Sur la liste des prochaines filières REP annoncées, celle des produits et matériaux de construction du bâtiment (PMCB) doit être lancée le 1er janvier 2022. Le gouvernement n’envisage aucun retard, même si le temps est compté. Dès publication du cahier des charges, une course contre la montre sera engagée. A ce jour, trois candidats à l’agrément sont en lice : Valobat, les industriels du traitement des inertes et Valdelia. L’éco-organisme de la filière DEA professionnels mise sur son expertise, et n’hésite pas à vanter les traitements communs entre DEA et déchets du second œuvre pour attirer ses futurs adhérents.
« Notre ambition est que les metteurs en marché puissent choisir le modèle qui correspond le plus à leurs valeurs et adhèrent en pleine conscience ». L’introduction d’Arnaud Humbert-Droz, Président exécutif de Valdelia, était sans équivoque pour le lancement de sa campagne d’adhésion. Le 16 septembre 2021, l’éco-organisme de la filière REP DEA professionnels a réuni plusieurs dizaines d’entreprises, lors d’ un colloque intitulé « Bâtir ensemble une filière performante ». Objectif : présenter son savoir-faire en matière de gestion et de traitement, pour rassurer et convaincre les metteurs en marché, adhérents de la future REP PMCB. Mais quel rapport avec les déchets de mobilier professionnels ? Depuis 2012, les DEA professionnels sont pris en charge par Valdelia, à plus de 80 % sur les chantiers de déconstruction ou rénovation. Des lieux souvent partagés entre entreprises de la déconstruction, opérateurs de déchets de chantiers et acteurs du réemploi de matériaux et de mobiliers en bon état.

Précurseur de l’up-cycling et passerelle entre fabricants de mobiliers professionnels et acteurs de l’ESS, Valdelia souhaite déployer à l’échelle du bâtiment et du second œuvre en particulier, le même principe. A quelques mois du lancement de la REP PMCB, l’éco-organisme cherche à mieux cerner la filière, les besoins et les attentes des metteurs en marché. Le calendrier est serré pour Valdelia qui dès publication du cahier des charges, devra soumettre sa demande d’agrément. Entre octobre et novembre, Valdelia prévoit d’organiser des groupes de travail sur la mise en place des déclarations et le calcul de l’éco-contribution. En janvier 2022, priorité à la facturation et tout au long de l’année, un accompagnement sur-mesure sera réalisé avec toutes les parties prenantes. Lors du colloque, Arnaud Humbert-Droz a souligné l’importance d’une démarche coopérative avec ses partenaires où chaque relation client repose sur une relation humaine et personnalisée sur toute la chaîne de valeur.
Frontières ténues
Sur les 4000 utilisateurs clients que Valdelia compte à ce jour, entre 10 et 15 % sont issus de la déconstruction et de la rénovation. « Entre mobiliers professionnels et produits et matériaux de construction du bâtiment, la frontière est mince et beaucoup de périmètres sont communs à ces deux filières, insiste Arnaud Humbert-Droz. Si les PMCB sont très hétérogènes par la nature des composants (béton, verre, métaux, bois, plâtre, plastiques, etc.), nombre d’entre eux présentent des similitudes avec les produits de la filière de l’ameublement, parmi lesquels le bois, les plastiques, ou les métaux. C’est donc une opportunité logique de s’intéresser à cette nouvelle filière, dès lors que nous avons les capacités techniques (système de traçabilité prêt) et humaines (équipes capacitaires et opérationnelles) pour le faire, ainsi que des metteurs en marché déjà concernés (agenceurs) ». A travers son activité de collecte sur chantier, la filière DEA professionnels côtoie régulièrement les acteurs du bâtiment pour les opérations de curage et de démantèlement. Cette connaissance des secteurs de la rénovation, de la construction et de la déconstruction est un atout non négligeable.
L’ambition de Valdelia est de capitaliser à court terme les travaux de R&D sur des solutions de traitement pour des matériaux comme le bois, et le plastique, présents aussi bien dans le mobilier que dans les produits de construction. Des projets comme Reboa* témoignent de l’innovation sans limite que Valdelia souhaite ainsi mettre en œuvre. Dans ce cas de figure, il s’agit de recycler sur les territoires ultra-marins, des encombrants bois et plastique en matériaux composites de construction, eux-mêmes recyclables. Le bois représente environ deux millions de tonnes, sur les 42 millions de tonnes de déchets de chantier générés chaque année en France. Son volume est dans l’absolu assez proche des 1,6 million de tonnes de bois issues de l’ameublement.

L’intérêt de ce matériau est son taux de recyclabilité à plus de 80 %, souligne Frédéric Staat, directeur du pôle Industrie, Bois, Construction au FCBA : « dans le bâtiment, les déchets de bois se situent majoritairement présents au niveau de la pré-industrialisation des produits. Sur chantier, les matériaux en bois sont bien souvent réemployés en l’état ou légèrement transformés. Seule, l’association avec d’autres matériaux peut freiner leur recyclage ». Cette mixité doit être désormais repensée pour garantir un traitement de qualité du produit en fin de vie, ajoute Valérie Gourves, directrice du pôle ameublement au FCBA. Mais le plus bel exemple de recyclage reste celui du panneau de particules, utilisé aussi bien dans le mobilier que dans la construction. En l’espace de dix ans, l’intégration de déchets de bois dans de nouveaux panneaux est passée en France de moins de 10 % à plus de 60 %. Selon Florence de Mengin Fondragon, responsable R&D chez Valdelia, la création d’une REP dans le bâtiment va booster l’innovation dans le traitement des matériaux et produits en bois : « jusqu’à présent, on se focalisait essentiellement sur la gestion des produits en fin de vie, en oubliant souvent l’amont et la conception des matériaux pour les rendre plus durables. L’arrivée d’un éco-organisme et l’instauration des éco-contributions et des éco-modulations doivent être perçues comme une opportunité de business et un déclencheur de prise de conscience des entreprises ».
L’épineuse complexité des plastiques
Au palmarès des parts de marché des plastiques, le bâtiment prend la seconde place avec 20 %, après l’emballage (40 %). Cela représente un total de 200 000 t/an de produits à collecter et à traiter dans le cadre de la future filière PMCB, soit environ 0,5 % du gisement des déchets de chantier. Un volume assez faible par rapport aux autres flux mais toujours difficile à valoriser (26 %). La dilution des flux et la variété des résines en font un enjeu crucial pour la filière. Invité au colloque, Arnaud Parenty, chimiste de formation et fondateur de la société de conseil Lavoisier Circular Transition, souligne l’intérêt de partager les connaissances sur la composition des matériaux du bâtiment, dont la durée de vie porte dépasse bien plus souvent les vingt ou trente ans. Toute la difficulté réside sur la faible recyclabilité de ces produits qui renferment des substances, désormais interdites (phtalates, retardateurs de flamme bromés, métaux lourds). Le temps du stockage sans se poser de question, est révolu. La REP porte désormais un tout autre discours et oriente vers des solutions de recyclage. « Face à des gisements anciens, qualifiés de déchets dangereux ou non recyclables, il faudra sans aucun doute faire preuve d’innovation, explique Arnaud Parenty. Depuis six ans, un travail sur l’échange des bonnes pratiques est mené avec les éco-organismes inter-filières pour mieux collecter, massifier les flux et valoriser. Outre les nouvelles pistes de recyclage chimique encourageantes qu’offre le secteur de l’emballage par exemple, la traçabilité peut être améliorée sur la base d’expertises des filières DEEE. Cela signifie aujourd’hui avec la création d’une REP PMCB, que nous devons redoubler d’efforts pour partager les connaissances et s’inspirer des bonnes pratiques ».

Dans la gestion des déchets du bâtiment, il y a ceux qui traînent du pied et ceux qui ont pris quelque longueur d’avance. La REP PMCB va devoir concilier les deux et partir des solutions existantes pour harmoniser l’ensemble. Pour quelques matériaux comme les métaux, le bois ou le plâtre, l’équilibre économique est assuré et les filières de valorisation sont rodées. En revanche, les secteurs des mousses et matériaux d’isolation en général peinent à innover dans le tri et le traitement, met en lumière Jean-Yves Burgy, président du bureau d’études Recovering : « il faut dire que la R&D dans le traitement des déchets demeure assez faible en France depuis longtemps. Un retard qui s’explique sans doute par la compétitivité des matières vierges et le manque de volonté politique. Les investissements récemment engagés par France Relance dans l’économie circulaire sont les bienvenus mais ne suffiront pas à compenser ce retard accumulé depuis des années ».
La crise des approvisionnements en matières premières dans le bâtiment, sera-t-elle un tremplin pour la future filière REP PMCB ? Assurément selon Sarah Biguet, directrice de développement chez Valdelia, pour qui les éco-organismes et la réglementation doivent être perçus dans ce contexte comme des accélérateurs de transition écologique. « Encore faut-il que les mesures soient intégrées et suivies de près, nuance Jean-Yves Burgy en évoquant le laborieux tri cinq flux, assez peu appliqué depuis son lancement en 2016. Espérons que le tri sept flux instauré par la loi AGEC rencontre un peu plus de succès. Tout est une question de volonté politique et de moyens financiers. La réduction des capacités de stockage et l’augmentation significative de la TGAP vont dans le bon sens ».
Le réemploi au-delà des freins normatifs

Au cœur des enjeux et des objectifs de la loi AGEC, le réemploi est entré dans les débats et la transformation des filières REP. Pour Valdelia, ce sujet fait déjà partie du quotidien et des chantiers mis en place depuis plusieurs années avec ses partenaires de l’ESS (Emmaüs, Extramuros, Co-Recyclage), mais aussi avec des plateformes promouvant le réemploi de matériaux de chantier comme Bellastock, Backacia, Moebius ou Cycle Up. Le réemploi des matériaux trace son sillon mais reste soumis à des contraintes normatives et des freins assurantiels. D’où la nécessité de faire coopérer tous les acteurs de la filière et de renforcer la traçabilité pour lever certains obstacles juridiques tenaces. « Il faudra être capable de gérer les flux pour assurer au recycleur une quantité et une qualité de produits incontestable, tout en informant le public sur le devenir des produits en fin de vie », souligne Sarah Biguet. Côté massification, Valdelia gère à ce jour 40 000 collectes par an, grâce à un maillage dense du territoire. Le chantier reste le principal modèle logistique. Cela concerne des prises en charge spécifiques et sur mesure qui peuvent aller de 20 m³ à plus de 1000 m³, sur des durées variables. En parallèle, l’éco-organisme a développé des matériauthèques pour réemploi. Ces stocks tampon sont au nombre de sept actuellement répartis aux quatre coins de la France, chez des opérateurs du déchet, des aménageurs et des structures de l’ESS. Pour rappel, Valdelia vise 5 % de réemploi des gisements de DEA professionnels collectés d’ici à 2023. Enfin, dans la perspective de simplifier la tâche des metteurs en marché et des donneurs d’ordre, Valdelia devrait conserver son identité et se transformer en guichet unique, pour pouvoir gérer sur un chantier, l’ensemble des flux de DEA professionnels et de PMCB.
Des termes et des notions à clarifier
En attendant le 2 janvier 2022 et d’ici à quelques semaines, plusieurs zones d’ombre figurant dans le projet de décret relatif à la REP PMCB devront être éclairées ou reformulées pour partir sur de bonnes bases, espère Arnaud Gossement, avocat spécialiste du droit de l’environnement. Parmi elles, la question des flux repris sans frais, sous condition d’une collecte séparée et d’une traçabilité garantie. Quid des dispositifs actuels payants, et du tri sept flux qui lui, pourrait être collecté en mélange dans le cadre d’un tri simplifié ? Autre incertitude à lever, cette fois sur la gestion financière des déchets orphelins, dangereux ou intégrant des substances interdites. Enfin, des précisions sont attendues sur les termes flous et non juridiques de « déchets de décoration », de « produits de décoration incorporés », de déchets issus « d’aménagements sur la parcelle d’un bâtiment » et concernant les flux exclus des PMCB, « installations techniques industrielles ».
A savoir :
Les Mardis de Démoclès proposent le 28 septembre 2021 une session sur « Réemploi : quels leviers pour le déployer sur mes chantiers ? »
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