TGAP préjudiciable

 

Les papetiers estiment à 5% le taux d’impureté dans les balles de PCR réceptionnées

Copacel souligne enfin la nécessité de s’approvisionner en bois et en PCR de manière compétitive tout en déplorant les coûts accordéons observés sur le marché du recyclé depuis plusieurs semaines. L’emploi des vieux papiers est entravé de surcroît par une politique de gestion des déchets qui touche sans discernement l’industrie. Ainsi déplore Copacel, les usines papetières sont aujourd’hui confrontées à l’augmentation de la TGAP (passant de 35 à 47 euros la tonne entre 2020 et 2021) sur la mise en décharge de la fraction indésirable contenue dans les balles de papiers récupérés. Alors que le taux moyen dépasse 5 % d’impuretés, le coût de mise en décharge avoisine environ 500 000 euros par an pour une usine qui consomme en moyenne 300 000 tonnes de PCR. Face à une perte de compétitivité constante depuis des années, les papetiers espèrent que le plan de relance du gouvernement prévu pour septembre 2020, tiendra compte de son rôle social, humain et écologique dans l’économie française : « nous espérons que nos propositions seront entendues par les pouvoirs publics. Dans le cas contraire, la crise actuelle risque d’avoir un effet dramatique sur une industrie très ancrée dans les territoires et qui s’est fortement contractée depuis 20 ans, favorisant des importations de produits à plus forte empreinte carbone. Nous ne souhaitons pas assister impuissants à d’autres fermetures d’usines papetières en France, alors que nous disposons de gisements de bois et de vieux papiers à portée de main ».

Crédit : CM

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