OSIRX donne de la valeur aux cartes électroniques

Recycler les métaux précieux issus des cartes électroniques est une chose ; en connaître la valeur financière exacte en est une autre. A ce jour, aucun dispositif ne permet de quantifier avec précision les composants des cartes imprimées. Le projet OSIRX pourrait changer la donne. Mis au point par deux jeunes ingénieurs français, le procédé se traduit aujourd’hui par la création de trois machines prototypes, en cours de tests. Les premières commercialisations sont prévues pour 2020.

L’un a fait ses premiers pas dans les Travaux Publics, l’autre a été formé à l’école des Mines de Saint-Etienne dans la micro-électronique. Aloïs Lien et Youssef Menjour ont fondé en 2016, la société Compagnie de France pour développer une activité de recyclage des métaux précieux, provenant de cartes électroniques. Au départ, l’idée était de contribuer au traitement de ce flux généré dans les pays du Moyen-Orient, ne disposant pas d’infrastructures adéquates. Démarchant plusieurs grandes sociétés françaises pour leur présenter leurs travaux de recherche et nouer des partenariats, ils se heurtent à des refus, au motif que cela se fait déjà ou que les moyens financiers exigés sont trop élevés. « Face à plusieurs portes fermées, nous avons décidé de changer notre fusil d’épaule, car nous n’avions pas consommé toutes nos cartouches », décrit Aloïs Lien.

25 000 t/an de cartes disponibles

 

Les cartes électroniques ne se ressemblent pas. Elles contiennent plusieurs métaux précieux, comme l’or, l’argent ou le cuivre mais en quantités à chaque fois différentes. Leur gisement serait estimé à plus de 25 000 t/an en France et à un million de tonnes dans le monde. La croissance annuelle est de 5 %. Cela représente une valeur globale en métal de 5,4 milliards d’euros. Bien souvent, lorsque les collecteurs de déchets électriques et électroniques (DEEE) revendent les cartes électroniques usagées à des affineurs comme Umicore, Aurubis ou Boliden – les trois plus grands industriels européens -, des échantillonnages sont réalisés au préalable, pour fixer le prix de reprise. Toutefois, selon Aloïs Lien, le manque à gagner enregistré par les récupérateurs serait évalué à quelques millions d’euros par an, en raison de leur méconnaissance de la valeur des cartes imprimées. Face à ce constat, les deux ingénieurs ont mis au point en 2017 une machine qui identifie et surtout quantifie les métaux présents dans les cartes électroniques. Ils créent à cette occasion, une nouvelle société, Technologies de France.

L’un des prototypes d’OSIRX sous forme graphique

OSIRX se présente comme un dispositif de caractérisation non destructive de déchets hautement valorisables. Un brevet international a été déposé en janvier dernier. Spécialement pensé pour les collecteurs de cartes électroniques, dans un premier temps, le procédé leur donne précisément et rapidement la valeur de leurs marchandises, qu’ils peuvent négocier ensuite au juste prix. Le principe : utiliser l’imagerie par transmission de rayons X (inspirée de l’imagerie médicale) pour mieux identifier la quantité de métaux précieux contenus dans les objets ou les résidus de matières. Ce dispositif associe d’autres technologies comme le deep-learning et la blockchain. « Cette combinaison de technologies permet non seulement d’interpréter plus finement les données grâce à l’intelligence artificielle, mais aussi de rendre ces informations inviolables et confidentielles » explique Aloïs Lien. Cela pourrait apporter une vraie valeur ajoutée aux récupérateurs de métaux. Connectés à une plateforme web, ces équipements pourront contribuer à la réalisation d’une cartographie affinée de la mine urbaine, renfermant des quantités de métaux stratégiques et précieux.

Analyse continue

 

Les prototypes sont fabriqués avec l’aide de la société Cap Engineering Solutions et Services. Trois types de machines sont en cours de test : OSIRX A, destinée à l’analyse en laboratoire, OSIRX C pour la caractérisation et enfin OSIRX GF pour traiter les grands flux de matières. L’objectif est de permettre à des recycleurs d’utiliser cet équipement pour de l’analyse en continu sur convoyeur par exemple. Les deux ingénieurs envisagent pour cet équipement un rendement de l’ordre de cinq tonnes par jour. Des verrous technologiques doivent encore sauter pour obtenir des résultats performants. La plus grande difficulté a été l’étalonnage des machines prototypes, en l’absence de base de données existantes. Pour ce faire, les deux ingénieurs se sont un peu transformés en Géo-trouve-tout. Ainsi pour constituer des cartes étalons, ils ont fait appel à un fabricant britannique de pastilles d’or, de platine ou d’argent spécialement étalonnées pour l’industrie de pointe, et leur ont demandé de les intégrer dans des briques Lego, elles-même placées sur des plaques de jeu Lego.

« L’avantage des trois machines OSIRX réside dans leur aspect innovant et rentable. Avec un prix de vente variant de 130 000 à 180 000 euros pour les machines de laboratoire et de bureaux d’analyse à 350 000 euros pour l’équipement grand flux, le retour sur investissement reste inférieur à deux ans », assure Aloïs Lien. Certes, les cartes électroniques sont les principaux gisements concernés par ce dispositif. De cette façon, le flux serait sans doute mieux capté et mieux traité. A l’heure actuelle, la France recense une cinquantaine de grands collecteurs et à l’échelle mondiale, on en compte plus de 1000. De nombreux produits usagés pourraient également passer sous l’oeil expert d’OSIRX pour en tirer plus de bénéfices. C’est le cas par exemple des combinés téléphoniques, des broyats de VHU ou encore des radiographies médicales dont la teneur en argent est assez variable, et que les établissements hospitaliers revendent souvent sans en connaître la vraie valeur. Technologies de France fait désormais partie de l’Alliance mondiale des solutions efficientes, créée par la fondation Solar Impulse de Bertrand Piccard. L’entreprise s’est fixé l’objectif d’ici à cinq ans de vendre une trentaine d’équipements OSIRX A et C et près de 40 machines grand flux, adaptés à différents secteurs d’activité.

Crédit : OSIRX

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