Un bon cru 2017 pour l’industrie du recyclage

Federec publie ses chiffres

Affichant de larges sourires, les professionnels du recyclage ont présenté mi-octobre, leurs performances par filière pour l’année 2017. Sous la houlette de leur fédération, Federec, les industriels ont égrené leurs volumes collectés et vendus, leur chiffre d’affaires, et exprimé leur confiance pour l’année 2018. En fermant ses frontières, la Chine a finalement rendu les recycleurs plutôt zen. Les inquiétudes d’origine se sont transformées en opportunités pour rebondir et innover.

Quelques chiffres clés s’imposent d’entrée de jeu : 105 millions de tonnes de matières collectées, 521 millions d’euros investis pour 9 milliards d’euros de chiffre d’affaires, et plus de 28 000 emplois directs. Tous les voyants sont au vert, avec des augmentations enregistrées dans la majorité des filières. « Ces chiffres montrent plusieurs choses, avance Jean-Philippe Carpentier, président de Federec. Tout d’abord, le dynamisme de notre secteur qui reflète un regain d’activité économique en général et surtout une confiance en l’avenir ». Indicateur de la bonne santé économique, le recyclage en France souligne également la pérennité d’un tissu de TPE-PME, majoritaires à plus de 50 %. Les chiffres sur l’emploi font partie des bonnes nouvelles pour Federec. Ils passent ainsi à plus de 28 500, soit une hausse de 6 %. Reste à peaufiner les besoins et à identifier les postes qualifiés et peu qualifiés pour attirer encore plus de monde dans ces métiers. Car comme d’autres secteurs, l’industrie du recyclage peine à recruter. Chauffeurs, agents de maintenance et conducteurs d’engins font partie des postes les plus sollicités.

Des contraintes positives

 

On aurait pu imaginer un an après le couperet de la Chine, fermant ses frontières aux matières à recycler, que la profession allait connaître le pire. Certes, des filières ont plus souffert que d’autres. C’est le cas des plastiques et des papiers-cartons. Ces derniers saturent le marché européen et ont fini en décharge ou en valorisation énergétique pour certains flux tels les sortes mêlées. Si la France n’exportait que 5 % du gisement hors Europe, elle subit les dommages collatéraux de pays voisins qui expédiaient vers la Chine des flux plus importants. Cela concerne en particulier les cartons et les sortes mêlées. Dans ce contexte, la qualité de la matière triée en amont est un facteur clé pour vendre dans les papeteries européennes et continuer d’expédier en Chine.

Ce pays exige dorénavant une qualité premium, soit moins de 0,5 % d’impuretés. En 2017, la France a collecté 7,2 millions de tonnes dont 5 millions de cartons et 2 millions de papiers, pour un chiffre d’affaires en hausse de 3,5 % à 918 millions d’euros. La filière plastique reste la plus mal lotie. Avec des volumes stables de 900 000 tonnes collectées, le marché des plastiques est confronté à la fermeture des frontières chinoises et à l’extension des consignes de tri de collecte sélective pour lesquelles il faut trouver des débouchés pérennes. Les sites de collecte sont saturés, mais des efforts sont réalisés sur le tri, ce qui permet de vendre la matière. Le chiffre d’affaires du secteur s’élève en 2017, à 196 millions d’euros, en très légère hausse. Pour l’année 2018, les industriels espèrent un rebond du prix du pétrole pour rendre les matières recyclées plus compétitives. La réglementation française pousse dans ce sens et pour une fois, les recycleurs se sentent soutenus.

Dans la famille des métaux, il y a les ferreux et les non ferreux. En 2017, ils n’ont pas été logés à la même enseigne. Alors que les ferrailles ont enregistré une augmentation des volumes de 5,7 % à près de 13 millions de tonnes, les non ferreux (cuivre, aluminium, zinc, nickel, plomb, étain) ont connu une croissance de 10 % à deux millions de tonnes collectées. Les chiffres d’affaires sont inversement proportionnels : trois milliards d’euros pour les non ferreux contre deux milliards pour les ferrailles. Les deux secteurs subissent également les turpitudes chinoises et américaines. D’un côté, le marché des ferreux risque de connaître quelques tensions en fin d’année en raison des taxes américaines sur l’acier provenant de Turquie ; de l’autre, les non-ferreux voient leurs exportations vers la Chine se réduire. C’est le cas des câbles de cuivre et des moteurs électriques. Pour autant, ce n’est pas la fin du monde. La valeur des métaux aidant, certaines entreprises ont d’ores et déjà investi dans des lignes de tri et des grenailleuses, pour sortir des produits de meilleure qualité et à plus forte valeur ajoutée.

Vigilance encore

 

Loin du monde de l’export, les déchets du BTP demeurent une préoccupation nationale. En 2017, la filière a réalisé 1,7 milliard d’euros de chiffre d’affaires pour un volume collecté de plus de 40 millions de tonnes (incluant également les DIB). L’enjeu pour ce secteur est surtout réglementaire. En France, des obligations de reprise gratuite et l’idée d’une nouvelle REP sont en débat. Federec BTP souhaite plus que jamais coopérer avec l’ensemble des acteurs du bâtiment pour promouvoir les plateformes de recyclage et inciter à l’emploi de matériaux issus de la déconstruction. Une étude devrait démarrer rapidement sur la position et les propositions des acteurs de la filière face à la mise en œuvre d’une éventuelle REP, avec un rendu attendu en avril 2019. Un benchmark européen est prévu, l’objectif étant bien sûr de mettre en garde contre l’impact des mesures économiques contraignantes d’un dispositif à la française et de soumettre de nouvelles pistes de solutions.

Tri de textiles pour le réemploi

Pour la fédération des entreprises du recyclage, l’ensemble des indicateurs sont au beau fixe, malgré les multiples obstacles réglementaires, géopolitiques ou économiques actuels. Les acteurs des filières restent pourtant très mobilisés, car si les résultats de 2017 leur donnent le sourire, ils savent aussi que leur industrie demeure fragile, dépendante encore trop souvent de paramètres extérieurs qui leur échappent. Le rêve du président Jean-Philippe Carpentier, de voir l’économie circulaire comme moteur de l’économie tout court, commence seulement à donner quelques signes. Malgré les apparences (FREC et paquet européen sur l’économie circulaire), le chemin est long. Vigilance reste de mise pour tous.

D’autres chiffres :

  • Palettes : 111 millions de palettes collectées (+4,7%) et 450 millions d’euros de CA (+5,3%)
  • Bois (hors palettes) : 6, 41 millions de tonnes collectées (+5,9%) et 169 millions d’euros de CA, stable
  • Textiles : 223 000 tonnes collectées (+6,2%) et 80 millions d’euros de CA
  • Verre : 2,34 millions de tonnes collectées (+1,3%) et 103 millions d’euros de CA (+2%)

« L’Echo circulaire a cessé sa parution mais l’actualité de l’économie circulaire continue d’être suivie par "Déchets Infos". »

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