A la demande de plusieurs organisations en faveur de la réparation, la loi AGEC a mis en œuvre le premier indice de réparabilité sur les appareils électriques et électroniques. Un an après son lancement sur quelques catégories de produits, l’association HOP vient de publier un rapport d’enquête. Objectif : vérifier la fiabilité des notations affichées. Pour les défenseurs de la réparabilité, l’indice est déjà un bon signal, mais les fabricants doivent encore s’améliorer pour garantir une totale transparence.

Le rapport d’enquête, publié ce 1er mars 2022 et intitulé « The French repairability index » s’inscrit dans une démarche qui dépasse largement les frontières françaises, annonce l’association HOP. Il faut dire que la mesure lancée il y a un an, dans le cadre de la loi AGEC, est unique au monde, et suscite déjà beaucoup d’intérêt en Europe et au-delà. « Il est prévisible que les résultats vont être scrutés à la loupe par de nombreux pays qui souhaitent prendre le même chemin » assure Laetitia Vasseur, déléguée générale de HOP. Il s’agit ni plus ni moins de vérifier si les fabricants et distributeurs concernés directement par l’indice ont joué le jeu correctement. Celui-ci est calculé par les fabricants eux-mêmes. « Nous pensons qu’il est indispensable de mettre en place un contrôle indépendant afin d’éviter les pratiques trompeuses pour les consommateurs et la concurrence déloyale, mais aussi pour que cet indice atteigne son objectif de protection de l’environnement » indique HOP dans son rapport. Pour l’instant, aucun contrôle ni sanction n’est pratiqué. Pour alerter sur les possibles dérives, l’association a décidé d’évaluer six produits représentatifs du marché et déjà soumis à l’indice (deux ordinateurs, trois smartphones et un TV).
Notation globale
Pour rappel, la mesure prévoit depuis le 1er janvier 2021, l’affichage d’une notation de 1 à 10 établie sur cinq catégories de produits (smartphones, TV, ordinateurs portables, tondeuses à gazon, lave-linge à hublot), selon cinq critères. Pour les besoins de l’enquête, des entretiens ont également été menés auprès d’acteurs de la réparation et de consommateurs afin d’obtenir leur ressenti. Résultat : plus de 1200 données collectées. Premier enseignement, la moitié des consommateurs interrogés ont connaissance de cet indice. Et 76 % de ceux qui ont acheté un appareil en 2021 se sont appuyés sur l’indice pour faire leur choix. A ce premier signal positif de l’indice, la déléguée générale de l’association HOP ajoute néanmoins plusieurs bémols. Si de nombreux consommateurs saluent l’affichage de cet indice sur les appareils, ils souhaiteraient un peu plus d’informations sur les notations et pour cause : « la note affichée est globale et ne précise pas du tout les critères sélectionnés pour parvenir au résultat ». D’où selon HOP, la nécessité d’une part de détailler les critères qui ont permis de construire l’indice et d’autre part, de prioriser des critères, considérés comme incontournables dans la réparabilité. « En évaluant certains appareils, nous avons ainsi constaté qu’en dépit de composants soudés ou des pièces détachées trop chères, les indices affichaient des notes autour de 8/10. Or la démontabilité, la disponibilité des pièces détachées et leur prix devraient être des paramètres irréfutables » insiste Laetitia Vasseur.
La DGCCRF alertée

Cette situation aboutit au final à des notes généralement surestimées avec des écarts de l’ordre 15 % entre l’indice du fabricant et celui réalisé par HOP. L’association s’inquiète dans son rapport d’un manque tangible de transparence de la part des fabricants. Ce constat amène plusieurs préconisations, parmi lesquelles la création d’un site internet public. Celui-ci pourrait répertorier les scores des différents indices de réparabilité, les détails des grilles de calcul, ainsi que les engagements des fabricants justifiant l’attribution des points pour leurs produits. HOP demande également au ministère de la Transition écologique de clarifier les faiblesses et lacunes mises en lumière par ce rapport pour garantir une compétition équitable entre les producteurs et une information de qualité aux consommateurs. Des différences sont également observées entre les catégories de produits. Tandis que les smartphones sont les produits pour lesquels l’indice est le plus appliqué, d’autres appareils comme les ordinateurs portables n’affichent pas encore systématiquement d’indice de réparabilité. Il est nécessaire selon HOP que le contrôle de la diffusion et de l’affichage soit plus strict. Sur la base des contrôles réalisés de son côté, l’association veut jouer le rôle de lanceur d’alerte, et a bien l’intention de signaler les dysfonctionnements observés auprès de la DGCCRF pour qu’à son tour, celle-ci mène l’enquête.
Rectifier le tir avant l’indice de durabilité
Alors que cette année, d’autres catégories de produits (aspirateurs, lave-linge top, tablettes numériques…) vont être concernés par l’indice, l’association souhaite réagir rapidement aux manquements. Les nouvelles grilles de critères sont en cours de finalisation ; ce sera l’occasion de prendre un bon départ. Les acteurs de la réparation et les organisations engagées dans la lutte contre l’obsolescence programmée ont conscience que ce n’est qu’un début. D’autres produits comme les PAM (petits appareils ménagers) devraient aussi faire l’objet d’un indice tout comme les logiciels. « Dans la perspective de l’indice de la durabilité en 2024, nous devons rapidement rectifier le tir sur la réparabilité et corriger les biais. Nous continuerons d’échanger avec les grandes organisations professionnelles pour améliorer ce qui a déjà été mis en place. Mais nous ne manquerons pas d’alerter et d’intégrer dans la boucle d’autres fédérations professionnelles de la distribution, plus modestes mais tout aussi impliquées dans la démarche » ajoute Laetitia Vasseur.
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