La Nouvelle-Aquitaine inscrit Orplast3 dans son plan de relance

Des actions à trois ans sur les plastiques

Si la Nouvelle-Aquitaine n’est pas la première région française de la plasturgie, elle regroupe assez d’entreprises du secteur (près de 250) pour soutenir avec l’Ademe, la 3e édition du dispositif Orplast sur son territoire. Avec une antenne du pôle Polyméris à Bordeaux, et la présence de Polyvia et de ACD Aquitaine à Bruges en Gironde, la gestion des plastiques en particulier a pris une place importante dans la feuille de route régionale Néo Terra. Le volet traitement des déchets y consacre plusieurs de ses objectifs d’ici 2030.

Depuis 2019, la région Nouvelle-Aquitaine accompagne les acteurs publics et privés dans leur transition écologique et énergétique à l’horizon 2030. Dans ce contexte de relance industrielle, une feuille de route appelée Néo Terra a été définie avec 11 ambitions qui guident l’action régionale. Parmi elles, figurent la transition des entreprises vers une production plus sobre, une économie circulaire, et un objectif zéro déchet. Ce dernier s’appuie précisément sur un plan zéro plastique : 100 % du plastique utilisé recyclé par l’industrie en 2025 ; zéro plastique en enfouissement ; zéro plastique apporté dans les océans et zéro plastique non recyclable. En parallèle, la région Nouvelle-Aquitaine, à l’instar des autres territoires français, a mis en œuvre en octobre 2020 une stratégie pour la reconquête technologique.

Surfilm est passé de 30 à 60 % de MPR avec le dispositif Orplast

Face à la crise sanitaire et économique, les élus régionaux ont ainsi adopté le programme dit Nouvelle-Aquitaine Rebond avec le soutien des fonds de l’État et européen. Ce plan s’appuie sur les dynamiques de la feuille de route Néo Terra pour la transition énergétique et écologique, et du Schéma Régional de Développement Economique d’Innovation et d’Internationalisation (SRDEII, adopté en décembre 2016). Un budget d’environ 350 millions d’euros en 2021 sera consacré à la mise en place des actions de soutien aux filières industrielles locales et à l’accompagnement économique des entreprises directement impactées par l’effort de rebond. Quatre grandes familles de filières sont concernées (ressources, industries et savoir-faire, services, usages) qui rassemblent au total, 17 secteurs d’activités.

La région souhaite pour chacune de ces filières, mobiliser 11 leviers afin d’assurer un rebond économique dans la durée : promouvoir la sobriété des ressources (énergie, eau, matières) et l’approvisionnement durable ; penser à une économie plus circulaire ; recourir au biomimétisme ; assurer une performance logistique ; faciliter l’accès des entreprises au financement ; orienter les entreprises vers une économie plus sociale et solidaire ; redynamiser le développement à l’international ; recentrer sur la recherche et l’innovation ; construire les métiers de demain ; privilégier des achats locaux, durables et responsables ; accélérer la transition numérique. Dans ce plan régional, l’industrie de la chimie et des matériaux fait par exemple l’objet d’une stratégie sur la structuration des filières de recyclage des plastiques et composites. Quatre actions précises y sont mentionnées : mobiliser les acteurs sur l’appel à projets Orplast3 pour l’incorporation de matières plastiques recyclées dans de nouveaux produits ; établir un panorama technico-économique du recyclage chimique des plastiques ; mobiliser les acteurs sur l’appel à projets européen M-era.Net et sécuriser le choix de matières premières recyclées au moyen de base de données techniques.

8000 tonnes de MPR

 

En Nouvelle-Aquitaine, Orplast3 n’arrive pas en terre inconnue. Lors des deux premières éditions, le dispositif de l’Ademe a déjà bénéficié à onze entreprises, soit 10 % des 125 projets nationaux. En termes de soutien financier, cela a représenté à l’échelle régionale, trois millions d’euros pour une consommation supplémentaire de 8000 tonnes de MPR (matières plastiques recyclées). Les entreprises lauréates provenaient d’horizons variés (ameublement, agroalimentaire, BTP, emballage, automobile) et concernaient aussi bien des TPE que des PME-PMI : Cotton Wood, Sogemap, Periplast, Hyères Profilés, Surfilm Packaging, Faurecia, Plasti 23, Knauf Insulation, Global Packaging Solutions, Semo Packaging, Coveris. Certaines comme Faurecia ou Periplast visaient la réalisation d’études de faisabilité et de normalisation CSTB. D’autres comme Cotton Wood et Surfilm Packaging comptaient augmenter l’incorporation de matières recyclées dans leurs produits. Au total, Orplast a porté sur 14 résines régénérées dont une majorité de résines Pehd, PET et PVC.

Seydou Ouattara, président de Surfilm Packaging, espère aujourd’hui renforcer la performance de son outil de production

Pour Surfilm Packaging, entreprise spécialisée dans la conception et la fabrication de sacs industriels et publicitaires en plastique, c’était l’opportunité d’améliorer son action en faveur du recyclage et son outil de production. Son dirigeant Seydou Ouattara a racheté la société en 2017. Postulant à Orplast1, il a bénéficié d’un soutien à la tonne pour l’intégration de matières recyclées, à l’époque où le prix des résines vierges concurrençait fortement celui du régénéré. Dans la seconde édition, l’entreprise a pu investir dans l’achat d’équipements plus performants. Avant Orplast, l’entreprise consommait 250 tonnes de plastiques recyclés sur un total de 5500 tonnes. L’objectif était d’atteindre un équilibre entre résine vierge et régénéré en trois ans. Le résultat a été largement au rendez-vous avec l’emploi de 1400 tonnes de MPR en 2016 ; 2000 tonnes en 2017 et 4500 tonnes en 2018 (soit 70% de matière recyclée). Au-delà de l’introduction de MPR en volume, le dirigeant de Surfilm Packaging estime que le dispositif a permis une augmentation du panel de ses fournisseurs ; une sécurisation de l’approvisionnement ; un développement de nouveaux produits en MPR exclusivement ; une fidélisation d’une dizaine de clients et une gamme de produits plus étendue.

Polystyrène expansé

Dans un autre registre, Cotton Wood fabrique du mobilier d’intérieur et produit toute une gamme de coussin, pouf, tabouret, fat boy pour différentes enseignes de la grande distribution. Elle garnit ses produits de granulés de polystyrène. Confrontée à des soucis d’approvisionnement en matière vierge, l’entreprise a soutenu l’émergence d’une société sœur, Poitou-Polystyrène afin d’organiser la collecte, le tri et le broyage de polystyrène usagé, réutilisé ainsi en substitution de matière vierge. Orplast a permis à Poitou-Polystyrène de structurer une filière de valorisation du polystyrène à l’échelle régionale et de proposer une matière recyclée à un tarif concurrentiel. Pour cette entreprise, la consommation de matière recyclée est passée de 56 tonnes en 2015 à 231 tonnes en 2019. A contrario, la consommation de résine vierge est passée de 160 tonnes en 2015 à 40 tonnes en 2019. La récupération de polystyrène a été déployée avec un second point de massification en Vendée, permettant de sécuriser l’approvisionnement et de toucher de nouveaux clients comme Leroy Merlin. De cette façon, 120 000 m³ de polystyrène ont été détournés de l’enfouissement et l’entreprise a créé 5 postes en insertion.

Orplast3 ne soutient plus à la tonne

Le lancement du dispositif Orplast3 en octobre 2020 a d’ores et déjà reçu une candidature au niveau régional. Selon Seydou Ouattara, ayant déjà pratiqué deux éditions, cette démarche reste pertinente à condition pour une PME, d’être accompagnée dans la construction du dossier, au regard de sa complexité et du temps passé. De façon plus générale, la remise des projets sera étalée jusqu’à la fin 2022 avec cinq dates clefs de dépôts de dossier. La première était le 1er décembre 2020, la prochaine est programmée le 1er mars 2021 et la dernière, le 15 septembre 2022. Ce dispositif d’aides s’élève à 16 millions d’euros. S’adressant à toutes les tailles d’entreprises, Orplast3 ne permettra plus un soutien à la tonne (contrairement aux deux premières éditions), mais aidera les entreprises à adapter les processus de fabrication à l’incorporation de MPR, grâce à des aides aux diagnostics et études de faisabilité ; et à l’investissement. Les projets soutenus porteront obligatoirement sur l’utilisation de matières plastiques recyclées en complément ou substitution de plastique vierge ; et sur la pérennisation d’intégration de MPR par les entreprises (adaptation de la chaîne de production, etc.).

Les demandes sur d’autres matières comme les composites ou les élastomères sont à l’étude dans Orplast3, même si jusqu’à présent, peu exprimées. L’aide à l’investissement sur des équipements de seconde ne sera possible que s’ils n’ont pas déjà bénéficié d’un premier soutien. Tout dossier portant sur le négoce de matières premières plastiques issues du recyclage ou sur une activité de recyclage proprement dite ne sera pas éligible. Enfin, la notion d’éco-conception sera peut-être à prendre en compte si des entreprises cherchent en parallèle à repenser leur produit pour le rendre plus léger, plus facilement démontable et recyclable. Les équipes de l’Ademe réfléchissent sur ce sujet, même si officiellement, l’éco-conception n’est pas incluse en tant que critère explicite d’éligibilité.

En savoir plus :

Tout dépôt de dossier de candidature devra se faire sur la plateforme de l’Ademe AgirPourlaTransition

Crédit : Ademe

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