C’est une première en Ile-de-France et dans le monde des déchets. L’entreprise de recyclage GDE Groupe Ecore vient d’investir dans un unité de traitement de produits métalliques contaminés. Il s’agit ni plus ni moins d’un décapage à très forte pression. La réduction de mise en décharge prévue d’ici à 2025 commence à faire son effet. Des matériaux qui jusque-là étaient enfouis pourront désormais repartir en fonderie pour une seconde vie. Le gisement potentiel porte sur des milliers de tonnes.
L’investissement n’est pas mirobolant, 500 000 euros, mais le jeu en vaut bien la chandelle. Il fallu deux ans de réflexion et d’études préalables pour que GDE se jette à l’eau. En Ile-de-France, c’est la première unité de décapage à voir le jour. L’entreprise l’a installé à Limay dans les Yvelines, sur son site de broyage et de traitement des métaux ferreux et non ferreux. Le choix de la région francilienne n’est pas un hasard. Le groupe GDE traite en Ile-de-France 350 000 tonnes de métaux sur ses cinq sites. A Limay, l’entreprise possède l’un de ses plus gros broyeurs (6000 cv) et bénéficie d’accès logistiques importants (route, rail et fluvial). « Dans un premier temps, nous avons été sollicités par Eaux de Paris et les fabricants de canalisations dans le cadre d’un renouvellement de parcs sur les chantiers du Grand Paris » explique Xavier Rouchaud, directeur régional Ile-de-France.

Face à une réglementation plus stricte concernant la mise en décharge, certains gisements de déchets devront à court terme trouver d’autres exutoires. Les canalisations en fonte enduites en font partie. Les dirigeants de GDE se sont d’abord interrogé sur l’opportunité technique et économique de reprendre ces vieux tuyaux enduits de peinture au plomb, de goudron ou d’amiante selon l’usage. En étudiant le coût de l’investissement et le procédé à mettre en œuvre, l’entreprise considère aujourd’hui que l’opération est satisfaisante et rentable. Même si ces matériaux à traiter sont amenés à disparaître, le potentiel est évalué à plusieurs milliers de tonnes en Ile-de-France. Aujourd’hui, l’entreprise de recyclage est la seule à proposer ce type de prestation et prévoit de traiter une centaine de tonnes de tuyaux par mois. Cette unité a été développée au sein du centre de R&D de GDE à Rocquancourt, après un an de travaux. Elle a permis la création de quatre nouveaux postes.
De l’eau à 2500 bars de pression
L’unité de décapage peut traiter tous types de produits métalliques usagés (tubes en acier, fonte, inox, tôles, bardages, pièces mécaniques) enduits de substances dangereuses, telles que des peintures au plomb, de l’amiante, des goudrons, de la créosote. Il s’agit pour GDE de collecter les matériaux à Paris et dans un rayon de 200 km, provenant des réseaux d’eau et de canalisation, mais aussi du bâtiment, de l’industrie ferroviaire ou de l’industrie énergétique. « Il s’avère que cette unité de traitement est basée sur la zone d’activité de Limay, là où se trouvait la centrale thermique EDF , désormais en cours de démantèlement. Nous faisons partie des prestataires concernés par cette déconstruction et comptons sur la récupération en particulier des joints et tuyaux que nous pourrons traiter dans les règles de l’art sur notre site » se réjouit Xavier Rouchaud.

Le procédé en lui-même n’a rien de révolutionnaire, puisqu’il utilise de l’eau à ultra haute pression, jusqu’à 2500 bars, et sans aucun additif chimique. La salle de traitement installée dans un ancien hangar de stockage est entièrement confinée sous atmosphère contrôlée ; cela pour éviter tout rejet ou risque de pollution accidentelle, en particulier en cas de traitement de fibres d’amiante. Les tuyaux amiantés sont soumis à un traitement spécifique réalisé par une entreprise certifiée sur le site de GDE. Les produits arrivent emballés dans des bâches qui sont ensuite ôtées en milieu confiné. En général, un surfactant, sorte de résine liquide, est appliqué sur ces produits, garantissant un emprisonnement des fibres d’amiante avant décapage. Dans l’atelier de traitement, les opérateurs équipés de scaphandres, sont remplacés toutes les deux heures.

La mise en dépression de l’installation empêche ainsi toute sortie de particules de l’enceinte. L’unité travaille en circuit semi fermé où l’eau est récupérée et filtrée pour capter les fines. L’eau permet de retenir plus facilement les fibres d’amiante décollées du matériau que le sable par exemple. Le volume annuel d’eau utilisé voisine les 500 m³, et sera réutilisée à 80 %. Les résidus ultimes issus du décapage sont estimés à 2 % de la masse initiale, soit environ 20 kg par tonne de matière traitée. Une fois l’opération de décontamination réalisée, ces déchets ainsi que les EPI (équipements de protection individuelle) des opérateurs sont enfermés dans des big bags. Direction l’enfouissement ou la vitrification par torche à plasma avant stockage pour déchets inertes.
Décapage à dupliquer
Si pour l’entreprise, cet investissement est profitable en raison du coût de prestation et de la revente de la matière à recycler, pour le client, c’est aussi une opération gagnante. « Les produits métalliques peints partaient jusque-là en centre de stockage pour déchets dangereux pour un coût compris entre 200 et 300 euros la tonne, explique Philippe Sorret, Directeur général délégué du groupe Ecore. Dans le nouveau cas de figure, le client paie une prestation englobant le transport, le traitement et l’administratif, sur laquelle nous déduisons le prix de rachat de la matière. Le client se retrouve alors avec une facture moins élevée que pour l’enfouissement, voire à coût zéro selon les produits et la logistique mise en place ». Opérationnelle depuis un mois, l’unité de décapage de Limay devrait être assez vite dupliquée sur d’autres sites du groupe, en Auvergne Rhône-Alpes par exemple ; là où les gisements abondent et où de nouveaux modes de traitement devront compenser la réduction de mise en décharge.
Crédit : CM
GDE en chiffres :
- Le site de Limay s’étend sur 8 ha et emploie 40 personnes dont 4 sur la nouvelle unité de traitement par décapage.
- Le groupe dispose en France de 64 sites de production et de collecte dont six sont équipés de broyeurs. GDE Groupe Ecore a traité 3,7 millions de tonnes de matière en 2017, dont 2,7 millions de métaux ferreux, pour un chiffre d’affaires de 1,2 milliard d’euros.
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