Dans le 16e arrondissement de Paris, à deux pas du Parc des Princes, les immeubles du groupe Murat connaissent une seconde jeunesse. Un projet de rénovation de grande ampleur a été lancé l’an dernier sur 320 logements, par Elogie-Siemp, bailleur social de la Ville de Paris. Particularité du chantier : la remise en état et le réemploi de plusieurs équipements sur site occupé, par General Metal Edition.
Regroupés en trois blocs, les immeubles de huit étages du groupe Murat font l’objet depuis 2023, d’un chantier inédit. Pendant deux ans, une rénovation profonde est engagée sur site occupé. L’opération réalisée dans quelque 300 logements concerne du second œuvre. Pour mener ces travaux, le bailleur social Elogie-Siemp a réuni pour la maîtrise d’œuvre : Albert & Co (BE), Julien Le Mentec Architecture, Marine Le Roy Architecture, et Bouygues Habitat Social comme entreprise principale. Le coût global du chantier s’élève à 18 millions d’euros. La réhabilitation porte sur deux lots : le premier géré par Bouygues fait l’objet d’une réhabilitation complète et mise en conformité environnementale des logements avec remplacement des fenêtres, des faïences, de la plomberie etc. Tandis que le second lot a trait à la dépose sélective, en vue d’une remise en état et du réemploi sur site de plusieurs équipements (portes palières, radiateurs, portes intérieures, éviers, et candélabres). Il est organisé et animé par General Metal Edition.
500 portes palières remises en état

Accompagné par le bureau d’études Albert & Co, à forte sensibilité environnementale et circulaire, Elogie-Siemp a souhaité intégrer une démarche de réemploi ambitieuse, avec le reconditionnement de 500 portes palières, le nettoyage et la révision de 149 radiateurs en fonte ainsi que la réutilisation des portes intérieures dans le cadre de la restructuration globale des deux derniers niveaux de la résidence. Sur le volet faïence, une quinzaine d’éviers seront récupérés dans le même dessein. Choisie pour organiser et animer ce lot réemploi, General Metal Edition, entreprise spécialisée dans le réemploi de structures métalliques et basée à Gonesse (95) avait deux atouts principaux pour remporter ce marché : une approche globale de la mission, en associant l’expertise de Cycle Up et de Bâti Cycle et une remise en état sur site : « notre activité principale est de démonter les portes palières en chêne massif, pour les rajeunir et les habiller d’un blindage aux normes anti-feu. Toutes les opérations de remise à neuf sont effectuées sur place dans un atelier aménagé à cet effet en partenariat avec la structure d’insertion professionnelle ACSP » explique Michel Monti, dirigeant de GME. Après démontage des portes, les serrureries et la visserie sont complètement enlevées pour permettre le sablage du bois. Cette étape est réalisée dans un conteneur sécurisé et fermé installé au pied des immeubles. Pendant ce temps, des portes métalliques provisoires sont installées chez les locataires.
Ce chantier est inédit à plus d’un titre : tout d’abord, ces opérations sont pratiquées sur des logements habités. Si les travaux comportent d’importantes nuisances, huit appartements tampons peuvent servir à des locataires en télétravail. Après sablage, les portes sont vernies puis intégrées dans des fourreaux métalliques et habillées d’un nouveau blindage. « Aujourd’hui, nous avons atteint notre vitesse de croisière, en reconditionnant trois portes par jour en moyenne. Chaque logement récupère sa porte au bout de 48 h maximum » explique Michel Monti. Les portes vitrées intérieures sont également déposées et débarrassées de leur serrurerie, en vue d’un décapage thermique. Dans les logements du dernier étage, qui constituaient d’anciennes chambres de bonne, un réagencement est prévu et à ce tire, une centaine de radiateurs en fonte ont été démontés pour être sablés et désembourbés. L’idée est de pouvoir prolonger leur durée de vie. Pour GME, ce chantier est également une première, en s’attaquant à d’autres composants que le métal. « Nous avons d’emblée inscrit le sauvetage des portes dans une opération de réemploi plus large, qui englobe également la récupération et la transformation de pièces métalliques. Ainsi, les anciens panneaux en métal qui recouvrent les portes sont récupérés et recyclés en chaises design. Pour les pieds, l’entreprise utilise des morceaux de poutre métallique de charpente, qu’elle possède en stock. Il s’agit de petites séries, réalisées en fonction des gisements à disposition. Les cornières sont quant à elles mises de côté pour confectionner des garde-corps.
Démonstrateur circulaire

Autre particularité, la création sur le chantier d’un démonstrateur circulaire. Celui-ci doit son existence au réaménagement d’un local au rez-de-chaussée d’un immeuble rénové. Cet espace, sous forme de show-room a été inauguré le 11 septembre 2024 par l’ensemble des partenaires de la maîtrise d’ouvrage pour accueillir et montrer les pièces soumises au réemploi, mais aussi inviter d’autres créateurs et designers de mobilier circulaire. GEM souhaite en faire un espace de réunions, de conférences, de rencontres et d’exposition. « Nous avons saisi cette opportunité pour ouvrir l’éventail de cette thématique et permettre à des acteurs du réemploi et de l’upcycling, plus particulièrement dans la fabrication de mobilier, de montrer leur production et d’expliquer leur démarche. Au-delà d’un lieu d’exposition, ce show-room est également un lieu de rencontre et d’échanges avec une programmation de conférences et de formations tout au long de l’année » explique Michel Monti, animateur de cet espace éphémère. Depuis son lancement, ce chantier est regardé de près par le secteur du bâtiment et la Ville de Paris. « Grâce à une organisation rigoureuse et une bonne coopération et compréhension avec Bouygues Habitat Social, nous prouvons au secteur du bâtiment que ce genre de pratique vertueuse est possible et pas plus contraignante qu’une autre » précise le dirigeant.
Empreinte carbone

L’emplacement de ce chantier dans un quartier chic parisien révèle l’évolution et la diffusion de l’économie circulaire dans toutes les strates sociologiques. « Il faut bien reconnaître que beaucoup de projets de rénovation ou de réhabilitation avec du réemploi, sont surtout localisés dans le Nord-Est de Paris, avec des territoires moteurs comme Est Ensemble ou Plaine Commune, souligne Michel Monti. 90 % de nos chantiers franciliens se situent en Seine-Saint-Denis, poussés en partie par la commande publique ». Aujourd’hui, la tendance évolue, constate le professionnel : « sur ce lot d’immeubles, le fait que le réemploi de portes palières va coûter plus cher que le remplacement par des portes neuves (environ 4500 euros par porte), démontre que le coût pris en compte ici est celui de l’empreinte carbone du chantier et non son coût financier ». Chez GME, la demande concerne des volumes plus importants d’année en année, passant de chantiers de 15 tonnes à des projets qui incluent au moins 60 tonnes de métal issu du réemploi. « Pour l’approvisionnement en métaux de récupération, nous restons très sélectif, car nous garantissons la résistance et la qualité de nos ouvrages ». Michel Monti estime que le problème récurrent dans le réemploi, pas seulement pour le métal, mais pour tout type de matériaux, c’est le décalage entre l’offre et la demande : « nous devons être à l’affût de gisements pour pouvoir anticiper la demande, mais pas trop non plus, pour ne pas stocker de trop grandes quantités. Nous observons par ailleurs que le réemploi commence à s’organiser en réseau. Les professionnels du bâtiment poussés par les secteurs public et privé communiquent davantage et mettent en œuvre plus de plateformes physiques et numériques sur le réemploi de second œuvre ».
* Elogie-Siemp, bailleur social de la Ville de Paris, construit, réhabilite et gère près de 30 000 logements à Paris et en banlieue. Son ambition : répondre aux objectifs de la Ville en matière de production de logements sociaux et d’amélioration du service rendu aux locataires, de lutte pour la transition écologique et d’adaptation au changement climatique.
Crédit : Elogie-Siemp, CM
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