Rejoué caractérise les plastiques durs

Quelles solutions pour les jouets non réemployables ?

Alors que la filière REP Jouets se profile pour 2022, l’un des principaux acteurs du réemploi, l’association Rejoué, a initié plusieurs travaux sur les boucles de collecte et de gestion des jouets usagés. Si le réemploi prend une place importante dans la valorisation de ce gisement, 40 % des flux récupérés ne suivent pas ce chemin. Avec ses partenaires, spécialistes du déchet, l’association Rejoué a décidé de caractériser le flux des plastiques durs pour trouver des solutions pérennes de recyclage.

« Nous n’avons pas attendu la loi AGEC ni le lancement prochain de la filière REP sur les jouets pour développer une activité pérenne de gestion et de réemploi des jouets usagés » explique Alexandre Fekete, responsable de coopération territoriale chez Rejoué. Depuis 2012, l’association Rejoué, structure d’insertion, creuse son sillon dans le réemploi des jouets en Ile-de-France. Chaque année, en France, la collecte s’élève à près de 7000 tonnes, alors que le réemploi porte sur un peu plus de 4000 tonnes de jouets, selon les chiffres de l’Ademe. En Ile-de-France, le potentiel est estimé à 22 000 tonnes. A ce jour, Rejoué ne peut recueillir autant de jouets usagés. Ses locaux de Vitry-sur-Seine ne peuvent récupérer qu’une soixantaine de tonnes par an, dont la moitié est triée et remise en état pour du réemploi. Le reste cassé ou trop abîmé ne peut être réparé. Les déchets de jouets sont repris par des opérateurs et finissent généralement enfouis ou incinérés. Pour ces flux bientôt soumis à responsabilité élargie des producteurs, l’association Rejoué a décidé d’organiser une étude de caractérisation. Mais pas sur n’importe quel gisement. « Nous voulions étudier de près les jouets en plastique dur qui ne sont pas non plus recyclés, souligne Alexandre Fekete. C’est pourquoi, nous avons réuni autour de la table des partenaires capables de nous aider à identifier, caractériser et expérimenter de nouvelles pistes de valorisation ».

Start-up à la rescousse

 

Exemple d’aménagement conçu avec l’éco-matériau Le Pavé.

L’association a mené son étude pendant deux mois, l’été dernier, avec des spécialistes de la collecte et du tri, comme LemonTri et Triethic, et des start-up du recyclage comme Recnorec et sas minimum. Ces deux jeunes structures franciliennes développent des solutions de recyclage à partir de flux plastiques qui ne disposent pas à ce jour de filières de recyclage classiques. Chez Recnorec dans les Yvelines, on recycle des déchets plastiques en mélange par voie thermomécanique. Ce procédé low-tech permet de fabriquer des matériaux unifiés, imputrescibles, lavables pour produire du mobilier urbain et des aménagements paysagers. Même principe pour Le Pavé, développé par sas minimum dans ses ateliers de Pantin en Seine-Saint-Denis. Cet éco-matériau se présente sous forme de plaques colorées, sciables, lavables pour servir à de l’agencement intérieur, de la décoration, et du mobilier. « Nous sommes bien souvent face à des flux à dominante plastique dont nous ne connaissons pas la composition exacte. Il nous fallait identifier les résines pour établir une base de données à ce sujet » insiste Alexandre Fekete. L’exemple de la poupée Barbie, composée de plusieurs polymères, montre toute la complexité de la démarche. Idem pour les camions en plastique qui intègrent des pièces métalliques, du caoutchouc et des plastiques noirs difficiles à séparer. A partir d’un échantillon pris sur un gisement de jouets non réemployables, Rejoué s’est fixé comme objectif de caractériser les principales familles de plastiques utilisées. Résultat, quatre catégories identifiées : PP, PE, PS et ABS. Dans le flux de jouets non réemployés, la part des plastiques durs représenterait selon Alexandre Fekete, moins de 5 tonnes par an pour l’association Rejoué, hors plastiques issues des jouets DEEE.

Marquage et RFB

 

Tri des jouets par famille de plastique

Outre les petites pièces contenues dans ces jouets, l’absence de marquage sur les matériaux augmente la difficulté de traçabilité. Seuls les jouets de plus grand volume (circuits de voiture, établis, petites cuisines) sont susceptibles d’être floqués, donc identifiés plus facilement. Pour réaliser sa caractérisation, Rejoué a également bénéficié des connaissances et du soutien matériel de Valorplast. Les flux de plastiques ont pu être identifiés et triés grâce à l’emploi d’un trieur optique portatif. En charge de la gestion des emballages plastique ménagers, Valorplast s’intéresse depuis peu à de nouveaux flux plastiques pour aider à leur recyclage. En 2020, à la demande de plusieurs collectivités, une première étude de caractérisation a été menée sur des plastiques présents en déchèterie. Pour son expertise technologique dans le recyclage, Rejoué a par ailleurs sollicité Paprec DEEE afin de vérifier la présence ou non de substances nocives comme des retardateurs de flamme bromés. « Si a priori les jouets en sont dépourvus, il vaut mieux s’en assurer, car certaines pièces peuvent en contenir à faible dose » souligne Alexandre Fekete. A ce jour, l’étude est en cours de finalisation. Ces travaux ont permis à Rejoué de mettre en lumière, la nécessité de travailler sur des projets de mutualisation d’outils de collecte et de tri avec des opérateurs comme Lemon Tri. Au-delà de cette nouvelle organisation, l’association continue d’explorer le monde du recyclage pour mieux gérer à l’avenir, les flux qu’elle ne pourra garder. C’est ainsi que des contacts ont été pris avec le site de Veolia à Villeneuve-le-Roi. Le groupe prévoit d’y implanter en 2022 une ligne de tri optique pour traiter les plastiques durs, issus des déchets d’activité économique.

Crédit : Rejoué

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