GME promeut le réemploi de l’acier issu de chantier

Et crée SINFINA, première plateforme digitale de vente

Développer le réemploi de matériaux en acier issus de déconstruction, c’est l’ambition de GME (General Metal Edition) pour 2024. La PME francilienne vient de lancer SINFINA, plateforme e-commerce proposant des ouvrages métalliques réemployables, au service de tous les acteurs de la filière BTP à la recherche de solutions plus circulaires. Après plusieurs chantiers tests, GME prépare une levée de fonds.

Depuis une vingtaine d’années, General Metal Edition (GME) conçoit et fabrique des charpentes métalliques. Installée à Gonesse dans le Val d’Oise, l’entreprise et sa direction ont choisi il y a trois ans d’expérimenter le réemploi de structures métalliques issues de chantier. Une période compliquée pour le BTP, se souvient Michel Monti, responsable associé chez GME. En pleine pandémie Covid, le secteur du bâtiment s’est arrêté net, faute d’approvisionnements en matériaux. L’activité de GME n’a pas été épargnée. L’idée germe alors à partir de plusieurs demandes. En l’absence de structures en acier neuf, pourquoi ne pas récupérer sur les chantiers, quelques ouvrages métalliques en bon état en vue de leur réemploi : profilés, garde-corps, escaliers, etc. ? « Nous étions les seuls capables de répondre à cette demande sur le marché du réemploi de l’acier, affirme Michel Monti. C’était donc l’occasion ou jamais ». Après quelques chantiers tests, encouragés par une tendance au réemploi et un appui marqué de la loi AGEC, des projets de réhabilitation parisiens ont permis à GME de faire ses preuves. Parmi eux, on peut citer la ferme du Rail, la Maison des Canaux ou la Fourrière de Poissy. Derrière ces chantiers, l’engagement de certains élus, de collectivités et d’architectes sensibilisés à l’économie circulaire et au réemploi ont joué un rôle significatif.

Un nouvelle génération d’architectes

 

« Nous sommes de plus en plus sollicités par les jeunes architectes qui entrevoient le potentiel indéniable du réemploi en développant l’up-cycling de mobilier professionnel ou le prototypage par exemple » souligne Michel Monti. Pour réemployer le métal, il est nécessaire de procéder à un démantèlement précis et correct des structures existantes, ajoute-t-il : « le premier confinement a été très propice à une réflexion sur le sens de notre métier. Notre démarche a été renforcée par des chantiers prônant le réemploi. Nous avons ainsi eu l’opportunité de réaliser de beaux projets. Il y a une réelle prise de conscience dans ce secteur, aussi bien du côté des architectes que des artisans, du besoin de réemploi ».

Michel Monti : « nous voulons contribuer à la réduction des émissions carbone (14 millions de t/an) issues de la production d’acier en France ».

En dépit de ces soutiens et de l’expertise qualité de GME sur les ouvrages métalliques à réutiliser, la demande reste encore discrète. « Les mentalités évoluent et nous sommes prêts à nous adapter à cette transformation progressive. Nous voulons devenir l’acteur du réemploi dans ce que nous savons faire : la structure en acier, affirme Michel Monti. Sans pour autant devenir des déferrailleurs ». Car tous les produits en acier ne sont pas bons à prendre. Sur les chantiers de déconstruction, l’entreprise va sélectionner certains produits comme les profilés, les garde-corps. A contrario, les structures liées aux ouvrages d’art comme les ponts ou les machines-outils sont fragilisées à l’usage et non réemployables. En outre, ces équipements datant souvent d’avant les années 1980 sont imprégnés de peinture au plomb ou amiantée. Pour stocker ces matériaux, l’entreprise a dû résoudre un problème de taille en Ile-de-France : le foncier. Un site dans l’Aisne permet désormais de regrouper et d’entreposer ces produits dans l’attente de leur réemploi. Mais l’entreprise basée historiquement près de Paris souhaite limiter son champ d’actions à ce territoire, là où les chantiers ne devraient pas manquer.

Place de marché digitale

 

Pour Michel Monti, il faut maintenant passer à l’échelon supérieur en créant un « trésor de guerre » et en communiquant davantage sur cette nouvelle activité. C’est pourquoi, GME a décidé de s’investir dans le diagnostic de pièces en acier réemployables, la déconstruction soignée, la fabrication en atelier, la pose, le stockage et le nettoyage des pièces à la demande. Pour promouvoir cette pratique, GME vient en parallèle de créer SINFINA, une place de marché digitale. Cette plateforme présente les différentes catégories d’ouvrages sélectionnés et expertisés par des professionnels de la métallerie : escaliers, profilés du commerce (poutres), mains courantes, garde-corps, mobilier, outillage, équipement et autres produits divers. La grande majorité des produits a été sélectionnée, récupérée, déposée par les équipes de GME sur des chantiers de déconstruction. Contrairement aux idées reçues, la structure d’occasion n’est pas vendue beaucoup moins chère que l’acier neuf, car elle nécessite du stockage, de la logistique, des opérations de nettoyage et d’ajustement. Toutefois, le réemploi a des atouts que le neuf n’a pas : sa faible empreinte carbone par rapport à l’impact de la production d’acier primaire ainsi que la création d’emplois non délocalisables dans le transport et la préparation des ouvrages.

Les métaux de chantier, source traditionnelle de revenus

Les produits métalliques sont repris en bon état, au prix du marché. GME les laisse brut, pour les protéger. Ils sont ensuite stockés et nettoyés (sablés) au fur et à mesure de la demande.

Sur la plateforme, chaque ouvrage est associé à une fiche produit précise et, pour les produits les plus complexes, un plan exact en format «.dwg » est fourni afin de les insérer dans un projet en cours de conception. Si un ouvrage correspond au besoin d’un professionnel, il peut le réserver ou l’acheter directement en ligne sur le site. L’entreprise francilienne vise d’ici 2025, à amener le réemploi de l’acier à l’échelle industrielle en fluidifiant le circuit entre l’offre (les gisements métalliques issus de chantiers de déconstruction) et la demande (les projets de construction ou de réhabilitation utilisant du réemploi), en sensibilisant à une démarche plus globale d’économie circulaire. « Notre objectif est de créer un site spécialisé dans le réemploi de l’acier, afin de produire des éléments métalliques. Après conditionnement et nettoyage des matériaux d’occasion, nous envisageons de structurer toute la chaîne de vente » explique Michel Monti. Pour autant, celui-ci ne néglige pas les obstacles à surmonter : « nous sommes conscients que dans le bâtiment, nous ne sommes pas accueillis unanimement par tous les corps de métier. L’acier fait partie des matières premières à forte valeur ajoutée, reprises par les sociétés de curage et les prestataires de recyclage. En déposant proprement les structures et produits en acier pour réemploi, nous les privons de sources de revenus non négligeables ». Mais les choses sont en train de bouger et de nouveaux partenariats pourraient voir le jour d’ici la fin de l’année. Des clauses sont peu à peu mises en place pour faciliter la déconstruction sélective et le réemploi ; cela conduit les grands groupes de la construction à s’intéresser à l’activité. Dans le cadre d’appels d’offres, des demandes de chiffrages ont été reçues par GME, même si elles ne sont pas encore toutes suivies d’effet.

Levée de fonds

 

« Nous sommes très enthousiastes d’être les précurseurs dans le réemploi de l’acier, au sein de l’écosystème de l’économie circulaire et dans le milieu plus traditionnel du BTP. Notre nouvelle plateforme est clairement la première offre complète et structurée permettant de maîtriser toutes les étapes du cycle de nouvelle vie du métal. Notre volonté est de faire passer le réemploi et l’économie circulaire à une échelle industrielle tout en garantissant le respect des réglementations en vigueur (loi AGEC et RE 2020) », insiste Michel Monti. En 2024, GME envisage une levée de fonds public-privé pour développer General Metal Re-edition.

Membre du tout jeune syndicat des acteurs du réemploi, le SPREC, GME-Sinfina veut sensibiliser davantage dans son domaine et agir à son niveau. Michel Monti reste encore prudent sur l’orientation de la REP PMCB vers le réemploi. « Pour l’instant, nous ne savons pas trop à qui seront versés les financements. Des enjeux économiques subsistent du côté des fabricants qui risquent de freiner le réemploi ». Et de prendre pour exemple la nouvelle norme imposée sur la fabrication des garde-corps, qui risque de réduire quasi à néant le réemploi des garde-corps actuels. Cet environnement hyper encadré relance certes la production d’un côté, mais pourrait empêcher toute initiative de réemploi de l’autre.

L’entreprise s’appuie néanmoins sur la nouvelle génération d’architectes motivés par le réemploi pour amorcer le mouvement et imposer à terme cette pratique dans toute la filière. Il y a deux ans, GME a perçu quelques aides pour démarrer l’activité. Aujourd’hui, elle s’autofinance. Grâce à sa levée de fonds, l’entreprise pourra notamment investir dans de nouveaux outils de production, comme des machines de sablage indispensables au nettoyage des pièces métalliques récupérées.

*GME est adhérente de l’association Construire au Futur Habiter le Futur (CFHF), émanation de la région IDF qui œuvre dans la transformation du territoire. De plus, la plateforme SINFINA est membre des Innovateurs de l’ANRU (Agence Nationale pour la Rénovation Urbaine) et de Fab City Grand Paris (Fab Lab, ville productive, etc.).

Crédit : GME

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